Économie

Mali : négociations rouvertes avec Alger pour une licence télécoms

Entamées il y a plus de trois ans, puis interrompues, les discussions entre Bamako et la branche mobile d’Algérie Télécom ont repris tandis qu’Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune se rapprochent sur le plan diplomatique.

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Mis à jour le 17 décembre 2021 à 19:05

Ramtane Lamamra, le ministre algérien des Affaires étrangères, lors de son entrevue avec Assimi Goïta, le président de la transition malienne, le 26 août 2021. © présidence Mali

Selon plusieurs sources interrogées par Jeune Afrique, les autorités maliennes ont rouvert le canal de discussion avec ATM Mobilis, la branche mobile d’Algérie Télécom, en vue de la vente d’une quatrième licence de téléphonie mobile. Ces négociations ont débuté il y a plus de trois ans.

Imane Houda Feraoun, alors ministre algérienne de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique, avait même annoncé en 2019 l’obtention par l’opérateur algérien d’une autorisation provisoire. Mais l’accord avait finalement capoté en raison d’un désaccord sur le prix. À l’époque, les autorités maliennes souhaitaient obtenir au moins 50 milliards de F CFA (plus de 76 millions d’euros) et Alger avait proposé la moitié, avant de rehausser son offre à 28 milliards de F CFA au début de 2020. La situation politique du Mali n’avait ensuite pas permis de prolonger les échanges.

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La vente d’une quatrième licence figure, comme en 2021, dans la loi de finances 2022. Avant de quitter le gouvernement en mai dernier, l’ancien ministre de la Communication Hamadoun Touré avait réaffirmé la volonté des autorités de mettre en vente ce sésame, si les prix de la data ne baissaient pas.

Négociations au sommet

Les nouvelles négociations en cours impliquent directement la présidence malienne. Au palais, on indique que l’accord de principe donné en 2019 reste valable tant qu’il n’a pas été dénoncé. De l’avis de tous les observateurs, l’entrée d’ATM constituerait un défi de taille pour l’opérateur algérien, qui n’a pas d’expérience internationale. En outre, le marché malien est dominé par Orange (58,4 %), dont la filiale locale rattachée au groupe sénégalais Sonatel sert près de 13 millions de clients.

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L’ex-opérateur public Sotelma, filiale de Maroc Telecom, qui opère sous la marque Moov, occupe la deuxième place (36 %) ne laissant que des miettes à Atel, lancé par le Burkinabè Apollinaire Compaoré en 2018. Ce dernier rencontre d’ailleurs d’importantes difficultés financières et doit environ 5 milliards de F CFA d’arriérés aux régulateurs au titre de différentes contributions obligatoires.

Nouveaux appuis militaires

La possible entrée d’ATM Mobilis sur le marché malien est donc aussi la traduction d’un réchauffement des relations diplomatiques entre Alger et Bamako. Le Mali, qui a perdu le contrôle du nord de son territoire depuis 2012, cherche une solution pour compenser le retrait progressif des forces françaises de la mission Barkhane. Des considérations sécuritaires qui n’échappent pas au nouveau directeur général d’ATM Mobilis. Nommé début octobre, le capitaine Chaouki Boukhazani a effectué une grande partie de sa carrière au sein de la gendarmerie algérienne, avant de rejoindre l’opérateur en 2019.

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Fin 2020, Abdelmadjid Tebboune a obtenu la modification de la Constitution algérienne pour permettre à l’armée de mener des opérations extérieures. Si aucune information n’a filtré sur un possible accord entre les deux pays, Assimi Goïta, le président de la la transition malienne, cherche de nouveaux appuis militaires, alors que la France, les États-Unis et la Cedeao accentuent leur pression sur Bamako pour abandonner la signature d’un contrat avec le groupe de sécurité russe Wagner.