Économie

Mali – Électricité : une autre transition se profile

Le pays, confronté à une crise énergétique, entend se concentrer sur le renouvelable pour améliorer sa production. Des investissements sont en cours, notamment dans le solaire, jugé plus facile à développer. Reste à mobiliser les financements.

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Mis à jour le 21 janvier 2022 à 10:00

Centrale solaire de Yorosso, au Mali. © Nicolas Réméné

Pour réussir sa transition énergétique, le Mali a décidé de mettre l’accent sur le solaire, « facile à développer », selon Théra Aminata Fofana, directrice nationale de l’Énergie. Des projets sont aussi en cours sur l’éolien, la biomasse et l’hydroélectricité. À Kita, depuis mars 2020, Akuo Energy exploite une centrale solaire qui vend de l’électricité à Énergie du Mali (EDM), qui souffre depuis des années de problèmes de mauvaise gouvernance, de déficit de production, et d’infrastructures défectueuses.

Partenariats émiratis et français

En mai 2021, le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Lamine Seydou Traoré, expliquait à Jeune Afrique qu’au Mali « 60 % [contre 30 % début 2000] de l’électricité est issue du thermique, qui en plus d’être une source d’énergie fossile est aussi très onéreuse ». Au-delà des conséquences d’une « inversion du mix énergétique », les problèmes d’électricité, qui donnent souvent lieu à des manifestations jusque devant le siège d’EDM, sont la résultante de décennies de « déficit d’investissements ». Le ministre avait alors annoncé « un plan massif d’investissement dans des sources d’énergies moins onéreuses ».

Selon la direction nationale de l’Énergie, le Mali a favorisé le partenariat public-privé pour le développement de centrales solaires. La politique énergétique, adoptée en 2006, est en cours de relecture « pour mettre l’accent sur les sources d’énergies renouvelables » et « donner aux Maliens une énergie de qualité et à moindre coût ». À ce jour, environ sept conventions ont été signées entre le gouvernement et des partenaires pour développer des centrales solaires.

Ces partenariats dans le solaire sont noués avec des entreprises qui, selon la directrice, exigent des garanties pour sécuriser leurs investissements. Deux groupes émiratis ont acquis des centrales au Mali : Amea Power à Tiakadougou Dialakoro (50 MW à 44 milliards de F CFA) et Phanes Group à Bla (96 MW à 67,7 milliards de F CFA. À Fana, le groupe français Legendre compte développer une centrale d’une capacité de 50 MW et dont le coût s’élève à 60 milliards de F CFA. A Ségou, Sikasso, Koutiala, des projets de centrale sont en cours de développement.

Réguler le réseau

Parmi ces centrales, seule celle de Sounsoukoro, sur la route de Ouelessebougou, comporte un stockage « permettant de prendre en compte le caractère intermittent du solaire pour réguler le réseau ». Et, last but not least, le Système d’échanges d’énergie électrique de la Cedeao a en projet de développer des centrales d’environ 150 MW à Fana et à Bougouni.

Les investissements couvrent aussi les domaines de l’éolien – dont un en cours dans la région de Kayes – et de l’hydroélectricité, notamment à Djenne et à Kourouba, où des sites mini-micro ont été aménagés. L’État malien, pour doubler la centrale hydroélectrique de Sotuba, s’est endetté. Ces efforts, pour la directrice de l’Énergie, visent d’abord et avant tout à augmenter la production nationale.

En pleine période de canicule, en avril 2021, et face aux manifestations contre les délestages à Bamako, le ministre Traoré avait sollicité le soutien énergétique de la Côte d’Ivoire qui n’avait pu voler à son secours. « Le solaire est intermittent, il diminue l’utilisation de la source thermique mais sans offrir de possibilités de stockage. On ne peut sûrement pas se débarrasser du thermique », précise la directrice.