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Algérie-France : Roselyne Bachelot annonce l’ouverture anticipée d’archives sur la guerre d’indépendance

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Mis à jour le 10 décembre 2021 à 16:26

L’historien Benjamin Stora remettant au président Emmanuel Macron son rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, au palais de l’Élysée, le 20 janvier 2021. © STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA

Nouvelle étape dans la politique de réconciliation mémorielle amorcée par le président Emmanuel Macron, cette déclassification de documents secrets vise aussi à apaiser les tensions diplomatiques avec Alger.

La ministre française de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé, ce 10 décembre, la prochaine ouverture des archives sur les « enquêtes judiciaires » de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), alors que Paris et Alger entretiennent des relations tendues depuis plusieurs mois. 

« J’ouvre avec quinze ans d’avance les archives sur les enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police qui ont rapport avec la guerre d’Algérie », a-t-elle annoncé sur le plateau de BFM TV. Une déclaration qui intervient deux jours après la visite à Alger du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian.

« Construire une autre histoire »

« Je veux sur cette question – qui est troublante, irritante, où il y a des falsificateurs de l’histoire à l’œuvre – que l’on puisse la regarder en face. On ne construit pas un roman national sur un mensonge », a plaidé la ministre.

On a des choses à reconstruire avec l’Algérie, elles ne pourront se reconstruire que sur la vérité »

« C’est la falsification qui amène toutes les errances, tous les troubles et toutes les haines. À partir du moment où les faits sont sur la table, où ils sont reconnus, où ils sont analysés, c’est à partir de ce moment-là qu’on peut construire une autre histoire, une réconciliation », a-t-elle poursuivi.

« On a des choses à reconstruire avec l’Algérie, elles ne pourront se reconstruire que sur la vérité », a estimé la ministre de la Culture, qui a dans son périmètre la question des archives.

Interrogée sur les conséquences de cette décision, notamment la confirmation à venir d’actes de torture commis par l’armée française en Algérie, Roselyne Bachelot a répondu que « c’est l’intérêt du pays que de le reconnaître ».

Cette annonce est une nouvelle étape dans la politique de réconciliation mémorielle amorcée par le chef de l’État, Emmanuel Macron. Le 13 septembre 2018, il reconnaissait que la disparition du mathématicien et militant communiste Maurice Audin, en 1957 à Alger, était le fait de l’armée française et promettait à sa famille un large accès aux archives.

Le 9 mars 2021, poursuivant sa politique de « petits pas », le président français avait annoncé une simplification des procédures de déclassification des archives de plus de cinquante ans, permettant d’écourter les délais d’attente liés à ces procédures.

Une semaine auparavant, Macron reconnaissait, « au nom de la France », la responsabilité de l’armée française dans la torture et l’assassinat de l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel, en 1957.

Le rapport de l’historien Benjamin Stora sur la question mémorielle entre l’Algérie et la France, remis en janvier 2021 à Emmanuel Macron, recommandait de faciliter l’accès aux archives de la colonisation, avec la possibilité d’en transférer certaines à l’Algérie, et de mettre en place un processus plus rapide de déclassification des documents secrets.