Économie

RDC : Jean Mongu Bele, génie des connexions high-tech

Professeur au MIT de Cambridge, aux États-Unis, ce chercheur d’origine congolaise conçoit des appareils électroniques qu’il commercialise depuis 2020 sous la marque Okapi. Des smartphones, ordinateurs, tablettes et chargeurs solaires dont la production vient de débuter à Kinshasa.

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Mis à jour le 7 février 2022 à 11:20

Le physicien et entrepreneur Jean Mongu Bele, concepteur du smartphone (et de la marque) Okapi. © DR

Il évite le feu des projecteurs et les caméras de télévision. Le milieu naturel de ce discret scientifique, ce sont surtout les laboratoires. Professeur en physique nucléaire au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Cambridge, aux États-Unis, Jean Mongu Bele, 64 ans, poursuit sa longue carrière d’enseignant-chercheur, commencée à Kinshasa en 1980, à l’Institut supérieur des techniques appliquées (Ista), où il a lui-même effectué son premier cycle universitaire. En 1987, il pose ses bagages au Canada, où il travaille en tant qu’enseignant-chercheur à l’université de Moncton, puis à l’université de Montréal, avant de rejoindre le centre canadien de fusion nucléaire. En 1995, il intègre le corps professoral du MIT – où il a obtenu son doctorat en physique.

Objectif : interconnecter le monde avec une petite touche africaine

Des produits performants, accessibles au plus grand nombre

Avec son épouse, Léa Bele, une chercheuse haïtienne rencontrée sur un campus canadien, l’universitaire fait un premier pas dans l’entrepreneuriat en 2000, en créant The Arithmtech Corporation, une société de développement de logiciels de pointe qui disposent d’un large champ d’application incluant l’aérospatial, la pharmacie, la biotechnologie et la biométrie. Puis il commence à concevoir et à développer des produits électroniques grand public. Plusieurs de ses inventions sont brevetées aux États-Unis.

En 2019, il lance la marque Okapi (du nom de l’animal endémique des forêts tropicales congolaises). Objectif : placer un label congolais sur le marché mondial pour valoriser davantage les capacités du continent africain en matière de technologie et « interconnecter le monde avec une petite touche africaine », comme le veut son slogan. Avec le nouveau smartphone Android qu’il a conçu, Jean Mongu Bele compte offrir au grand public une gamme d’appareils performants qui n’a rien à envier aux marques les plus connues de la planète (normes environnementales, haute résistance à la poussière et à l’eau, reconnaissance faciale, etc.), mais aussi un produit bon marché, accessible au plus grand nombre. Selon la gamme, le prix de vente du smartphone oscille entre 59 dollars et 399 dollars.

Nous sommes capables de faire avancer la RDC sans attendre des sauveurs venus d’ailleurs

Ce téléphone est commercialisé depuis octobre 2020 sur le marché nord-américain et en RDC, dans les principales villes du pays. Et comme d’autres produits estampillés Okapi (tablettes, ordinateurs portables, chargeurs sans fil, panneaux solaires nouvelle génération…), il a remporté un franc succès, en novembre dernier, lors de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP26) de Glasgow, en Écosse, où ils se sont vendus comme des petits pains.

Des milliers d’emplois locaux en perspective

Désormais, Jean Mongu Bele tient à faire de la RDC le principal site de production d’Okapi, dont les appareils sont jusqu’à présent fabriqués et assemblés aux États-Unis et en Chine. Fruit d’un investissement de 10 millions de dollars, sa première usine dans le pays est en cours d’installation sur un site de 5 hectares à Maluku, dans l’est de Kinshasa, d’où sont sortis divers produits de la marque à la fin du mois du mois de  janvier.

L’entrepreneur table sur la création de milliers d’emplois locaux. « La RDC est au centre de mes réflexions. Ce pays a des ressources pour s’en sortir. Il doit compter sur lui-même et ses propres enfants. Je voudrais prouver aux jeunes générations que le pays peut aller de l’avant grâce aux Congolais. Nous sommes capables de le faire avancer sans attendre des sauveurs venus d’ailleurs », explique Mongu Bele qui caresse l’idée de créer une grande société pharmaceutique en RDC, réputée être un vaste réservoir de plantes médicinales.