Économie

Mines : « La RDC a tout pour devenir un champion des voitures électriques »

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Par - à Kinshasa
Mis à jour le 10 décembre 2021 à 13:02

Julien Paluku, ministre de l’Industrie de la RDC depuis septembre 2019, était depuis 2007 gouverneur du Nord-Kivu. © Ley Uwera pour JA

Riche de lithium, manganèse, nickel et cobalt, la République démocratique du Congo veut produire localement des batteries pour véhicules électriques et développer une chaîne de valeur « verte », explique son ministre de l’Industrie, Julien Paluku.

Faire de la République démocratique du Congo (RDC) un champion des voitures électriques. Telle est l’ambition affichée lors du DRC-Africa Business Forum qui s’est tenu du 24 au 25 novembre à Kinshasa.

Au terme de cet événement, l’exécutif congolais, dirigé par Félix Tshisekedi, a pris plusieurs engagements avec différents partenaires techniques et financiers, à savoir la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), la Banque africaine de développement (BAD), la Banque africaine d’export et d’import (Afreximbank), Africa Finance Corporation (AFC), la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea) et le groupe minier australien AVZ Minerals.

Outre le lancement d’un conseil des batteries de la RDC, pilote de la politique gouvernementale, la création d’un mécanisme pour financer l’essor d’une industrie locale de batteries a été actée, en lien avec la promesse de développer une industrie des minerais. Les partenaires financiers sont prêts à mettre sur la table jusqu’à 300 millions de dollars, a affirmé le directeur général de la Badea, Sidi Ould Tah.

Conscient qu’il s’agit de faire émerger toute une filière, le ministre congolais de l’Industrie, Julien Paluku, ex-gouverneur du Nord-Kivu (2007-2019), défend la stratégie de son pays.

Le plus grand gisement mondial de lithium pourrait se situer en RDC

Jeune Afrique : Vous dites que la RDC est la destination la plus compétitive au monde pour installer des usines de fabrication de batteries destinées aux voitures électriques. Pourquoi ?

Julien Paluku : Une étude, réalisée par BloombergNEF et financée par plusieurs bailleurs de fonds dont la BAD, a été commandée par la CEA pour évaluer le potentiel de la RDC dans ce domaine et sa capacité à attirer les investissements. Il en ressort qu’installer une usine traitant 10 000 tonnes de minerais par an (cobalt, lithium, manganèse, nickel et cuivre) coûterait 117 millions de dollars aux États-Unis, 112 millions en Chine, 65 en Pologne et seulement 39 en RDC. Autrement dit, le coût est presque trois fois moins important dans notre pays qu’en Chine et deux fois moins qu’en Pologne.

Cela peut surprendre au regard des obstacles rencontrés lorsque l’on veut installer une usine aujourd’hui : accès à l’électricité, coût élevé du carburant, difficultés liées à l’acheminement du matériel puis à l’évacuation de la production. Qu’est-ce qui a été fait pour y remédier ?

Nous faisons notamment des efforts pour augmenter la production d’électricité. Dans la province de Lualaba, la centrale de Busanga, qui va être inaugurée et représente un investissement de plus de 600 millions de dollars, doit produire 240 mégawatts. Dans celle du Tanganyika, le groupe AVZ prévoit d’investir plus d’un milliard de dollars pour créer une zone économie spéciale autour de l’industrie du lithium à Manono prévoyant la construction de la centrale de Mpiana Mwanga, de la route Manono-Kalemie et d’un chemin de fer. Si on veut réussir notre pari dans les voitures électriques, nous devons garantir aux investisseurs que tous les projets connexes, et notamment dans le domaine des infrastructures, soient au niveau et réalisés.

Nous défendons une stratégie de chaîne de valeur régionale, la RDC se trouvant au cœur du dispositif

Sur le continent, trop peu de pays parviennent à construire une chaîne de valeur. Comment la RDC compte-t-elle faire ?

Notre pays en a les moyens parce qu’il concentre sur son territoire toutes les matières premières qui entrent dans la composition des batteries électriques. C’est évidemment le cas du cobalt, avec une production d’environ 100 000 tonnes par an et des réserves estimées à 25 millions de tonnes, mais aussi du cuivre, du nickel (dans les provinces du Kasaï près de Kananga), du chrome et du lithium. Alors que l’on pensait que le plus grand gisement de lithium du monde se trouvait en Australie, dans la mine de Greenbushes, de récentes études menées par AVZ Minerals ont démontré qu’il pourrait se situer en réalité en RDC, à Manono. Les études, qui portent pour l’heure sur 20 % de la surface concernée, ont déjà identifié près de 400 millions de tonnes de minerais.

Au-delà de notre richesse nationale, il faut rappeler que huit des quinze pays qui disposent des minerais entrant dans la composition des batteries électriques se trouvent en Afrique. Nous défendons donc une stratégie de chaîne de valeur régionale, la RDC se trouvant au cœur du dispositif. Aucun pays n’a intérêt à se contenter d’exporter ses minerais bruts en dehors du continent, comme c’est principalement le cas aujourd’hui. Il faut favoriser le traitement et la transformation sur place, notamment dans nos usines et futures usines, afin d’exporter des produits à plus forte valeur ajoutée. Ainsi, non seulement on diminue les charges liées aux exportations mais, en plus, on renforce le commerce intra-africain.

Les ZES sont un vaste chantier qui ne se fera pas en quelques mois

Concrètement, comment financer un tel projet ?

Convaincue de la viabilité du projet, Afreximbank a pris le leadership de la structuration financière et va réunir les autres banques et investisseurs.

La Fédération des entreprises du Congo (FEC) déplore les tracasseries fiscales qui compromettent le climat des affaires en RDC. Prévoyez-vous des mesures spécifiques pour encourager les investissements dans le secteur ?

La FEC a raison de le pointer. Cela dit, une feuille de route pour améliorer le climat des affaires a été adoptée en conseil des ministres en juillet. Après cela, le Premier ministre s’est adressé à chaque ministre individuellement pour lui donner des assignations par rapport à son secteur. Une évaluation sera faite tous les trois mois pour mesurer les progrès. Je crois que c’est la première fois que le gouvernement en RDC sera évalué à cette fréquence, cela devrait se solder par des avancées rapides et concrètes.

Pour l’heure, le pays peine à installer des zones économiques spéciales (ZES). Les entreprises de l’industrie des batteries électriques vont-elles bénéficier d’une fiscalité incitative ?

Les ZES sont un vaste chantier qui ne se fera pas en quelques mois. Nous avons commencé par celle de Maluku, dont les lots sont déjà attribués à 80 %. Un deuxième espace se situe dans le Katanga, où la ZES de Kishwishi va être développée par la société Geniland, en partenariat avec la ZES kényane de Tatu City. Une troisième zone est en cours de développement dans le Sud-Ubangi : c’est l’entreprise Miluna, implantée dans la zone depuis les années 1960, qui est aux commandes. Une quatrième zone sera développée au Nord-Kivu, à Musienene, pour relancer la région, grâce notamment à une fiscalité incitative.

La situation sécuritaire dans la zone ne risque-t-elle pas de compromettre le projet ?

Les recrutements en cours pour renforcer les rangs des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) vont permettre de répondre à la question récurrente des faibles effectifs militaires et du vieillissement de nos forces de sécurité.