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Botha : raciste jusqu’au bout

Une figure emblématique de l'apartheid honorée au sommet de l'État.

Avec l’ancien président sud-africain Pieter Willem Botha, décédé le 31 octobre à l’âge de 90 ans, à son domicile de Western Cap, disparaît la figure emblématique de l’apartheid, mais aussi l’homme qui aura permis – sans doute malgré lui – d’amorcer l’une des toutes premières « Perestroïka » africaines. Rien ne laissait pourtant présager cette lucidité. « Nous vivons au milieu de grands sauvages qui en veulent à notre sang, qui nous haïssent et qui veulent nous arracher à ce que nous avons acquis », affirmait encore en 1986 celui qui dirigea l’Afrique du Sud de 1984 jusqu’à sa démission en 1989.
Né en 1916, jeune étudiant en droit, Botha approche très tôt les mouvances afrikaners en adhérant au Parti national. Il évolue parallèlement au sein de l’Ossewabrandwag, une organisation ultranationaliste. Mais il se distancie de ce groupuscule dont les thèses sont incompatibles avec ses « préceptes chrétiens » pour se consacrer entièrement au Parti national au sein duquel il revendique l’apartheid comme système de référence pour la « défense des intérêts du peuple blanc ». Inamovible ministre de la Défense de 1964 à 1977, c’est sous son mandat que l’Afrique du Sud émerge en tant que symbole de la lutte contre la menace communiste sur le continent.
Premier ministre de 1978 à 1984, Botha ne parvient pas à faire évoluer l’image déplorable de son pays à l’étranger, sous le coup d’un embargo des Nations unies depuis 1977. Considéré comme un « éclairé » parmi les plus extrémistes, il lance les premières réformes de modernisation de l’appareil politique à travers l’adoption d’une nouvelle Constitution qui favorise la représentation de 25 millions de métis et d’Indiens. L’ouverture est timide, mais souligne un début d’inflexion sous le mot d’ordre « S’adapter ou mourir ».
Élu président de la République ségrégationniste en 1984, il tente d’imposer sa marque non sans difficulté face aux tenants d’une posture radicale. La Realpolitik fait le reste. L’état de l’économie et la mise au ban du pays nécessitent logiquement le rapprochement avec l’ANC afin de décrisper une situation insurrectionnelle marquée par l’état d’urgence, décrété en 1986.
Botha engage alors les premiers contacts avec Nelson Mandela en prison, jusqu’à sa démission en août 1989 suite à un malaise cardiaque. Son successeur, Frederik De Klerk, poursuivra ce rapprochement. Bien que rivé sur ses convictions et niant jusqu’à sa mort les crimes perpétrés sous l’apartheid, Pieter Botha savait aussi le régime dans l’impasse. C’est dans ce cadre que les plus hautes autorités du pays, Nelson Mandela en tête, ont voulu inscrire leurs hommages. Celui du long travail de pardon et d’introspection engagé depuis des années, notamment à travers la Commission Vérité et Réconciliation.

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