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Le design expliqué par Kossi Assou

Cet artiste ivoiro-togolais conçoit des objets utilitaires adaptés au mode vie africain traditionnel.

Kossi Assou participait pour la quatrième fois au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) qui s’est déroulé du 29 octobre au 7 novembre derniers dans la capitale burkinabè. Mais, cette fois-ci, le plasticien-designer togolais s’était installé au tout nouveau Pavillon du design. Ce bâtiment en préfabriqué – mais climatisé ! -, inauguré lors de cette neuvième édition du SIAO, abritait l’exposition itinérante « Design made in Africa ». Une initiative lancée conjointement par la ville française de Saint-Étienne, qui organise tous les deux ans un rendez-vous international du design, et par le département Afrique en créations de l’Association française d’action artistique (Afaa). L’objectif étant de permettre à une trentaine de designers africains de se faire connaître sur le continent mais aussi en Occident. Les oeuvres présentées au SIAO ont effectivement été réalisées en deux exemplaires de manière à ce que chaque hémisphère, le Nord et le Sud, puisse découvrir en même temps de nouveaux talents.
« Ces deux expositions sont les vitrines d’une Afrique nouvelle », se réjouit Kossi Assou. Loin de renier l’artisanat africain traditionnel, dont il s’inspire, le designer togolais d’origine ivoirienne entend casser les clichés et mettre en lumière la modernité, l’énergie créatrice du continent. Mission accomplie, du moins à « Ouaga » où le pavillon est resté ouvert au public jusqu’à la fin du mois de novembre en attendant de s’envoler pour une autre capitale africaine.
À côté de la chaise longue « Dread locks » du Camerounais Jules Wokam primé lors de la dernière Biennale de Dakar, des tabourets pliants « Bolécan » de l’Ivoirien Vincent Niamien ou encore des lampes « Pod » de la Sud-Africaine Maira Koutsoudakis figuraient les « designs à terre » de Kossi Assou. « C’est là le fruit d’une réflexion globale que j’ai engagée sur la manière de vivre près du sol des Africains. Il s’agissait pour moi d’inventer ou d’améliorer des objets afin de permettre aux gens de conserver leurs habitudes traditionnelles », explique l’artiste, aujourd’hui âgé de 46 ans.
Le résultat consiste en cinq assises disposées en croissant de lune autour d’un plateau central pour le repas ou le jeu et façonné dans de l’iroko massif naturel teinté d’ébène. En quelques mots : sobriété, simplicité, convivialité. C’est tout l’art du design : apporter des réponses, pratiques et esthétiques, aux problèmes liés à l’existence quotidienne de l’homme. « Avant d’être beau, l’objet doit être fonctionnel. Ensuite, il convient de considérer sa reproductibilité », continue cet homme affable qui s’est posé à Lomé après avoir sillonné l’Afrique de l’Ouest.
Le designer ne peut pas se contenter de reproduire ses rêves ; il doit garder à l’esprit la faisabilité de son projet. Le matériau est-il adapté à tel objet ? En combien de temps l’artisan peut-il le réaliser ? Quel en est le coût ? Comment diffuser la création ? C’est la dernière de ces interrogations qui pose souvent problème. L’Afrique ne compte pas d’investisseurs qui croient suffisamment à un objet pour y consacrer de l’argent. Sur le continent, l’art est accessoire. Ou alors un luxe.
Kossi Assou, qui se définit volontiers comme un « entrepreneur culturel », a bien tenté de contourner le problème en mettant en place en 1992 « Ewole », qui signifie « Nous sommes là » en baoulé. Tous les deux ans, les artistes du pays se réunissent à Togoville, hors de l’urbanité qui est leur environnement habituel, « pour se découvrir autrement et échanger réellement ».
En 1996, Kossi était l’un des membres fondateurs de l’Association des designers africains (ADA), laquelle espérait donner plus de visibilité à la discipline. Avec le programme « Afro Design », il a voulu promouvoir la discipline par le biais des ateliers-résidences. Aujourd’hui, le projet « Design made in Africa » prend le relais. Avec toujours la même ambition : montrer au monde que l’Afrique est un vivier de jeunes créateurs talentueux. Reste à rallier au projet les diffuseurs potentiels.

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