Politique

Guinée : comment Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté préparent leur retour à Conakry

Mamadi Doumbouya a donné son accord de principe au retour provisoire des deux anciens présidents de la transition guinéenne. Un acte « humanitaire », précise la junte au pouvoir.

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Par - à Conakry
Mis à jour le 7 décembre 2021 à 12:51

Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté, en 2009 à Conakry. © Youri Lenquette

Pour Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté, les deux anciens présidents de transition guinéenne (décembre 2008-décembre 2010), l’exil aura duré respectivement douze et onze ans. Le premier a quitté le pays au soir du 3 décembre 2009, évacué en catastrophe vers le Maroc après que son aide de camp, le lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, lui a logé une balle dans la tête. Après un mois d’hospitalisation au royaume chérifien, l’avion qui était censé le ramener à Conakry avait à sa grande surprise atterri à Ouagadougou, où il a poursuivi une interminable convalescence.

Quant au second, désigné président par intérim en janvier 2010, il est parti de Guinée dès qu’il a transmis le pouvoir à Alpha Condé, le 21 décembre de la même année. Censé commander une Force africaine qui n’est toujours pas mise sur pied, il a vécu dans divers pays – Éthiopie, Maroc, États-Unis – avant de s’établir en France il y a quelques années. Trois mois après la chute d’Alpha Condé, les deux hommes sont sur le point de faire leur retour dans leur pays.

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« Dans le cadre de son programme de renforcement de l’unité nationale et d’apaisement, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD, au pouvoir) et son président, le colonel Mamadi Doumbouya, ont accueilli favorablement les demandes de visite au pays formulées par les anciens chefs d’État vivant à l’étranger : le commandant à la retraite Moussa Dadis Camara et le général d’armée à la retraite, Sékouba Konaté », a annoncé un récent communiqué lu par le lieutenant-colonel Aminata Diallo, porte-parole du CNRD, la junte qui dirige actuellement la Guinée.

Risques judiciaires

« Il n’y a pas eu de pression pour obtenir son retour. On a même pas formulé de demande officielle, même si depuis deux mois nous espérions une telle décision », confie à Jeune Afrique Jean-Baptiste Jocamey Haba, l’avocat de Moussa Dadis Camara. Peu après le renversement du président Alpha Condé, le 5 septembre, l’ancien putschiste n’avait toutefois pas manqué d’adresser ses félicitations au nouvel homme fort de Conakry.

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Le principe de leur retour désormais acquis, quelles en seront les modalités ? « Le gouvernement sera instruit très prochainement par le président de la transition de prendre attache avec les deux anciens chefs d’État pour examiner au cas par cas les modalités concrètes des visites susmentionnées », précise le communiqué du CNRD. « Nous attendons que les autorités nous contactent pour fixer la date du voyage », explique Jean-Baptiste Jocamey Haba.

Une visite plutôt qu’un séjour prolongé

Un retour qui ne devrait toutefois durer que quelques jours. « Dans notre programme, il viendra pour une visite d’une semaine, pour remercier les autorités, retrouver la famille et voir quelques amis », renchérit Jean-Baptiste Jocamey Haba. Moussa Dadis Camara encourt de graves ennuis judiciaires s’il regagne son pays, en raison du procès du massacre du 28 septembre 2009 qui devrait bientôt s’ouvrir.

« Le régime d’Alpha Condé ne souhaitait pas le retour de mon client, c’est pourquoi ils l’ont inculpé dans cette affaire. », accuse Me Haba, se disant pressé d’aller au procès « afin que [son] client passe à autre chose ». « S’il a survécu à une tentative d’assassinat, c’est parce que Dieu a voulu qu’il démontre son innocence et lave son image », poursuit-il.

Mamadi Doumbouya a pour sa part précisé que l’autorisation de visite accordée aux deux anciens présidents « ne traduit en rien une volonté d’ingérence dans une quelconque procédure judiciaire ». Tout comme Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté projette « un séjour de cinq jours » en Guinée, à en croire l’un de ses proches. Il regagnera ensuite Enghien-les-Bains, en région parisienne, où il vit avec l’une de ses deux épouses, Aïssatou Bah, et leurs quatre enfants.

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Ainsi prendra fin pour Konaté un exil chaotique, marqué d’ennuis judiciaires pour « trafic de devises » en juin 2013 aux États-Unis, de brûlures subies à Addis-Abeba en 2014, d’expulsion à Rabat en 2016 et, par la suite, de difficultés à faire renouveler son passeport guinéen.

« Il y avait un désaccord de principe entre lui et Alpha Condé qui a remis en cause tout ce qu’il avait mis en place sous la transition, notamment la Constitution du 7 mai 2010 », poursuit la source proche de Sékouba Konaté citée plus haut. Fervent opposant au troisième mandat d’Alpha Condé, Sékouba Konaté se pose désormais en grand soutien des autorités actuelles. « Il fait discrètement du lobbying afin de leur obtenir un soutien international », confie l’un de ses proches. Donnant-donnant.