Politique

Mauritanie : le clan Ould Abdelaziz à l’offensive

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Mis à jour le 12 décembre 2021 à 10:33

L’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz demeure incarcéré à Nouakchott. © Antoine Gyori/GettyImages

Tandis que ses proches parents dénoncent les mauvais traitements dont il serait victime, l’ancien président fait publier une lettre ouverte adressée à son successeur. Explications.

La Mauritanie pourrait juger son ancien président dans une relative indifférence générale. Ni les partenaires du pays, ni ses anciens homologues ne semblent se soucier du sort réservé à Mohamed Ould Abdelaziz. Le maréchal Idriss Déby Itno, dont il fut proche, n’est plus là pour le défendre, pas plus que son ami Alpha Condé, renversé en septembre.

Et il n’entretenait de bonnes relations ni avec Macky Sall, ni avec le roi Mohammed VI. Quant à Abdelmadjid Tebboune, il préfère rester à distance, davantage préoccupé par les tensions avec son voisin marocain et la situation au Mali, tout comme le Français Emmanuel Macron, qui privilégie sa bonne entente avec Mohamed Ould Ghazouani.

Arrêté depuis le 22 juin pour non-respect de son contrôle judiciaire, Mohamed Ould Abdelaziz demeure incarcéré dans une villa au sein de l’École de police de Nouakchott. Il est poursuivi pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics et octroi d’avantages indus.

Les visiteurs subiraient des « fouilles humiliantes » à chacun « des cinq postes de contrôle »

Sa détention provisoire, d’un an maximum, a été prolongée de six mois supplémentaires et ses quatre dernières demandes de remises en liberté ont toutes été rejetées. Restée très discrète depuis que ce dernier est poursuivi par la justice, la famille d’Aziz a décidé de se saisir du dossier.

« Caméras de surveillance »

Le 6 décembre, Fatimetou, Mane, Menna et Maalouma Abdelaziz, les sœurs de l’ancien président, ont adressé un courrier à la délégation locale du Comité international de la Croix-Rouge afin de l’alerter sur ses conditions de détention.

Outre le fait que les visiteurs subiraient des « fouilles humiliantes » à chacun « des cinq postes de contrôle », elles dénoncent une « violation flagrante de la vie privée » du détenu, qui n’aurait toujours pas droit à la promenade. Quatre caméras de surveillance auraient en effet été installées « dans sa chambre et sa salle de bain », écrivent-elles.

Selon l’entourage d’Aziz, ce matériel aurait été mis en place le 29 novembre, au lendemain d’une deuxième perquisition menée par la police afin d’y chercher un téléphone portable. Un brouilleur aurait également été posé. « Un détail », balaie Me Brahim Ould Ebety, bâtonnier et chef du pôle des avocats de l’Etat constitués pour cette affaire, qui assure ne pouvoir « ni confirmer, ni infirmer » la présence de ces caméras. « Une chose est sûre, ses conditions de détention sont bien meilleures que celles des autres prisonniers de ce pays », ajoute-t-il. « Il n’est pas dans une prison ordinaire. »

Un procès annoncé en 2022 ?

« Depuis presque six mois, les choses n’avancent pas, déplore Me Taleb Khiyar Ould Mohamed Maouloud, l’un des avocats de Mohamed Ould Abdelaziz. Aucune preuve de sa culpabilité n’a été révélée et les 313 co-accusés de notre client se baladent tranquillement. » « Mais lui seul a enfreint son contrôle judiciaire ! » réplique Me Ebety.

Aziz a écrit à Ghazouani pour l’enjoindre à « ne pas être le témoin passif d’une injustice »

Treize autres anciens responsables, dont deux ex-Premier ministres, ont en effet l’obligation de pointer quatre fois par semaine à la direction nationale de la sûreté. « Nous affinons les interrogatoires, afin de préparer les confrontations entre le prévenu et les témoins. Quant aux preuves, elles sont multiples et elles seront exposées lors du procès. Nous serons fixés sur une date au premier trimestre de 2022 », promet l’avocat de l’État.

En attendant, le 8 décembre, l’ancien président a fait publier pour la première fois une lettre ouverte à son successeur dont il fut très proche, Mohamed Ould Ghazouani. « Vous a-t-on convaincu aussi facilement du bien fondé des accusations qui sont portées contre ma personne ? […] A dire vrai, Monsieur le président, vous êtes le seul sinon l’une des rares personnes à connaître l’origine et la traçabilité de mes biens, qui se trouvent être déclarés à la Cour suprême », écrit-il, l’enjoignant à « ne pas être le témoin passif d’une injustice et d’un complot grotesque. »

Mohamed Ould Abdelaziz souhaite-t-il ouvrir un nouveau canal de discussion avec son ancien chef d’État-major ? « Il a le sentiment d’être oublié et souhaite surtout sensibiliser l’opinion », précise son avocat Me Mohameden Ould Ichidou. Aucune médiation n’a en effet cours à ce jour. « On n’en est plus là », souffle un proche du président Ghazouani.