Politique

Libye : dix choses à savoir sur Seif el-Islam Kadhafi, le revenant

Candidat à une élection présidentielle à nouveau repoussée, le « fils préféré » de l’ex-Guide de la Jamahiriya se pose en homme providentiel.

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Mis à jour le 29 décembre 2021 à 10:28

Seif el-Islam Kadhafi (à gauche) s’inscrit pour participer à la présidentielle, à Sebha, dans le sud de la Libye. © Libyan High National Electoral Comission FB Page / AFP

1. Revenant

Arrêté en 2011, Seif el-Islam Kadhafi a passé le plus clair de ces dix dernières années près de Zintan (nord-ouest de la Libye), la ville dont est originaire la brigade révolutionnaire qui l’avait arrêté. Officiellement libéré en 2016, il a attendu juillet 2021 pour annoncer son retour à la vie politique dans le New York Times.

2. Imbroglio

Toujours réclamé par la Cour pénale internationale pour son rôle dans la répression en 2011, il a failli être empêché de se présenter en raison de ses antécédents judiciaires. Contredisant la Haute Commission électorale, la Cour de justice de Sebha a finalement validé sa candidature.

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3. Réformiste ?

« Sa candidature n’est pas celle de la nostalgie pour l’ancien régime », plaide Souha al-Badri, sa conseillère en communication. Ses proches rappellent à l’envi que, sous le règne de son père déjà, il faisait figure de réformiste. Reste que, dans le New York Times, Seif el-Islam estimait que « ce qui [s’était] passé en Libye n’était pas une révolution ».

Ils sont revanchards, hostiles à tout changement, et n’orientent pas Seif el-Islam dans un sens réformiste

4. Haftar 

En son absence, Khalifa Haftar a réalisé une OPA sur le clan kadhafiste. Aujourd’hui, les deux hommes, tous deux candidats à la présidentielle, se disputent le même vivier électoral. Pour empêcher Seif el-Islam de faire appel de la décision l’excluant de la campagne, le maréchal a même fait fermer manu militari le tribunal de Sebha fin novembre. Sans succès.

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5. Conflit de générations

Chargé en 2020 de fonder le parti Libya el Ghad sur instruction de Seif el-Islam, Nidhal Badreddine, 35 ans, a depuis pris ses distances. En cause : le conservatisme de la vieille garde, regroupée autour du Front populaire pour la libération de la Libye et du chef du bureau politique, Mohamed Abou Agila. « Ils sont revanchards, hostiles à tout changement, et n’orientent pas Seif el-Islam dans un sens réformiste », regrette Badreddine.

6. Russie

En coulisses, certains officiels russes n’hésitent pas à parler du fils de Mouammar Khadafi comme du candidat de Moscou. « La diplomatie russe est allée jusqu’à s’exprimer en faveur de la libération d’un autre de ses fils, Hannibal Kadhafi », rappelle Adlene Mohammedi, spécialiste des relations russo-arabes.

L’idée était d’obtenir la libération de Hannibal en échange d’un accès aux archives de la famille

7. Frères

L’aîné de la fratrie, Mohammed, vit au Caire. Après sept ans de détention à Tripoli, Saadi, lui, a été libéré le 5 septembre. Il vit depuis en Turquie. Quant à Hannibal, toujours détenu au Liban, son cas a fait l’objet d’une rocambolesque affaire mêlant Nicolas Sarkozy et l’homme d’affaires Noël Dubus. L’idée, selon ce dernier, était d’obtenir la libération de Hannibal en échange d’un accès aux archives de la famille.

8. Béchir Saleh 

L’ancien argentier de Mouammar Kadhafi a fait son retour au pays dans la foulée de l’annonce de la candidature du fils de ce dernier. Mais pas pour lui apporter son soutien : Béchir Saleh a lui aussi décidé de se présenter. « Il cherche surtout un poste dans la prochaine administration, il ne représente rien dans l’opinion », tacle un jeune responsable kadhafiste.

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9. Revenus

Officiellement, ses fonds ont été gelés. Mais selon une enquête du Times publiée en 2017, Seif el-Islam aurait un accès direct à 30 milliards de dollars malgré les sanctions.

10. Préjugé favorable

« Le sentiment général, c’est que sa candidature est une chance pour la stabilité de la Libye », a confié le député français Bruno Fuchs après une courte tournée africaine en décembre, notamment au Congo et en RDC, où il a rencontré Félix Tshisekedi.