Politique

L’exil et le royaume

Pendant un quart de siècle, il fut le bras droit et l'exécuteur redouté des hautes et basses oeuvres du roi Hassan II. Limogé par Mohammed VI, l'ancien ministre de l'Intérieur vit sa disgrâce comme une injustice. Portrait d'un animal politique blessé, entre rage, orgueil et mépris.

Paris, un soir de décembre 2004. Le crachin hivernal donne au quartier de La Muette, dans le 16e arrondissement, une touche hitchcockienne : ombres fuyantes sous les parapluies, trottoirs luisants sous les réverbères. À l’entrée d’un immeuble cossu, rue du Conseiller-Collignon, une grille noire, un code et un interphone séparent le visiteur de l’appartement où vit un exilé de marque du nom de Driss Basri, ancien ministre de l’Intérieur du Maroc pendant plus de vingt ans, tout-puissant vizir de Hassan II, inusable boîte noire de la monarchie, militant du Makhzen, flic suprême redouté, haï et désormais en guerre contre un système qui, pour se régénérer, a cru bon de le rejeter.

Comme tous les journalistes qui ont « couvert » le Maroc des années 1980 et 1990, particulièrement pendant les dix ans où il cumula les postes de ministre d’État chargé de l’Intérieur et de l’Information, j’ai eu, moi aussi, mon histoire avec l’homme que je m’apprête à revoir. Une histoire difficile où se mêlent la méfiance et la fascination, la séduction et la répulsion, la vigilance de chaque instant afin de n’être ni contrôlé ni récupéré, les ruptures et les retrouvailles, mais jamais l’indifférence. Petit pincement au coeur donc et énorme curiosité : comment est-il ?

Celui qui revendiquait avec allégresse son statut de serviteur du roi, à qui seul il devait la vérité, celui à qui tout, absolument tout, était permis, celui qui se vantait de tout savoir de Tanger à Dakhla, et qui me réveillait à 2 heures du matin parce qu’un article lui avait déplu, ce Driss Basri-là existe-t-il encore ?
Je sonne. On m’ouvre. J’attends quelques minutes, assis sur le canapé en cuir du salon, et j’observe. Ici vécut, à la fin des années 1960, un autre locataire célèbre : Pierre Mendès France. Mais de l’ancien président du Conseil il ne reste plus rien. Le décor, vaguement lambrissé, est marocain, les photos aussi : portraits, clichés de famille, Basri avec Hassan II, Basri avec le prince héritier Sidi Mohammed, Basri avec Jacques Chirac. Et puis, tout à coup, surgissant d’une porte dérobée, il arrive…

À 67 ans, Driss Basri est toujours Driss Basri. À preuve : il tente immédiatement de me déstabiliser. Ne suis-je pas envoyé par ceux qui, au Maroc, ont juré sa perte, afin de les informer sur son état d’esprit ? Ai-je conscience d’avoir été, lors de son limogeage il y a cinq ans, le premier à sonner la charge et à ouvrir la chasse contre lui ? Suis-je prêt à lui faire relire et avaliser, avant publication, tout article le concernant, puisqu’il a quelques raisons de se méfier de moi ?

L’entretien commence mal. Mais voici qu’aussitôt l’ex-vizir se fait patelin. Marche arrière, café, plaisanteries, tutoiement. Du coup, la suite se déroulera sans heurts, tout comme les autres rendez-vous que nous aurons plus tard, en décembre 2004 et février 2005, dans l’appartement de la rue du Conseiller-Collignon ou dans le grand studio de son fils Hicham, avenue d’Iéna. Des entretiens enregistrés mais pratiquement sans témoin, si ce n’est la présence muette de son fidèle chauffeur-garde du corps, préparateur de café et standardiste. Celle aussi, à une seule reprise, discrète et furtive, de son épouse…

En son exil parisien, où il est confiné depuis janvier 2004, Driss Basri lit les journaux, regarde la télévision, téléphone souvent, se promène régulièrement, joue au golf à Saint-Germain-en-Laye, encadre des thèses d’étudiants en droit à Assas (spécialité : monde arabe et développement) et se montre dans quelques événements politico-mondains. On l’a vu au congrès de l’UMP en novembre dernier, au congrès du Mouvement royaliste ainsi qu’à la Mosquée de Paris lors d’une réunion pour la libération des otages français en Irak.

Sur ses relations politiques, l’homme est plus que discret, il est muet. On sait que Chirac et lui se tutoient, on sait que ses ex-collègues Charles Pasqua, Pierre Joxe, Jean-Louis Debré et Jean-Pierre Chevènement – mais aussi Pierre Mazeaud et Robert Badinter – le fréquentent : c’est tout et c’est finalement assez peu pour un homme qui eut toute la France de « notre ami le roi » à ses pieds. Il est vrai qu’en voie d’obtenir, après bien des atermoiements, un titre de séjour dans l’Hexagone (les autorités françaises viennent d’en informer Rabat), ce sans-papiers de luxe se devait de ne gêner personne – d’où ses rarissimes interviews avec des médias français. Il est vrai surtout que, pour lui, l’essentiel n’est pas là, ni même dans ce livre sur la philosophie du pouvoir qu’il dit être en train d’écrire – démentant au passage la rédaction de ses Mémoires.

