Politique

Algérie-France : Jean-Yves Le Drian en mission de déminage à Alger

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Mis à jour le 9 décembre 2021 à 11:49

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. © RYAD KRAMDI/AFP

Le chef de la diplomatie française s’est rendu à Alger pour tenter de désamorcer les vives tensions entre les deux pays. Et de renouer « une relation de confiance ».

Ce n’est pas encore la réconciliation mais Français et Algériens y travaillent. La brève visite effectuée à Alger mercredi 8 décembre par Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, est un pas de plus vers la détente entre les deux pays.

Une première entrevue avec son homologue algérien, Ramtane Lamamra, puis un tête-à-tête avec le président Abdelmadjid Tebboune laissent peu de doutes sur la volonté des Français et des  Algériens d’apurer les différends et de retisser des liens devenus franchement ténus depuis le début de l’automne.

« Renouer une relation de confiance », « regarder vers l’avenir », « respect de la souveraineté de chacun », « indispensable approfondissement du partenariat », les termes choisis par le ministre français, qui joue ici un rôle de démineur, sont pesés au trébuchet.

Il faut dire que les autorités algériennes restaient extrêmement remontées après les propos d’Emmanuel Macron, rapportés le 2 octobre par Le Monde, dans lesquels il semblait remettre en question l’identité algérienne et pointait un « système politico-militaire » entretenant une « rente mémorielle ».

Retour prochain de l’ambassadeur

Preuve que les tensions demeurent encore vives, le palais d’El Mouradia n’a pas encore autorisé l’ambassadeur d’Algérie, Antar Daoud, rappelé pour consultation le 3 octobre, à regagner Paris.

La visite de Le Drian va-t-elle accélérer le retour du représentant diplomatique algérien ? Ce serait une question de jours, ou de semaines, confie-t-on à Alger. En tout cas, cette opération de réconciliation amorcée par le ministre français démontre à quel point les sujets qui fâchent restent nombreux. À commencer par la question de l’immigration et du flux migratoire.

À l’été dernier, Emmanuel Macron a reproché aux autorités algériennes un manque de coopération dans le rapatriement de leurs ressortissants jugés indésirables en France. Selon le gouvernement français, seuls 0,2 % des 7 700 Algériens faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ont été rapatriés entre janvier et juillet 2021.

Le président français avait également annoncé dans la foulée la réduction de moitié du nombre de visas octroyés aux Algériens, notamment les hauts cadres de l’État.

Lutte anti-terroriste au Sahel

Deuxième dossier que les Français souhaitent déminer, celui de la coopération dans le cadre de la lutte anti-terroriste au Mali. Jusque-là plutôt exemplaire depuis le début des opérations françaises au Sahel en janvier 2013, la coopération a connu un coup d’arrêt brutal avec la décision d’Alger d’interdire aux avions français en partance pour le Sahel le survol de son espace aérien.

Un acte de rétorsion pour protester, là encore, contre les propos de Macron. « Si les Français veulent aller au Mali ou au Niger, ils devront désormais voler 9 heures au lieu de 4, indiquait Abdelmadjid Tebboune. Toutefois, nous sommes disposés à faire une exception pour les opérations de secours aux blessés. »

L’interdiction de survol de l’espace aérien algérien complique les opérations françaises au Sahel

Commentant cette décision, Florence Parly, ministre française des Armées, ne cache pas que celle-ci a des conséquences fâcheuses sur la lutte anti-terroriste au Sahel. « Cette interdiction de survol est maintenue, avec une exception : les évacuations médicales, explique-t-elle dans un entretien à Jeune Afrique. Nous regrettons cette situation, qui ne remet cependant pas en cause le bon déroulement de nos opérations, mais qui les rend plus compliquées et plus coûteuses. »

La politique des petits pas pour renouer le dialogue et réchauffer les relations devrait donc « conduire à une reprise des échanges politiques entre les gouvernements en 2022 », selon les propres mots de Jean-Yves Le Drian. De préférence avant le début de la campagne pour la présidentielle de 2022, où l’immigration et la question mémorielle sont déjà au cœur des débats.