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Kadhafiade pétrolière

| Écrit par Abdelaziz Barrouhi

Le « Guide » libyen Mouammar Kadhafi n’a pas fini de surprendre. Après avoir déclaré au magazine américain Time que l’abandon de son programme d’armes de destruction massive ne lui a valu aucune récompense de Washington, le voilà qui, la même semaine, couvre les États-Unis de ses largesses.
Le 29 janvier, en effet, en présence des représentants d’une soixantaine de sociétés pétrolières adjudicataires, Tripoli a octroyé aux Américains, au terme du premier appel d’offres jamais lancé par le pays, onze des quinze permis d’exploration proposés (couvrant une superficie totale de 127 000 km2). Occidental Petroleum se taille la part du lion avec neuf permis, dont cinq à elle seule et quatre en association, soit avec Woodside (Australie), soit avec Liwa (Émirats arabes unis, étatique), soit avec les deux à la fois. Occidental opérera dans des blocs situés dans les riches bassins de Syrte, de Morzouk et de Cyrénaïque. Deux autres compagnies américaines, ChevronTexaco et Amerada Hess, figurent parmi les attributaires.
Ce geste revêt une importance symbolique, historique et géostratégique sans précédent. Il donne à l’Oncle Sam le libre accès aux plus grandes réserves d’hydrocarbures du continent (entre 36 milliards et 100 milliards de barils). Le sous-sol libyen recèle un pétrole de haute qualité, au coût d’extraction bas et d’autant plus convoité par les américaines que les puits du golfe du Mexique s’épuisent et que la manne du Moyen-Orient subit les aléas de la guerre.
Par ailleurs, les États-Unis prennent le contrôle de la grande majorité des ressources pétrolières libyennes déjà mises au jour, puisque le groupe Oasis, formé par les compagnies Amerada Hess, Conoco Philips et Marathon Oil, s’apprête à récupérer les champs qu’il exploitait avant 1986, date de son départ de Libye à la suite des sanctions économiques décrétées par Washington et levées au printemps dernier. Les négociations sont en cours de finalisation, notamment en ce qui concerne le dédommagement de la compagnie nationale libyenne NOC pour ses frais de « gardiennage » et de maintenance.
Le succès des pétroliers américains s’accompagne d’une déroute totale de leurs concurrents européens : aucun d’entre eux ne s’est vu attribuer un permis. Les Libyens assurent que tout s’est passé dans la plus grande transparence et que les offres – non publiées – des compagnies gagnantes étaient plus « agressives ». On attendra avec intérêt les résultats du prochain appel d’offres, prévu pour mars, qui portera sur une quarantaine de blocs, et ceux des rounds ultérieurs, même si les États-Unis ont d’ores et déjà assuré leur mainmise sur l’or noir libyen.
Washington pourrait tirer un enseignement de cette expérience : pour s’emparer des ressources pétrolières d’un pays, l’amener à démanteler son programme d’armes de destruction massive et amadouer son chef, aussi radical fût-il, point n’est besoin de l’arroser de bombes ou de l’occuper.

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