L’essentiel, c’est ce combat qu’il mène avec rage, orgueil et mépris, à l’instar d’une bête blessée et traquée, contre ceux qui veulent « salir Driss Basri ». L’expression est bourrue, parfois approximative chez ce fils d’un gardien de prison de Settat qui n’a jamais oublié son extraction populaire. Mais l’idée est toujours précise. « Je n’ai pas servi la reine Élisabeth, je n’ai pas servi Jean Gabin, la République, le général Boulanger ou Menahem Begin, j’ai servi Hassan II et son fils Mohammed VI ! » s’emporte l’ancien « ministre de tout et de partout ». Avant d’ajouter : « Mais je ne suis pas le Christ ; quand on me frappe sur la joue droite, je ne tends pas la joue gauche. »

Confronté à un cas de figure totalement inédit dans l’histoire contemporaine de la monarchie – une dissidence émanant d’une personnalité logée pendant un quart de siècle au coeur du disque dur du régime -, le pouvoir marocain réagit à deux niveaux. Désormais convaincu, passé le premier moment d’inquiétude, que Driss Basri ne dispose d’aucun secret ni document susceptible de lui porter un grave préjudice – ce que l’intéressé semble confirmer quand il nous assure que « tout est dans ma tête » et que « ma parole suffit, nul besoin de la prouver » -, le Palais a décidé de « laisser Basri parler jusqu’à épuisement », selon le mot d’un spécialiste du dossier. Qui ajoute : « Le jour est proche où il n’aura plus rien à dire et où plus personne ne l’écoutera, à moins qu’il ne s’en prenne à son fonds de commerce : le règne de Hassan II. »

À demi-mot, on parie aussi sur l’épuisement physique de l’ancien ministre d’État, que l’on dit très malade – interrogé sur ce point, Driss Basri a cette phrase laconique : « Je n’ai rien de sérieux, je suis sous contrôle. Et puis ça ne regarde personne. » Une volonté du pouvoir marocain actuel de banaliser le phénomène, donc, de le traiter comme une pollution, comme une affection parasitaire, opportuniste et collatérale, volonté qui cache mal cependant une nervosité persistante.

Mohammed VI lui-même, qui a longtemps bridé son entourage, bien qu’il n’ait jamais nourri la moindre sympathie pour le serviteur zélé de son père, semble désormais avoir renoncé à retenir la meute. Plusieurs anciens collaborateurs de Driss Basri ayant été arrêtés au Maroc ces derniers mois pour répondre de leur gestion passée, c’est sur le plan judiciaire que se déroule ou va se dérouler la contre-attaque. Une commission rogatoire devrait ainsi être dépêchée en France dans les semaines à venir pour y interroger Hicham Basri, l’un des fils de l’ancien ministre d’État, dans le but évident de l’inculper – et de demander son extradition. « Les affaires en cours produisent chaque jour des affaires dérivées et l’étau se resserre autour de lui, explique le même spécialiste. Et puis, nous avons sur Basri un avantage énorme : quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, son impopularité au Maroc demeure intacte. Il est le symbole d’un passé que nul ne veut voir ressurgir. »

L’intéressé, lui, est ailleurs. Tout à son combat pour sa propre réhabilitation, acharné contre ses adversaires, il s’est lancé, à partir de la mi-2004, dans une frénésie médiatique, étonnante de la part d’un homme qui, lorsqu’il était au pouvoir, n’accordait pratiquement jamais d’interviews. Chaînes de télévision arabes, journaux espagnols et algériens, radios internationales, périodiques marocains : tout y passe, par bribes, et le message se brouille derrière l’abondance des propos. Comme quoi, communiquer est un art difficile pour un homme qui consacra une bonne partie de sa carrière à contrôler l’information sous toutes ses formes. Mais de ce magma souvent répétitif, parfois contradictoire et toujours véhément se dégagent quelques lignes de force que, pour y voir plus clair, nous avons tenté de préciser, de compléter, voire de révéler, au cours des entretiens que nous avons eus avec Driss Basri à Paris. Les voici.

