Politique

Mali : la Cedeao maintient la pression, Bamako sort les muscles

Par - à Bamako
Mis à jour le 13 décembre 2021 à 12:57

Des partisans du président de la transition malienne, Assimi Goïta, défilent à Bamako le 7 juin 2021. Photo d’illustration. © ANNIE RISEMBERG/AFP

Alors que la Cedeao a décidé dimanche 12 décembre de maintenir l’obligation pour le Mali d’organiser des élections en février, des manifestations ont eu lieu à Bamako durant trois jours d’affilée. Des mobilisations pour soutenir les autorités de la transition et affirmer un certain ras-le-bol à l’égard de la communauté internationale.

Alors qu’à Abuja, les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) étaient réunis pour statuer sur la situation au Mali, à Bamako, la rue continuait à gronder. Depuis vendredi 10 décembre, le mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts avait appelé les Maliens à manifester. « Non aux élections imposées », « Non aux élections précipitées », scandaient les manifestants ce week-end.

Il s’agissait de mettre la pression sur les présidents ouest-africains, mais aussi de protester contre une décision finale que tous avaient anticipé. Malgré la volonté d’Assimi Goïta de reporter les élections, la Cedeao a choisi de camper sur ses positions et d’exiger le maintien de la date du 27 février 2022. « Les chefs d’État, après de longs échanges, ont décidé de maintenir la date du 27 février 2022 pour l’organisation des élections au Mali. Ils ont décidé de l’entrée en vigueur de sanctions additionnelles en janvier 2022 », a fait savoir l’instance régionale dans un communiqué.

Goïta « espoir du Mali »

Une décision qui va à l’encontre de la volonté de certains Bamakois, descendus le clamer dans la rue. Si l’appel à la mobilisation a été beaucoup moins suivi que de récents rassemblements « anti-impérialistes » dont les habitants de la capitale sont désormais coutumiers, la place de l’Indépendance a accueilli quelques centaines de manifestants, venus scander leur soutien au gouvernement en place. Au-dessus d’une foule agitée, flottaient des drapeaux tricolores russes et des pancartes arborant une tête de mort ainsi qu’un message : « À mort la France ».

D’un côté, des slogans encensant Assimi Goïta comme « l’espoir du Mali » et appelant à l’aide la Russie. De l’autre, de vivaces « À bas la France, à bas la Cedeao, à bas la Minusma ». À l’initiative de la mobilisation, Adama « Ben » Diarra, leader du mouvement Yerewolo, membre du Conseil national de transition (CNT), et connu pour être l’un des principaux relais du soft-power russe au Mali. « Le seul ressort que les autorités de Bamako peuvent agiter aujourd’hui face à la communauté internationale, c’est de dire “on a le soutien du peuple”, décrypte Lamine Savané, enseignant-chercheur en sociologie politique à l’université de Ségou. Le timing n’est certainement pas fortuit. »

Dans les jours qui ont précédé les manifestations, les rues de Bamako donnaient déjà le ton du ras-le-bol. « Cela fait huit ans que la force française Barkhane est ici, voyez-vous le moindre changement ? Le seul changement, c’est que la situation sécuritaire s’est propagée », peste Mr Coulibaly, commerçant de Bamako qui prend régulièrement part aux manifestations. Assis à ses côtés, Boubacar Thiam souffle sur les braises chargées de réchauffer le thé. Pour lui aussi, « Barkhane a échoué ». Il croit fermement que la Russie « peut faire mieux » et qu’elle offrira un « partenariat gagnant-gagnant », sans ingérence dans les affaires politiques du pays.

Épreuve de force entre Bamako et la Cedeao

L’épreuve de force entre les manifestants et la communauté internationale est loin d’être terminée. La Cedeao exige que la transition n’excède pas dix-huit mois, malgré les demandes répétées de report d’Assimi Goïta. Le président de transition a tenté des donner des gages à ses homologues ouest-africains. Dans un courrier adressé à l’organisation, dont le contenu a été révélé par l’Agence France-Presse, Assimi Goïta s’est engagé à fournir un chronogramme électoral au plus tard le 31 janvier 2022. Une feuille de route censée être pensée et actée lors des Assises nationales de la refondation, qui se sont ouvertes samedi 11 décembre et qui doivent se tenir jusqu’au 30 décembre.

En guise de réponse, l’instance régionale, soutenue par l’Union européenne, a brandi la menace de nouvelles sanctions. Le 7 novembre, elle imposait déjà une interdiction de voyager et le gel des avoirs financiers de l’ensemble des membres des autorités de la transition, à l’exception du président et du chef de la diplomatie. Des sanctions sur lesquelles l’Union européenne vient de décider de s’aligner.