Économie

Investissements étrangers en Afrique : « En attendant les barbares »

L’ambivalence des acteurs africains vis-à-vis des investissements étrangers – encouragés et accueillis en fanfare mais observés avec une pointe d’aversion – n’est pas nécessairement sans fondements.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 17 janvier 2022 à 15:16
Joël Té-Léssia Assoko

Par Joël Té-Léssia Assoko

Joël Té-Léssia Assoko est rédacteur en chef adjoint (économie et finance) de Jeune Afrique.

Visite du chantier de la Gare du TER Dakar, le 2 février 2018. © Présidence du Sénégal/Lionel Mandeix/Flickr/DR

L’Atlantique appelle les pirates comme le rhum les confessions. Ceux qui ne peuvent y faire face devraient rester loin des côtes et de leurs tentations. Ainsi, ce quadragénaire européen qui, un matin de décembre, sur la plage de Santa Maria, son cinquième verre entamé, baragouine en quatre langues (français, anglais, flamand et russe) ses grandioses, obscurs et invérifiables projets d’investissement dans l’hôtellerie au Cap-Vert, en quoi est-il différent des boucaniers qui s’écharpèrent pour assurer à Londres, à Madrid ou à Lisbonne des places fortes sur cette poussière d’îles battues par les vents, mais néanmoins cruciales, sur la route des Caraïbes?

Environ quatre siècles et demi de capitalisme sont passés depuis l’attaque de sir Francis Drake à Ribeira Grande (aujourd’hui Cidade Velha, une des « Sept merveilles mondiales d’origine portugaise »). Le corsaire moderne bénéficiera, lui, logiquement, d’une solide armada d’avocats et de l’armature juridique fournie par les traités de commerce et d’investissement signés par le Cap-Vert.

Qu’a-t-il de commun, au demeurant, avec ce jeune investisseur français dans la tech expliquant placidement : « Avec ma copine, nous nous sommes dit qu’on avait raté la vague de croissance exponentielle en Asie. On doit tout faire pour ne pas rater celle qui s’annonce en Afrique » ?

S’il suffisait de conquérir et de piller pour être développé…