Ma descente aux enfers

Lorsque Hassan II rend l’âme, le vendredi 23 juillet 1999 à l’hôpital Avicenne de Rabat, Driss Basri est à son chevet avec d’autres et il pleure. Il est 16 h 30. « J’ai été le premier, raconte-t-il, une minute après son décès, dans la chambre même, à présenter mes condoléances et mon allégeance à son fils. Les funérailles du surlendemain, les sept millions de Marocains massés le long du cortège, les chefs d’État qui sont venus, tout cela, c’était moi, Driss Basri. »

Le 9 novembre, après trois mois d’effeuillage systématique de ses pouvoirs, le ministre d’État est congédié par le roi Mohammed VI. De l’entretien que les deux hommes ont eu ce jour-là au Palais de Marrakech, Basri ne dira rien. « Je ne remets pas en question mon départ du gouvernement : c’est une décision régalienne. Ce que je rejette, c’est la suite, cette volonté délibérée de jeter aux orties ma mémoire et mon potentiel. » Deux semaines après son éviction, celui qui n’est plus qu’un ex-ministre en préretraite enregistre ce qu’il appelle « le premier signe de persécution ». Cela concerne une ferme et un terrain de 220 hectares, au lieu-dit « La Gazelle », à 6 kilomètres de Mohammedia, offerts à Driss Basri par Hassan II pendant les années 1980. « Le roi m’avait remis le titre foncier en présence de ses fils, Sidi Mohammed et Moulay Rachid : "Ce titre est à toi, m’a-t-il dit, tu peux le placarder sur ton front et te promener avec à travers le royaume." Puis, se retournant vers l’ancien colon français qui gérait la ferme voisine, propriété du Palais, il a ajouté : "Vous servirez l’eau gratuitement et à vie au ministre Basri." »

Le 28 novembre au matin, l’eau est brusquement et définitivement coupée. Les vaches et les vignobles de Driss Basri ont soif. « Scandale », proteste ce dernier. « S’il veut de l’eau, il n’a qu’à payer », répond-on en haut lieu, avant de préciser perfidement : « Saviez-vous qu’en outre il s’agissait d’eau potable, dans une région qui en manque ? »

Second « signe de persécution », selon Basri : l’interdiction de facto qui lui est faite d’enseigner à la faculté de droit de l’université Mohammed-V de Casablanca. Rien d’officiel, certes, mais un tollé général et des pétitions qui se multiplient contre sa venue. Ces dernières émanent d’universitaires, d’ONG et de défenseurs des droits de l’homme, ce qui n’empêche pas Driss Basri de les qualifier de « suscitées » et de « manipulées ». « Un grand monsieur, que je respecte, le général Kadiri, m’a transmis le souhait du roi de me voir renoncer temporairement à donner des cours. J’ai obtempéré, la rage au coeur. Je ne suis pas un ex-dignitaire nazi pour qu’on m’interdise ainsi d’enseigner ! »

Survient alors le mariage de Mohammed VI, le 12 juillet 2002. Contre toute attente, tant il commence à se savoir que l’ancien vizir boude, se morfond et remâche sa rancoeur, Driss Basri est invité. « Normal, dit-il, affectivement et politiquement, je suis un membre de la famille royale. » Mais, de son domicile de Settat jusqu’au lieu de la cérémonie, assure-t-il, « j’ai été suivi par huit voitures de police ; sur les lieux mêmes, pendant toute la durée de ma présence, j’étais entouré de policiers qui surveillaient mes faits et gestes comme si j’étais un kamikaze envoyé par Ben Laden ! » À ses yeux, aucun doute : la persécution est en train de se muer en acharnement.

Peu à peu, Driss Basri semble se persuader qu’on veut sa peau. « Supprimer un témoin gênant », dit-il. Le tuer ? Il ne va pas jusque-là, bien qu’il ait, assure-t-il, « reçu des menaces de mort ». Mais l’empêcher d’aller se faire soigner en France, oui, il en est convaincu.

Est-il tout à fait convaincant sur ce point ? Lui-même le reconnaît, il n’a jamais fait l’objet d’une interdiction formelle de quitter le Maroc : « On m’a conseillé de ne pas le faire, parfois menacé, dit-il, et lorsqu’en février 2003 j’ai demandé à renouveler mon passeport qui devait expirer un an plus tard, je n’ai jamais reçu de réponse. » Or Basri souffre, depuis une vingtaine d’années, d’une affection qui nécessite deux examens approfondis en France par an. Son médecin traitant, Moulay Driss Archane, est le même que celui de Hassan II. « Il me soignait depuis 1965, mais curieusement, à partir du moment où j’ai eu des problèmes, il s’est mis aux abonnés absents : disparu ! »

Fin juin 2003, Driss Basri a « un accident de santé ». Grave, apparemment, puisque ses médecins français alertent le Palais. « J’allais mourir, assure-t-il, après deux ans et demi d’interdiction de soins. » Malgré l’avis de certains de ses proches qui parlent de certificats médicaux de complaisance, le roi prend en charge l’évacuation et l’hospitalisation de Basri à Paris. Le 9 juillet 2003, « Si Driss » débarque en France. Il y restera jusqu’en octobre. De retour au Maroc, il demande alors une seconde fois le renouvellement de son passeport et, selon ses dires, n’obtient toujours pas de réponse.

