Politique

Algérie-Maroc : la nouvelle vie sous haute protection d’Amar Saadani à Rabat

Recherché par la justice algérienne, l’ancien secrétaire général du FLN coule des jours tranquilles au Maroc, où il s’est réfugié au printemps.

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Mis à jour le 6 décembre 2021 à 15:29

Amar Saadani à Alger, en décembre 2015. © BILLAL BENSALEM/NurPhoto via AFP

Selon nos informations, Amar Saadani, 71 ans, vit sous haute protection des services de sécurité marocains. Depuis son arrivée dans le pays, il fuit les médias et refuse de s’exprimer publiquement sur sa situation personnelle et encore moins sur l’actualité politique en Algérie.

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« Il ne souhaite pas être médiatisé et envoyer des signaux qui pourraient être perçus comme une provocation par les Algériens », confie une source marocaine. À Rabat, l’ancien secrétaire général du FLN (août 2013-octobre 2016) est libre de ses mouvements et mise donc sur la discrétion en évitant d’attirer l’attention sur lui.

Prise de guerre

Ce refuge politique accordé à Amar Saadani, qui fut aussi le président de l’Assemblée nationale de 2004 à 2007 et donc, de fait, le troisième personnage de l’État algérien, est à ce titre vécu par ses compatriotes comme une trahison. Même si cet asile qui lui a été accordé n’a fait l’objet d’aucun commentaire du côté des officiels algériens, il demeure perçu comme une provocation et un acte d’hostilité de la part des autorités marocaines.

Dans le contexte de vives tensions entre les deux voisins, qui ont débouché sur la rupture de leurs relations diplomatiques en septembre dernier, Amar Saadani est une véritable prise de guerre pour les Marocains. Maillon fort du régime déchu d’Abdelaziz Bouteflika et personnage clé de l’ancien cercle présidentiel, il connaît tous les rouages du système politique algérien ainsi que les piliers des services secrets, de l’institution militaire et du monde des affaires.

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Dès sa désignation à la tête du FLN en août 2013, Amar Saadani avait activement participé au démembrement du Département du renseignement et de la sécurité (DRS, dissous en 2016). Il était également considéré comme le porte-parole quasi officiel de la présidence de la République, tant il était proche de Saïd Bouteflika, puissant frère du défunt chef de l’État, aujourd’hui en prison. De fait, il passe pour être l’une des boîtes noires de ce système politique considéré comme mystérieux et opaque.

Plusieurs biens immobiliers

Amar Saadani est aussi un allié politique de Rabat, dans la mesure où il s’est publiquement exprimé en faveur de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. « En vérité, d’un point de vue historique, le Sahara est marocain et rien d’autre. Il a été enlevé au Maroc au congrès de Berlin [1878], a-t-il déclaré au site TSA en 2019. Aussi, l’Algérie a versé pendant cinquante ans des sommes faramineuses à ce qui est appelé le Polisario et cette organisation n’a rien fait et n’est pas parvenue à sortir de l’impasse. »

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En retrait de la vie politique, Amar Saadani s’est réfugié à l’étranger pour échapper aux poursuites engagées contre lui par la justice de son pays, dans le cadre d’affaires de corruption et de détournements présumés. Lorsqu’il présidait l’Assemblée nationale, son nom était revenu avec insistance dans le cadre d’une enquête de détournement de subventions agricoles pour un montant de 300 millions d’euros. En France, où il a fait l’acquisition d’un appartement à Neuilly-sur-Seine, il menait grand train. Selon plusieurs sources, il possède aussi des biens en Grande-Bretagne, en Espagne ainsi qu’au Maroc.