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Mosaïque de boxeurs en hommage à la victoire de Mohamed Ali contre George Foreman le 30 octobre 1974 au stade Tata Raphael de Kinshasa. Photographie prise le 4 juin 2016, © JUNIOR KANNAH/AFP.

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RDC : Fayulu et Kabila, même combat ?

Tout sépare l’ancien président congolais du leader de la coalition Lamuka, à l’exception de leur opposition à Félix Tshisekedi. Les deux hommes vont-ils pour autant former une alliance de raison ?

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Par - Envoyée spéciale à Kinshasa
Mis à jour le 23 décembre 2021 à 10:27

Joseph Kabila, l’ancien président congolais, et Martin Fayulu, l’un des leaders de la plateforme Lamuka. © Montage JA : John Wessels/AFP ; Robert Carrubba pour JA

Il pleut dru ce 13 novembre à Kinshasa. Ça mouille, ça inonde, mais ce jour-là, rien ne peut décourager les partisans du « bloc patriotique ». Par milliers, les militants du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila et ceux de Lamuka, présidé par Martin Fayulu et Adolphe Muzito, défilent jusqu’au stade Tata-Raphaël. Hier encore, ils étaient adversaires, aujourd’hui, ils partagent un combat commun.

Marche pour le changement

Tous protestent contre la nomination de Denis Kadima à la tête de Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et accusent le pouvoir de chercher à verrouiller le processus électoral en vue de la présidentielle de 2023. Trois semaines plus tôt, après des mois de blocage, le président Félix Tshisekedi a en effet entériné le choix très contesté de Denis Kadima. Bien que sa compétence soit reconnue par tous, cet expert électoral est accusé par ses détracteurs d’être trop proche du président – ils sont notamment tous les deux originaires de la province du Kasaï. Alors que la loi confie à huit confessions religieuses la charge de proposer le nom du président de la Ceni, la puissante Église catholique (Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco) et l’Église du Christ au Congo (ECC), protestante, s’étaient opposées aux six autres, dénonçant des tentatives de corruption et des menaces.

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« C’est la marche pour le changement. Nous avons commencé aujourd’hui et nous allons continuer jusqu’à ce que les incompétents comprennent que le peuple veut se prendre en charge », a dénoncé Emmanuel Ramazani Shadary, l’un des plus proches lieutenants de Joseph Kabila au sein du FCC, en tête de cortège le 13 novembre, avant de dénoncer une « dictature » pire que « celle de Mobutu ».

Un vocabulaire qui pourrait être celui de Martin Fayulu, son ancien rival dans la course à la présidentielle de 2018. Même adversaire, Félix Tshisekedi, même slogan. Les anciens ennemis pourraient-ils devenir des alliés – du moins de circonstance ? La rupture de l’alliance nouée entre le FCC et Cap pour le changement (Cach, la coalition de Tshisekedi) au lendemain de la présidentielle de 2018 semble avoir tout d’une bonne nouvelle pour l’opposition qui voit ainsi ses rangs renforcés par Joseph Kabila et les siens.

Absences remarquées

Pourtant, le diable se niche souvent dans les détails. Ce 13 novembre, c’est en ordre dispersé que l’opposition a défilé. Ce n’est pas un mais trois cortèges distincts qui ont afflué au stade. Surtout, ni Joseph Kabila ni Martin Fayulu ne battaient le bitume kinois auprès de leurs sympathisants. Le premier était encore en Afrique du sud, où il avait peu de temps avant soutenu son mémoire et où vivent plusieurs de ses proches. Le second a préféré ne pas faire le déplacement. « Pourquoi faudrait-il toujours que Martin Fayulu incarne la protestation ? interroge l’un des membres de son entourage. Lorsqu’une marche est interdite, il s’y rend toujours pour faire front, mais ce jour-là, il y avait déjà beaucoup de personnalités. Martin Fayulu soutenait bien sûr l’initiative mais il n’avait pas besoin d’être présent. »

Il est évident que si Fayulu n’est pas venu, c’est parce qu’il ne voulait pas s’afficher bras-dessus bras-dessous avec les caciques du FCC !

Dans les rangs du pouvoir, on se gausse pourtant de cette absence. « Il est évident que si Fayulu n’est pas venu, c’est parce qu’il ne voulait pas s’afficher bras-dessus bras-dessous avec les caciques du FCC ! » Le malaise est palpable dans l’entourage de celui qui se proclame toujours « président élu » après l’étrange présidentielle de 2018.

Surprises en perspective

« Nous n’avons aucune relation avec le FCC. Pour nous, Kabila et Tshisekedi sont toujours ensemble. Le système qui était en place sous Kabila est celui qui perdure. Rien n’a changé », poursuit le proche de Martin Fayulu, alors que ce dernier n’a cessé de comparer l’Union sacrée à une « deuxième grossesse » de l’alliance entre Tshisekedi et Kabila. Pour celui qui estime s’être fait voler la victoire par des manigances entre l’actuel et l’ancien président, il semble hors de question d’envisager une véritable alliance avec Kabila.

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Dans les rangs d’un FCC encore affaibli par sa perte de pouvoir il y a un an, le ton se fait plus conciliant. Le parti est encore doté d’organes temporaires et dirigé par « un comité de crise », pourtant chacun semble attendre les directives d’un chef connu pour son goût de la discrétion et de la réserve. Alors que la scène politique continue de se recomposer, on se fait prudent. D’ici à 2023, « le jeu politique réserve bien des surprises », conclut un observateur qui rappelle qu’avant de s’opposer, Kabila et Tshisekedi se sont alliés deux ans à la tête de l’État, et qu’avant cela encore, ils étaient des ennemis jurés.