À Paris, en janvier 2004, pour une nouvelle hospitalisation à nouveau prise en charge par le Palais, Basri, dont le passeport arrive à expiration en mars de la même année, s’adresse, via ses avocats, au consulat général du Maroc. Cette fois, on lui répond. C’est à Rabat et nulle part ailleurs que lui sera délivré le précieux document. « Persécution ! s’indigne l’ancien homme fort de Hassan II. Je suis sous traitement, mes médecins m’interdisent tout voyage en avion supérieur à une heure et, partout dans le monde, les consulats sont habilités à délivrer des passeports ! On veut soit me bannir, soit me faire taire si je rentre au Maroc. » Dans l’entourage du roi, on sourit de cette affaire : qui va s’apitoyer sur un ex-superflic devenu sans-papiers à Paris ? Auto-exilé sans se l’avouer, tant ce statut lui semble infamant, lui qui a « construit le Maroc pierre par pierre avec Hassan II », Driss Basri assure toujours qu’il reviendra chez lui quand il le voudra. Y croit-il vraiment ?

L’argent, mon fils et moi

Ne parlez pas d’argent, de détournements, de corruption ou d’abus de biens sociaux à Driss Basri : il est sur ce point à la fois ultrasensible et, il le jure, inattaquable. « Depuis six ans, ils cherchent, tout le monde cherche. Ils ont voulu m’impliquer dans tous les scandales : Crédit agricole, Crédit immobilier et hôtelier, Banque populaire, pêche, BNDE. En pure perte. Ils n’ont jamais trouvé que M. Basri se soit servi ne serait-ce que de 50 dirhams d’argent public, sous forme de crédit ou de don. Mon intégrité est en béton. Mes comptes à la BMCE et à la BCM sont connus de tous. Fouillez, je vous mets au défi. Je n’ai que mépris et dédain pour tout ce qui est argent. »

Celui qui affirme avoir « laissé 100 millions de dirhams » (9 millions d’euros) à son successeur « dans les caisses du ministère de l’Intérieur » s’insurge contre l’arrestation, au Maroc, de deux de ses proches, l’ancien patron de la Communauté urbaine de Casablanca, Abdelmoughit Slimani, et l’ex-gouverneur de Ain Sebaa-Hay Mohammedi, Abdelaziz Laafora. « Ce sont des fusibles qui paient pour moi. Laafora fut l’un des meilleurs gouverneurs que le royaume ait connus. Il a mené la campagne d’assainissement. Il était loyal. C’est pour cela qu’on lui en veut. Quant à Slimani, il a le malheur d’être un cousin de mon épouse », explique Basri, très remonté. « Je vais vous dire comment tout a commencé, ajoute-t-il. En 2001, lorsque le roi a déclaré dans une interview qu’il avait réglé le problème du Sahara, j’ai pris ma plume et j’ai écrit dans Le Monde tout le mal que je pensais de la fameuse troisième voie, celle de la soi-disant autonomie interne du territoire. Aussitôt, j’ai reçu un message : "Si tu ne la boucles pas, on va poursuivre tes anciens collaborateurs." J’ai répondu que tous les Marocains avaient été mes collaborateurs et que je refusais ce chantage. Alors on s’en est pris à Slimani et à Laafora pour mieux m’atteindre. Eh bien, je ne me laisserai pas faire. Je vais, moi aussi, dire, publier des noms et des audits de gestion. »

Également dans le collimateur de la justice marocaine, son fils Hicham Basri, qui vit à Paris, fait l’objet de rumeurs récurrentes – et jusqu’ici sans suite – de mandat d’arrêt international. Là aussi, Driss Basri, décidément intarissable, a son explication. « Toute la scolarité de mon fils a été prise en charge par Hassan II, qui avait demandé au prince héritier de s’occuper de lui. Ses études terminées, Hicham a commencé à travailler modestement. Un jour, Fouad Fillali, le PDG de l’ONA, consortium contrôlé par la famille royale, est venu voir le roi avec, sous le bras, un grand projet d’aménagement, celui de Bouznika Bay. Hassan II m’a alors fait venir et, en présence de Fillali, il m’a dit : "Ce n’est pas parce que ton fils Hicham porte le nom de Basri qu’il faut l’empêcher de réussir une affaire. Je t’interdis de lui refuser de travailler avec Si Fouad." J’ai embrassé la main du roi, et une société ad hoc a été créée. Il y avait là l’ONA, la BCM, la Caisse des dépôts et consignations et un groupe auquel mon fils était associé. Ma seule exigence était la suivante : que Hicham n’ait aucune responsabilité financière et qu’il ne soit ordonnateur d’aucune dépense. Il n’a jamais signé un seul chèque et ne s’occupait que du génie civil et de l’engineering. Ceux qui payaient, c’étaient le patron de la BCM, Abdelaziz Alami, dont la banque prêtait à 12 % ou 13 % de taux d’intérêt, et un associé de Fillali. Dès mon limogeage, en novembre 1999, on a commencé à dire que j’avais pris de l’argent du ministère pour l’investir dans Bouznika Bay au nom de mon fils. Un audit et une enquête ont été effectués en 2000, qui n’ont strictement rien donné. Depuis, Bouznika Bay a été inclus dans le giron de l’ONA bien en dessous de son prix réel. D’ailleurs, je considère qu’Hicham et ses partenaires ont été spoliés. »

