Politique

RDC : à quelles conditions Vital Kamerhe a-t-il été libéré ?

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Mis à jour le 7 décembre 2021 à 13:19

Vital Kamerhe, en novembre 2018 à Genève. © FABRICE COFFRINI/AFP

« Jeune Afrique » a pu consulter en exclusivité la décision de la Cour de cassation, qui a remis l’ancien puissant directeur de cabinet de Félix Tshisekedi en liberté provisoire le 6 décembre. 

Un an et demi après sa condamnation à vingt ans de prison pour corruption et détournement de fonds dans le cadre du procès des 100 jours – une peine réduite à treize ans en appel – Vital Kamerhe a bénéficié le 6 décembre d’une remise en liberté provisoire. Cette décision a été prise par la Cour de cassation au terme d’une bataille judiciaire menée par ses avocats, dont l’équipe a été légèrement remaniée.

Mes Augustin Fataki wa Luhindi et Pulusi Eka Hugues l’ont ainsi récemment rejointe. Ce dernier, qui avait obtenu la libération du docteur Eteni Longondo, ex-ministre de la Santé et cadre de l’UDPS, a joué un rôle clé.

Discrétion et périmètre restreint

La Cour de cassation a justifié sa décision en se basant sur les rapports médicaux de Vital Kamerhe. Plusieurs comptes-rendus réalisés lors de sa détention, datés du 20, 21 et 24 avril 2020, du 18 décembre 2020, du 30 mars 2021, du 8 avril 2021 ainsi que du 27 octobre 2021 font état d’une « hypertrophie du rectum intraventriculaire et d’une insuffisance diastolique ».

Les magistrats ont constaté que l’état de santé de l’ancien directeur de cabinet de Félix Tshisekedi s’est largement détérioré depuis le début de son incarcération et qu’il nécessite des soins appropriés en dehors du milieu carcéral, en attendant l’examen de son pourvoi en cassation.

Ils ont cependant posé plusieurs conditions à sa libération : Vital Kamerhe doit rester discret et ne peut se présenter aux ports, aéroports, gares et autres postes-frontières. Contraint à résider dans sa résidence de la Gombe, il n’est en effet autorisé à quitter Kinshasa qu’avec l’autorisation expresse et écrite du Procureur général près la Cour de cassation et pour une durée n’excédant pas trente jours – il souhaite, selon nos informations, se rendre en Europe pour se soigner et se reposer. Il lui est aussi interdit de faire obstruction à la poursuite de l’instruction.

Enfin, il a dû s’acquitter d’une caution de 500 000 dollars.

Retrouvailles

Une fois les formalités administratives remplies, Vital Kamerhe a quitté le centre hospitalier Nganda autour de 23h30 en compagnie d’une poignée de collaborateurs. Il y avait été admis le 23 août et avait ainsi quitté la prison de Makala, où il était incarcéré depuis son arrestation, le 8 avril 2020.

Arrivé dans sa résidence de la Gombe, où l’attendait sa femme, Hamida Shatur, ses enfants, ses amis et des cadres et militants de son parti, l’Union pour la nation congolaise (UNC), il a été accueilli par des chants religieux dans une ambiance festive. L’ancien directeur de cabinet a pris la parole pour remercier ceux qui l’ont soutenu, avant que le secrétaire général de l’UNC, Billy Kambale, ne prenne le relais, insistant sur la nécessité de maintenir l’unité du parti. Sur ce point, il a été rejoint par son chef.

Tshisekedi favorable

L’ancien directeur de cabinet de Tshisekedi avait été condamné avec l’entrepreneur libanais Samih Jammal, son principal co-accusé, et Jeannot Muhima Ndoole. Le procès, qualifié « d’affaire politique » par ses soutiens, avait créé un important tumulte au sein de la majorité, le patron de l’UNC étant à l’époque le principal allié de Tshisekedi.

Depuis plusieurs jours, l’entourage présidentiel était divisé sur le sort à réserver à celui qui demeure leur allié au sein de la coalition Cap pour le changement (Cach). Aux prises avec l’Église catholique et avec la menace brandie par Moïse Katumbi de quitter l’Union sacrée, le chef de l’État s’était dit favorable à la libération de Vital Kamerhe, avec qui il a toujours gardé contact depuis son arrestation.