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Pourquoi Emmanuel Macron annule son voyage au Mali

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Mis à jour le 18 décembre 2021 à 12:17

Emmanuel Macron à Paris, le 18 novembre. © French President Emmanuel Macron attends the AMF Congress, the annual meeting of French mayors in Paris, France, November 18, 2021. © Thibault Camus/Pool via REUTERS

Le président français a préféré reporter son entrevue avec Assimi Goïta pour diverses raisons. Dont une mésentente sur le format de la rencontre.

Le voyage d’Emmanuel Macron au Mali, les 20 et 21 décembre, pour y rencontrer le colonel Assimi Goïta et les troupes françaises basées à Gao, est annulé. Cette décision a été officiellement prise à l’issue du Conseil de défense sanitaire, qui s’est tenu ce vendredi à 16h, heure française, à l’Élysée, et qui a débouché sur une série de mesures plus restrictives pour tenter de ralentir la cinquième vague de Covid-19 qui frappe la France.

« La situation sanitaire est devenue plus complexe que ce que nous pensions. Nous devons être cohérents avec les mesures prises en France », explique une source élyséenne pour justifier l’annulation de ce déplacement présidentiel, durant lequel le chef de l’État et son imposante délégation devaient notamment passer une soirée et une nuit sur la base militaire française de Gao. L’Élysée, « qui ne souhaite pas exposer le dispositif militaire » de la France, assure toutefois que le « repas de Noël sera bien envoyé aux troupes. » Emmanuel Macron pourrait par ailleurs envoyer un message vidéo aux troupes ou intervenir par visioconférence, pour compenser son absence.

Cette annulation pour raison sanitaire permet aussi de régler un blocage diplomatique entre Paris et Bamako.

Dissensions

En coulisses, responsables français et maliens n’étaient pas d’accord sur le format de cette rencontre. Alors que les Français poussaient pour que Nana Akufo-Addo, le président en exercice de la Cedeao, et Mahamat Idriss Déby Itno, le président en exercice du G5 Sahel, assistent à l’entretien entre Macron et Goïta, les Maliens, eux, souhaitaient que cette rencontre s’en tienne au cadre strictement bilatéral. L’Élysée avait estimé ne pas pouvoir discuter de la situation politique au Mali et de la lutte antiterroriste au Sahel sans associer la Cedeao et le G5 Sahel. Toujours selon Paris, le Ghanéen et le Tchadien avaient donné leur accord de principe.

À Bamako, cette annulation ne surprend pas beaucoup, au contraire. « La junte au pouvoir est assez remontée contre le président Emmanuel Macron depuis que ce dernier a qualifié l’événement du 24 mai 2021 decoup d’État dans le coup d’État” fait savoir une source bien introduite au Mali. La rencontre bilatérale aurait été l’occasion pour le président Assimi Goïta de dire ses vérités au locataire de l’Élysée. Or, en présence de Nana Akufo-Addo et de Mahamat Idriss Deby, les autorités maliennes auraient dû faire preuve de plus de retenue ».

Depuis le dernier sommet de la Cedeao qui s’est tenu le 12 décembre dernier, Bamako essaie en effet d’apaiser les tensions avec les pays voisins pour faire accepter sa volonté de prolonger la transition au-delà des 18 mois réglementaires.