Inutile de préciser que, vu de Rabat, l’affaire est loin d’être aussi simple : « Hicham a des choses à se reprocher, assure-t-on. Driss Basri lui-même est riche, et nous cherchons à connaître ses comptes à l’étranger ; quant à Slimani et à Laafora, leur procès sera très instructif, vous verrez… »

Le complot des « analphabètes »

La véhémence dont fait preuve Driss Basri dans son autoplaidoirie n’a d’égale que l’extrême virulence avec laquelle il attaque les deux personnalités marocaines responsables, selon lui, de tous ses malheurs : le ministre délégué à l’Intérieur, Fouad Ali el-Himma, et le patron de la DST, puis chef de la Police (DGSN), le général Hamidou Laanegri. Très proche du roi Mohammed VI, dont il fut le condisciple au Collège royal puis en faculté de droit, Himma a travaillé pendant une dizaine d’années au cabinet de Driss Basri, où il occupa un poste relativement mineur. Quant à Laanegri, dont le corps d’appartenance est la gendarmerie, il eut aussi à s’employer sous les ordres du même Basri, notamment pendant la « Marche verte ».

Lorsqu’il évoque ces deux personnalités, l’ancien ministre de l’Intérieur ne cache pas sa rancoeur : « Ce sont des analphabètes politiques, ce sont des nains ! Himma est un intrigant, et Laanegri, contre qui je n’ai d’ailleurs rien de personnel, un officier sorti des rangs. Ils ne reculent devant rien. Ils m’ont même inventé une seconde épouse. Ils manipulent les journalistes. Ce sont des gardiens de la paix, des auxiliaires dont le niveau de réflexion ne dépasse pas les caves des commissariats ! » D’ailleurs, Driss Basri a l’intention de « traîner en justice le tandem », à Paris et à Genève, afin, dit-il, « qu’ils m’indemnisent moralement ». Il les attaquera aussi, assure-t-il, « pour mise en danger de la vie d’autrui » parce qu’ils l’auraient empêché d’aller se faire soigner en France pendant près de quatre ans. Il les poursuivra, enfin, pour « diffamation envers la monarchie », parce que, « sous leur dictée et pour nuire au prince Moulay Hicham, des plumitifs ont osé salir la mémoire de Moulay Abdallah, le frère de Sa Majesté Hassan II ». Dont acte.
Celui qui demande réparation a manifestement choisi ses cibles. Fouad Ali el-Himma et Hamidou Laanegri ont en effet été les deux personnalités désignées par Mohammed VI pour procéder à la « debasrification » du Maroc. Et ce sont eux qui, aujourd’hui, suivent toujours de très près son dossier.

Mohammed VI, je ne le toucherai jamais !

Driss Basri, il le dit et le répète, connaît le roi depuis que ce dernier a eu 5 ans. « C’est le fils de Hassan II, c’est mon roi, je le respecte, il est sacré. » Pour un militant de la monarchie, c’est le moins que l’on puisse attendre. Soucieux d’exonérer le monarque des agissements de son entourage, l’ex-vizir en rajoute toutefois dans les comparaisons, au point de donner dans l’emphase : « J’aurai toujours besoin de lui ; le roi, c’est notre bijou, notre diamant, la cerise sur le gâteau. Je le glorifie, je l’embellis, je lui fais tous les liftings. Jamais je ne toucherai à sa personne. »
Tout de même, croit-il vraiment en la fable d’un Mohammed VI détaché de tout et maintenu dans l’ignorance de la guéguerre que se livrent ses collaborateurs et l’ancien bras droit de son père ? Non, bien sûr. Mais, pour des raisons tactiques, Driss Basri préfère s’en tenir là. « Je n’ai pas eu de discussion à ce sujet avec Sa Majesté, je ne peux donc rien dire d’Elle. Ce que je sais, par contre, c’est que c’est Laanegri qui contrôle la police. Et que celui qui, à l’entendre, dicte sa politique au roi et parle en son nom, c’est Himma. »

