Politique

Maroc-France : « Pour la première fois, Omar Raddad aperçoit la lumière au bout du tunnel »

La défense de l’ancien jardinier d’origine marocaine a vu aboutir sa demande de réexamen du dossier, déposée le 24 juin dernier. Elle espère maintenant pouvoir faire innocenter celui qui fut condamné il y a 27 ans pour le meurtre d’une riche veuve de 65 ans.

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Mis à jour le 17 mars 2022 à 16:31

Omar Raddad, le 25 novembre 2021. © ALAIN JOCARD/AFP

Jeudi 16 décembre, la commission d’instruction de la Cour française de révision a signifié l’intention de la justice de rouvrir le dossier d’Omar Raddad, condamné en 1994 à 18 ans de réclusion sans possibilité de faire appel, pour le meurtre de Ghislaine Marchal, son ancienne patronne, assassinée en 1991 à Mougins, dans le sud de la France.

Omar Raddad avait été immédiatement incriminé par les enquêteurs après que les policiers ont retrouvé sur les lieux du crime l’inscription ensanglantée devenue tristement célèbre « Omar m’a tuer ». Depuis trente ans, il n’a jamais cessé de clamer son innocence.

Après quatre ans passés derrière les barreaux, Omar Raddad, un jardinier français d’origine marocaine, avait été partiellement gracié en 1996 par le président Jacques Chirac, à la demande du roi Hassan II. Cette mesure, suivie quelque temps plus tard de sa libération conditionnelle en 1998, ne l’innocentait par pour autant.

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En contrepartie, le souverain avait accepté de libérer l’homme d’affaires franco-marocain Abdelhadi M’rini, condamné à dix ans de prison en 1993, et dont tout portait à croire qu’il avait lui aussi été victime d’un mauvais procès, lié à l’affaire Tabet, qui avait fait scandale au Maroc.

L’affaire Raddad, qui a donné lieu à un film, demeure à ce jour l’une des plus marquantes de son temps. Certains, dont son avocat de l’époque, Jacques Vergès, l’avaient comparée à l’affaire Dreyfus, en substituant la figure du juif de l’époque par celui du « maghrébin » d’aujourd’hui.

Progrès de la science

Après plusieurs rebondissements, dont une première demande de révision du procès qui a échoué en 2002, cette nouvelle tentative mise sur les progrès effectués par la science sur l’ADN, ainsi que sur une loi votée en juin 2014, qui assouplit les critères permettant d’obtenir la révision d’un procès. De manière assez paradoxale, ce sont des éléments relatifs à l’affaire Raddad qui ont été pris en exemple par les auteurs de la loi pour justifier son adoption.

Contactée par JA, son avocate, Maître Sylvie Noachovitch, voit dans ce nouvel épisode à la fois un progrès et une évidence : « Rendez-vous compte, en 2001 déjà, deux ADN différents avaient été identifiés, et cela n’a intéressé personne, alors que celui d’Omar Raddad n’a, encore à ce jour, été identifié nulle part », s’exclame-t-elle.

L’un des ADN apparaît même à 35 reprises, ce qui écarte la thèse d’un simple « ADN de pollution »

En droit, on parle d’« ADN de pollution » pour évoquer la présence d’empreintes ou de matériel génétique présent sur une scène de crime, mais dont l’origine peut s’expliquer par une multitude de facteurs, comme lorsqu’on retrouve plusieurs empreintes sur une poignée de porte.

Aujourd’hui, la justice est en possession de quatre ADN mêlés aux lettres de sang de la victime, qui a servi à l’inscription du message. L’un des ADN apparaît même à 35 reprises, ce qui écarte la thèse d’un simple « ADN de pollution », et a poussé la défense à demander la réactualisation du fichier national des empreintes génétiques, sur lequel sont enregistrées les personnes déclarées coupables de certaines infractions, afin d’obtenir une éventuelle concordance.

Verdict dans plusieurs mois

À 59 ans, Omar Raddad n’a jamais quitté son appartement de Toulon, mais il se rend de temps en temps au Maroc pour rendre visite à sa mère. Toujours dans un état dépressif avancé et en incapacité de travail, il n’a pas osé effectuer le déplacement, terrorisé à l’idée de devoir affronter un verdict qui lui aurait été défavorable, nous confie son avocate.

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À la réception de la décision rendue par la Cour de révision et de réexamen qui a jugé sa requête recevable, Maître Noachovitch a décrit le principal intéressé comme « à la fois très heureux et sous le choc », tant il a essuyé de déceptions auparavant. « Pour la première fois, il aperçoit la lumière au bout du tunnel. Nous espérons aller jusqu’à l’innocence », poursuit-elle.

Selon nos informations, la partie de l’accusation a de son côté « pris acte » de cette décision, et ne s’est pas déclarée hostile, sur le principe, au réexamen du dossier.

Une commission d’instruction devra maintenant examiner le rapport d’expertise à l’origine de la réouverture du dossier. Selon la défense, les procédures à suivre devraient prendre plusieurs mois avant que soit prononcé un quelconque verdict sur l’innocence d’Omar Raddad.