Politique

Algérie : l’ancien chef de la police Abdelghani Hamel a été hospitalisé

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Mis à jour le 15 décembre 2021 à 16:04

Abdelghani Hame lors de la Conférence africaine des directeurs et inspecteurs généraux de police à Alger, en 2014 © Adel Sehrei/Wostok Press/Maxppp

En détention depuis 2019, l’ex-directeur général de la sûreté nationale a récemment été admis à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger. Physiquement et moralement diminué, il continue de dénoncer une cabale orchestrée contre lui.

Une effervescence toute particulière a régné ces derniers jours dans le pavillon réservé aux détenus de l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger. Et pour cause : selon nos informations, le général major à la retraite Abdelghani Hamel y a séjourné entre le 11 et le 14 décembre, date à laquelle il a regagné sa cellule. Il a été hospitalisé suite à une aggravation de son hernie discale, à laquelle se sont greffées des complications liées à son diabète, en plus de son hypertension artérielle, rapportent ses proches. Selon des sources médicales, il souffrait de malaises et de douleurs au bas du dos. 

En détention depuis juillet 2019 dans le cadre de la campagne anti-corruption qui a ciblé de hauts fonctionnaires de l’État, dans la foulée du mouvement populaire Hirak, l’ancien directeur général de la sûreté nationale a déjà subi de nombreux examens médicaux dans cette même structure en mars dernier. Son moral est, toujours selon ses proches, « au plus bas », alors qu’il s’estime « victime d’une cabale orchestrée par l’ex-patron de la gendarmerie nationale Ghali Belkecir ».

135 comptes, 61 biens immobiliers…

En cause selon lui : l’enquête sur le fils de Belkecir – qui devait se marier avec la nièce d’Abdelaziz Bouteflika – dont l’avait chargé la présidence de l’époque. « Belkecir l’a mal pris », clame-t-il. C’est en tout cas lui qui a transmis à la justice le rapport accablant à l’origine des déboires d’Hamel. La famille du général a ainsi été poursuivie sur la base d’une très longue liste de biens : 135 comptes bancaires en devises et en monnaie nationale, 61 propriétés immobilières, plusieurs sociétés et ports secs. « Comment un fonctionnaire payé 480 000 dinars par mois a-t-il pu cumuler une telle fortune ? » s’est interrogé le Procureur de la République lors du procès.

« Le dossier judiciaire est vide, rétorque à Jeune Afrique Bachir Mecheri, l’un des avocats de la famille. Les commissions rogatoires envoyées pour de supposés comptes bancaires aux Émirats arabes unis, en Espagne, en France et en Allemagne, sont revenues vides. Abdelghani Hamel avait deux villas, l’une à Bir El Djir [Oran], qu’occupait sa famille et l’autre à Fouka Marine [Tipaza], achetée grâce à un héritage familial, puis revendue. L’argent a été versé sur son compte bancaire. À cela, s’ajoutent environ 40 000 euros rapatriés du Caire, une somme obtenue grâce à son salaire lorsqu’il suivait le Cours supérieur de guerre en Égypte. Toute cette histoire est un règlement de comptes orchestré par Belkecir. »

Huit ans de prison

En août 2020, lorsque le juge d’instruction du Tribunal militaire de Blida a émis un mandat d’arrêt international contre le général Ghani Belkecir pour « possession d’informations et de documents secrets en prévision de les remettre à un pays étranger », Abdelghani Hamel a pensé que les charges établies contre lui tomberaient. Mais, fin novembre 2021, il a été condamné en appel à huit ans de prison ferme et à une amende de 8 millions de dinars (plus de 50 000 euros). Un verdict certes plus clément que celui prononcé en première instance – quinze ans de prison – mais pas celui qu’il espérait. Des chefs d’inculpation de « blanchiment d’argent, incitation de fonctionnaires pour l’obtention d’avantages indus, enrichissement illicite et non-déclaration de patrimoine », la Cour d’appel n’a finalement pas retenu le dernier, un militaire n’étant pas astreint à cette procédure dans la réglementation algérienne.

Ses enfants, Amiar, Chafik et Mourad, également poursuivis dans la même affaire, ont été respectivement condamnés à cinq, quatre et trois ans de prison, tandis que sa fille Chahinez et son épouse ont écopé de 18 mois et un an avec sursis.

Patients VIP

Le général Hamel a été hospitalisé en même temps que l’ex-ministre des Travaux publics Abdelkader Ouali, victime d’un malaise cardiaque. Le dispositif de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) a alors été renforcé autour du pavillon carcéral de l’établissement.

En 2020, plusieurs anciens walis et ministres, dont Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ont séjourné à l’hôpital Mustapha Pacha, la plupart après avoir été contaminés par le Covid-19. Les deux anciens chefs de gouvernement y ont occupé des chambres mitoyennes à celle de l’ex ministre des Télécommunications Moussa Benhamadi, avant que celui-ci ne soit transféré en réanimation, placé sous respiration artificielle et ne décède finalement le 17 juillet.