Pour l’instant, donc, M6 reste, aux yeux de Basri, le recours suprême et ultime. « Il y a contre moi un acharnement que je ne puis plus supporter. Comment en sortir ? Je ne trouve personne à qui parler. Autour du roi, c’est le vide. Alors, je m’adresse à lui. Et je lui lance un appel pour que cette campagne indigne cesse, pour qu’il ordonne au tandem de cesser de me nuire. Ces gens-là donnent de la monarchie une image honteuse, médiévale. Je n’ai jamais été un félon ni un traître et voilà que l’on s’en prend à moi, serviteur loyal, pour des raisons indicibles. Cela doit cesser. »

Driss Basri n’ira pas plus loin, et la ligne rouge, celle qui ferait de lui un opposant au roi, ne sera pas franchie. Lui, dont le rôle, autrefois, consistait aussi à surveiller les fréquentations et l’entourage du prince héritier Sidi Mohammed, sait pourtant qu’il a toujours inspiré à ce dernier une quasi-répulsion. Il n’en dira rien. « Avez-vous fait espionner le futur roi pour le compte de son père ? » lui ai-je demandé. « Non. Mais si Sa Majesté Hassan II me l’avait demandé, je l’aurais fait… »

Une seule fois Basri laissera percer une pointe d’agacement. Interrogé sur les récentes révélations d’un hebdomadaire marocain à propos du « salaire du roi », il éclate de rire. « C’est de l’intox, de la désinformation ; ce qu’on vous a annoncé là [l’équivalent de 36 000 euros par mois, NDLR] ne couvre même pas les frais d’une seule sortie du roi, depuis ses appartements jusqu’à trois cents mètres du Palais. Et dire qu’on a pris ça pour un exercice de transparence ! Multipliez ce chiffre par 365 et vous approcherez de la vérité… »

Pourquoi nous allons perdre le Sahara

C’est certainement la partie la plus polémique des thèses, interventions et affirmations du « nouveau Basri », et sans doute la plus difficilement crédible. Contrairement à ce qui est désormais devenu la position quasi officielle du Maroc de Mohammed VI, Driss Basri affirme être « bien entendu » favorable à la tenue d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental.

« En 1982 à Nairobi, puis en 1988 à l’ONU, Hassan II s’est prononcé pour l’option référendaire. Loyal serviteur, j’ai milité en ce sens jusqu’à mon limogeage. Bien évidemment, j’ai travaillé pour que ce référendum se solde par un oui massif en faveur du rattachement au royaume : je ne suis ni traître à la patrie, ni suicidaire. Je disposais des leviers, des relais nécessaires pour que ce résultat soit une certitude. Disons que j’avais le savoir-faire. Les Sahraouis, je les adore et ils m’adorent. Malheureusement, avant même mon départ du gouvernement, certains, toujours les mêmes, se sont mis en tête de démanteler ce qu’ils appellent "le système Basri au Sahara". Ils ont favorisé l’émergence d’une nouvelle élite non représentative et mis en place une sorte d’indirect rule à la britannique : seul compte le lien personnel entre le roi et les Sahraouis, au-delà et au-dessus de l’État marocain et de son administration. Incompétence crasse ! Le processus d’autonomie des Sahraouis l’a emporté sur le nécessaire parachèvement de l’unité nationale. Résultat : le bateau prend l’eau, l’ennemi s’est infiltré partout et, si le référendum avait lieu aujourd’hui, le Maroc n’aurait aucune chance de l’emporter. »
Pourquoi Driss Basri soutient-il toujours l’option référendaire, dès lors que le royaume est assuré, selon lui, de perdre ? « Parce que je préfère encore l’indépendance à la troisième voie qu’on nous propose ; cette autonomie interne du Sahara, c’est la porte ouverte à la désintégration du Maroc, c’est le ver dans le fruit, c’est le sida du royaume. Bientôt, mon pays sera fractionné en une demi-douzaine d’entités autonomes de ce type, garanties par l’ONU. C’est inadmissible ! »

Ce que ne dit évidemment pas Basri, mais que l’on peut comprendre aisément en le déchiffrant, c’est qu’il aurait, lui, fait en sorte d’obtenir par tous les moyens un résultat « positif » au référendum, à la manière des élections qu’il organisa sous son règne – et qui furent tout sauf démocratiques. Ah, si on l’avait laissé faire…

Algérie : chapeau, Boutef !

Fin 2004, c’est un Driss Basri patelin et consensuel qui a, littéralement, envahi les colonnes des journaux algériens, suscitant des commentaires étonnés, dubitatifs et parfois amusés. « Ce sont de bons journaux, dit-il, dix fois plus lus et diffusés que les nôtres. » Quelle mouche a piqué celui qui fut, pendant un quart de siècle, le metteur en scène d’une politique de méfiance, parfois de défiance, vis-à-vis de l’Algérie, voulue par le roi Hassan II ? Explications : « Pendant tout le règne de Hassan II et quelles que soient les vicissitudes, le Maroc n’a jamais tourné le dos à l’Algérie. Aujourd’hui, le dialogue semble impossible. La faute à qui ? La responsabilité est plus marocaine qu’algérienne, pour une raison simple. En Algérie, il y a un pilote dans l’avion : Bouteflika. Ce monsieur n’est pas né de la dernière pluie, et, autour de lui, aux Affaires étrangères, à la Sécurité militaire, à la Présidence, il y a des gens qui connaissent le dossier du Sahara pour l’avoir géré depuis des années. Côté marocain, il y a un vrai problème d’interlocuteur depuis qu’on a enlevé le seul monsieur qui connaisse bien le Sahara. »

