Politique

RDC : ce qu’il faut retenir du discours de Félix Tshisekedi sur l’état de la nation

Mis à jour le 13 décembre 2021 à 18:58

Le président de la RDC, Félix Tshisekedi, lors de son adresse à la nation, le 13 décembre 2021, à Kinshasa. © Hereward Holland/REUTERS

Élections, sécurité, rôle à l’international… À mi-mandat, le président congolais délivrait son traditionnel discours sur l’état de la nation devant le Congrès, ce lundi 13 décembre. L’occasion pour Tshisekedi, qui est déjà candidat à sa réélection, de défendre son bilan.

Changement d’année, changement d’ambiance. En 2020, lorsque Félix Tshisekedi s’était présenté devant le Congrès, c’était un bilan empreint d’échec et de colère qu’il avait dressé. Le président venait de sonner la rupture avec son encombrant allié, Joseph Kabila. Et avait rendu le Front commun pour le Congo (FCC) responsable de l’immobilisme de l’État.

Un an plus tard, le voici devant deux chambres acquises à sa cause. Au Sénat, comme à l’Assemblée nationale, les majorités ont été renversées et sont maintenant largement constituées d’élus fidèles à l’Union sacrée. Ils n’ont pas manqué de le faire entendre, par des acclamations parfois dissipées et bruyantes durant le discours du chef de l’État, ce lundi 13 décembre.

1h15 de monologue pour un long satisfecit, et quelques attaques à l’attention de ses adversaires. À mi-mandat, et alors qu’il ne cache pas sa volonté d’être réélu en 2023, Félix Tshisekedi est revenu sur tous les sujets majeurs de l’année écoulée.

Des élections « dans les délais »

La préparation des prochaines élections, d’abord. Alors que le pays sort d’une séquence longue et tendue entre le pouvoir d’une part et l’opposition et les religieux de l’autre autour de la désignation de Denis Kadima comme président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Félix Tshisekedi s’est félicité de l’avancée du processus. Il a pressé ceux qui n’ont pas encore nommé leurs représentants au sein de la Ceni de le faire au plus vite. Un appel appuyé à ses adversaires du FCC, qui refusent toujours de s’y plier, dénonçant l’absence de « consensus ».

Des blocages qui ne semblent pas ébranler la volonté du président d’éviter tout « glissement » et d’organiser les élections comme prévu en 2023. Encourageant les élus à débloquer des « moyens conséquents » pour faire avancer le processus, il l’a réaffirmé : « mon engagement à faire du Congo un État démocratique ne peut se faire sans l’organisation dans les délais impartis des élections. »

Justice et sécurité comme priorités

La sécurité ensuite : il a longuement défendu le bien-fondé de l’état de siège décrété en Ituri et au Nord-Kivu en mai dernier, et sans cesse reconduit depuis. Malgré les critiques sur son efficacité, il en a souligné les réussites. Les militaires « ont réussi à faire bouger les lignes et à reprendre plusieurs bastions jadis occupés par l’ennemi. Des chefs de bandes ont été neutralisés et plusieurs éléments se sont rendus », a-t-il déclaré, dénonçant « la campagne de dénigrement et de démobilisation menée par une infime minorité » de Congolais.

Il s’est aussi employé à justifier le feu vert donné fin novembre à l’Ouganda pour mener des opérations armées sur le sol congolais. Face aux craintes d’une répétition des exactions passées, le chef de l’État a promis « de veiller à limiter strictement à ces opérations la présence de l’armée ougandaise sur notre sol ».

Félix Tshisekedi est également revenu sur l’un de ses principaux leitmotiv : la lutte contre la corruption. Il a salué les efforts déployés par l’Inspection générale des finances (IGF), « dont le travail était auparavant peu sensible », a-t-il taclé, alors même que Joseph Kabila et ses proches sont depuis plusieurs semaines sous le coup d’accusations de détournement de fonds d’ampleur par l’enquête Congo Hold-up. Il a dans le même temps promis de renforcer la justice, dont le rôle « ne peut être remplacé dans l’assainissement des finances publiques ». Il a annoncé qu’il rendrait « opérationnelle dans les tous prochains jours » la Cour des comptes, qui sera la plus haute instance de contrôle des finances publiques, promettant une justice pour tous, « nantis ou pas, faibles ou puissants ».

« Le vent en poupe »

Souvent critiqué pour ses multiples, longs et coûteux voyages à l’étranger, Félix Tshisekedi s’est aussi employé à défendre son action sur la scène internationale. Alors qu’il s’apprête à passer la charge de président de l’Union africaine à Macky Sall, il a énuméré ses combats internationaux : le lobbying pour que l’Afrique obtienne quatre sièges au sein du Conseil de sécurité des Nations unies ; la défense des intérêts africains dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, notamment en demandant que des vaccins soient produits sur le continent ; les engagements écologiques lors du G20 à Rome ou récemment lors de la COP26 de Glasgow ; la médiation dans des conflits africains, tel celui qui oppose l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan autour du grand barrage de la Renaissance

« J’ai fait du retour de la RDC sur la scène internationale l’une de mes priorités, avec un objectif clair : celui de briser son isolement diplomatique, a-t-il déclaré. La réintégration de notre pays dans le concert des nations est ainsi devenue une réalité. La RDC s’est ouverte au monde comme un lotus et elle a aujourd’hui le vent en poupe. » Une ultime attaque à l’égard de son prédécesseur, à laquelle ses adversaires politiques n’ont pas encore répondu.