Politique

Cameroun : bras de fer immobilier entre Pierre Goudiaby Atepa et l’OAPI

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 13 décembre 2021 à 17:55

L’architecte sénégalais Pierre Goudiaby Atepa dans ses bureaux de Dakar, le 30 octobre 2019. © Sylvain Cherkaoui pour JA

L’architecte sénégalais accuse depuis plusieurs années l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle d’avoir construit son siège sur un terrain lui appartenant à Yaoundé. Il compte désormais saisir la justice camerounaise. Explications.

L’OAPI citée dans une affaire… d’occupation illégale d’une propriété foncière. Cette histoire vieille de dix ans pourrait-elle devenir le nouveau feuilleton judiciaire ? À l’origine de ce litige, la décision prise par l’organisation africaine, en mai 2010, de construire son nouveau siège sur un terrain jouxtant celui qu’elle occupait jusqu’alors place de la Préfecture, non loin de l’avenue des Banques, en plein cœur de Yaoundé. Une parcelle de 2 016 m2, enregistrée au cadastre de la ville sous le lot 277.

À cette époque, aucune des personnalités conviées à la cérémonie de pose de la première pierre en mai 2011, ni à l’inauguration en mai 2014, ne se doute du scandale foncier qui sommeille sous les fondations de cet immeuble de onze niveaux. En 2015, Pierre Goudiaby Atepa revendique en effet la propriété du terrain.

Intense lobbying

L’architecte et entrepreneur assure avoir acquis cette propriété en 1999, via la branche camerounaise de sa société SCI Atepa Cam, dont il détient 80% des parts. Pendant plusieurs années, cet ancien candidat à la présidentielle sénégalaise travaille à réunir un financement, estimé à 16 milliards de francs CFA, en vue de la construction d’un immeuble de 18 étages de 12 466 m2 sur l’espace litigieux, baptisé « Tour Oméga ». Ce n’est qu’après avoir réussi à mobiliser ces ressources qu’il aurait découvert que son terrain était occupé.

Pierre Goudiaby Atepa s’engage dans un intense lobbying, d’abord auprès de l’OAPI, puis du gouvernement camerounais. En vain. L’homme d’affaires et son équipe saisissent tour à tour par courrier le directeur général de l’OAPI, Denis Loukou Bohoussou, la ministre des Domaines d’alors, Jacqueline Koung à Bessike (décédée depuis), le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, ainsi que le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Ses sollicitations restent sans réponse. Dans les couloirs de l’administration camerounaise, l’immunité dont jouissent les organisations internationales installées dans le pays rend ce dossier complexe.

Selon des sources proches du ministère des Relations extérieures, l’OAPI aurait sollicité dès 2007 un terrain auprès du gouvernement camerounais pour y construire son nouveau siège. Face aux lenteurs administratives, l’organisation aurait alors décidé de s’installer sur le terrain mitoyen non bâti. Contacté par Jeune Afrique, le bureau camerounais de l’OAPI n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Pierre Goudiaby Atepa compte réclamer, d’abord devant les tribunaux camerounais, jusqu’à 6,6 milliards de F CFA de dédommagement à l’OAPI pour cette occupation illégale. Une équipe d’avocats comprenant des Camerounais, des Sénégalais et des Français a été constituée pour ce dossier.