Le fait que cette analyse ressemble comme deux gouttes d’eau à celle parfois formulée par les responsables algériens pour expliquer la persistance du gel des relations entre les deux voisins – il n’y aurait pas, au Maroc, d’interlocuteur identifiable et qualifié pour traiter de ce problème – ne dérange pas Driss Basri. À propos d’Abdelaziz Bouteflika, il n’a d’ailleurs que des éloges à formuler : « Je lui tire mon chapeau, c’est un véritable homme d’État ; grâce à lui, la nation algérienne est en passe de solder les années de sang et de fureur par un pacte de fraternité et une amnistie générale. Alors que nous, nous n’avons que le show de l’IER à offrir ! » [L’Instance Équité et Réconciliation, censée apurer le contentieux des violations des droits de l’homme commises sous le règne de Hassan II. NDLR.]

Droits de l’homme : « Je n’ai jamais tué personne ! »

Tout à la réhabilitation de sa propre mémoire, Driss Basri ne pouvait pas ne pas aborder le chapitre des droits de l’homme. Lui qui régna pendant vingt ans sur la toile d’araignée sécuritaire du royaume, lui qui privilégia toujours l’efficacité policière sur les méthodes et sur le contrôle des méthodes au point de devenir le symbole de l’autoritarisme du régime de Hassan II, sait fort bien qu’il s’agit là de l’un de ses points faibles. Crédible ou non – chacun appréciera -, il se bat. D’abord contre l’IER : « C’est du marketing et de la gesticulation, lâche-t-il. J’ai regardé les audiences à la télévision et cela me fait sourire. Moi, je connais le cheptel. Je sais qui a été vraiment opposant et contre qui Hassan II a sévi. Je n’ai vu que des inconnus au bataillon, des gens raflés par la police alors qu’ils circulaient à vélomoteur et qui ont été maltraités dans les commissariats, des quidams qui ne disent pas pourquoi ils ont été arrêtés – comme si cela tombait du ciel – ni, surtout, qui les a arrêtés et sur ordre de qui. Avec qui donc veut-on se réconcilier, puisque ni l’État ni la justice ne sont partie prenante dans cette affaire ? Et puis qu’on me montre un seul opposant historique là-dedans, un Moulay Hassan Jebli, un Bensaïd Aït Idder, quelqu’un de la carrure de feu le Fqih Basri ! Ceux-là, les vrais, les grands, je les connais et ils me connaissent. On se respecte. À partir de 1982, c’est à moi que le roi Hassan II a confié leur dossier pour traitement. Je venais à Paris, je m’installais à l’hôtel Crillon, je les faisais venir et, devant eux, j’ouvrais une mallette Samsonite. Dedans, il y avait leur passeport tout neuf et la grâce royale qui allait avec. Qu’on ne me raconte pas d’histoires. Cette IER ne reflète que le niveau de médiocrité des gens qui nous gouvernent et leur volonté d’effacer notre mémoire historique. À preuve : son champ d’investigation recouvre la période qui va de 1956 à 1999, soit les règnes de Mohammed V et de Hassan II. On voudrait assimiler ces deux grands rois fondateurs du Maroc moderne à des dictateurs et leurs règnes aux années de plomb qu’on ne s’y prendrait pas autrement. »

Lui qui affirme n’avoir « jamais tué personne », ni donné le moindre ordre en ce sens, se lance ensuite dans un curieux exercice : démontrer qu’il n’était pas le serviteur aveugle de Hassan II, celui qui ne « parlait » pas au roi et se contentait de répondre à ses questions, le néant face à l’Être suprême, le naam Sidi éternel et pavlovien. « Cette image que j’ai donnée de moi, c’était en public. Quand il y avait des gens, seule Sa Majesté existait. Mais, en privé, en face à face, j’ai toujours dit ce que je pensais. Le roi m’écoutait et parfois revenait sur sa décision – cela lui prenait entre cinq minutes et deux heures. Parfois aussi, bien sûr, il me rentrait dedans. »

Une seule fois, assure Basri, il lui est arrivé devant témoins de formuler une objection au roi. « C’était en 1974. Nous étions en réunion autour de Sa Majesté. Il y avait là, outre moi-même : Moulay Ahmed Alaoui, Moulay Hafid, Ahmed Osmane, Ahmed Bahnini, ainsi que les généraux Ahmed Dlimi et Housni Benslimane. Nous discutions du sort à réserver aux militaires putschistes des années 1970, alors détenus à Rabat. Le roi était mécontent des peines de prison qui leur avaient été infligées, ainsi que des conditions de leur détention à Kenitra – il les jugeait apparemment pas assez dissuasives. Il était donc question de transférer les condamnés ailleurs, vers un bagne saharien ou un autre lieu – je n’ai appris que plus tard qu’il s’agissait de Tazmamart, dont j’ignorais l’existence. "Majesté, ai-je dit, mon opinion est qu’il faut réviser le procès de ces gens et le faire publiquement. Je comprends parfaitement que les peines auxquelles ils ont été condamnés ne vous satisfassent point. Mais un transfert en catimini est une mauvaise solution pour tout le monde. Nous devrions rouvrir le procès." Passé un moment de silence glacial, ma proposition a suscité un concert de murmures désapprobateurs de la part des participants. Le roi n’a rien dit. Je n’ai pas été suivi. »

Vérité historique ou reconstruction a posteriori de la part d’un homme éminemment soucieux de polir son image, puisqu’il se dit lui-même, actuellement, victime d’une chasse aux sorcières ? L’Histoire, peut-être, tranchera un jour…

Oufkir, Dlimi et les fantômes du passé

« Il y a eu, m’a dit Driss Basri, quatre très grands serviteurs du royaume sous Hassan II : Mohamed Oufkir, Ahmed Dlimi, Mohamed Reda Guedira et moi-même. Tous sont morts, sauf moi. » Curieuse affirmation. Les deux premiers, décédés de mort violente (« suicide » pour l’un, « accident » pour l’autre), ne furent-ils pas des traîtres à la monarchie, qui complotèrent contre le roi ? Du général Oufkir, disparu en août 1972 après l’échec de sa tentative de faire assassiner le monarque, l’ancien ministre de l’Intérieur dit ceci : « Oui, Oufkir fut un traître. Mais la trahison, comme disait Talleyrand, ce n’est qu’une affaire de temps. Je retiens donc avant tout que cet homme fut un grand officier et un grand serviteur du Maroc. D’ailleurs, quand, en novembre 1972 – j’étais alors directeur des affaires générales au ministère de l’Intérieur -, le roi m’a demandé de placer Mme Oufkir en résidence surveillée et de la faire garder par mes hommes, j’ai protesté. "Majesté, lui ai-je dit, vous ne trouverez pas un seul policier au Maroc qui acceptera de se mêler de cette affaire." Oufkir, pour nous, c’était un mythe. »

À propos du général Dlimi, décédé en janvier 1983 sur une route de la palmeraie de Marrakech à l’issue d’un entretien orageux avec Hassan II, Driss Basri sait tout mais ne dit rien. « Je ne veux pas en parler et je n’en parlerai jamais : je ne joue pas avec les secrets d’État », lâche-t-il. Avant d’ajouter cette phrase laconique mais précieuse : « Tout ce que je puis dire, c’est que Dlimi ne fut pas un traître, absolument pas. C’était un patriote. Un patriote jusqu’au bout. » Tout dépend, évidemment, de ce que l’on met derrière le mot traître. Traître à sa patrie ou traître à son roi ?

Moi, Driss Basri, maréchal du Maroc

L’orgueil blessé, la solitude de l’exil, le sentiment d’être traqué, celui, surtout, d’être la victime d’une immense injustice ont fait de Driss Basri un écorché vif. Et, comme tout être passé brutalement de l’excès de pouvoir à l’excès d’opprobre, cette extraordinaire machine à servir, ce bourreau de travail ne résiste guère à une oisiveté – tout étant relatif – qu’il ne supporte plus. Alors Basri parle de lui à la manière dont on fait le panégyrique d’un grand de ce monde. « Je suis un maître, me dit-il, un grand maître. Je suis un colosse, un géant. Je suis un maréchal du Maroc. Docteur en droit, grand humaniste, idéologue et philosophe de la monarchie, premier partout depuis le cours élémentaire. J’ai lu Bossuet et saint Thomas d’Aquin, alors qu’eux, ceux qui m’attaquent, ne savent même pas lacer leurs bottes. Je suis un grand monarchiste et un monarchiste honnête, eux ne sont que des monarchistes rapaces. Le Maroc, ils sont en train de l’enterrer… »

Son exil, comme la vieillesse, est un naufrage, disent ses adversaires. Lui pense exactement le contraire. « Je ne provoque personne, je ne fais que riposter ; quand on m’agresse, je réplique. Quand on défend son honneur et celui de son pays, on ne se lasse jamais. Ce n’est pas moi qui ai déclenché les hostilités. Alors, si naufrage il doit y avoir, ils couleront avant moi, soyez-en sûr. D’ailleurs, je me sens rajeunir chaque jour un peu plus.»

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