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Comment atteindre les 10 millions ?

Les autorités se sont fixé pour objectif de multiplier par cinq le nombre de visiteurs d'ici à 2010...

Le Maroc a accueilli 2,2 millions de touristes étrangers en 2002. C’est trop peu. Les autorités ont décidé de faire de ce secteur une priorité nationale et ont fixé un cap ambitieux : 10 millions de visiteurs à l’horizon 2010. Comme c’est le roi en personne qui a dessiné la « vision 2010 », tout le monde a retroussé ses manches et s’est mis à l’ouvrage. Les IIIe Assises du tourisme, réunies à Agadir le 14 février dernier, ont permis de faire le point sur la situation.
À l’inverse de la Tunisie, résolument orientée vers le tourisme balnéaire (5 millions de visiteurs en 2002, malgré la crise), le Maroc a choisi la cible du moyen et haut de gamme. Avec ses nombreux hôtels quatre et cinq étoiles, et des palaces parmi les plus cotés au monde, à l’instar de la célèbre Mamounia de Marrakech, le royaume engrange des recettes supérieures à celles de la Tunisie. Son offre est tournée vers le culturel. Marrakech, très à la mode en ce moment, Fès et le circuit des villes impériales constituent ses produits d’appel. Mais le taux de retour est assez faible. Une fois un circuit parcouru, le voyageur jettera son dévolu sur une autre destination. Renouveler et enrichir l’offre se révèle indispensable, et les festivals de renommée mondiale organisés au Maroc (celui de musique, à Essaouira, attire 200 000 personnes) peuvent y contribuer. Casablanca, principale ville du pays, a été laissée en friche. Les touristes daignent rarement lui consacrer plus d’une demi-journée, le temps de visiter en coup de vent le souk et la grande mosquée Hassan-II. Un ravalement de la façade culturelle de la métropole est donc urgent.
« Il faut aussi rentabiliser les produits spécifiques, ajoute Fathia Bennis, directrice de l’Office national marocain du tourisme (ONMT). Les Britanniques et les Japonais, fanatiques de golf, viendront plus nombreux s’ils trouvent davantage de greens. » Le tourisme de gîtes, à la montagne ou à la campagne, prisé des Européens, va également être dynamisé. Il faudra enfin veiller, partout, à soigner l’accueil. Dans les médinas des villes de Fès et Marrakech, les autorités ont fait place nette. L’amélioration est spectaculaire. Les touristes occidentaux peuvent maintenant se promener sans être harcelés en permanence par de faux guides ou des quémandeurs de toutes sortes. Ce mal, jadis endémique, avait contribué à dégrader sérieusement l’image du pays et porté préjudice à l’industrie touristique.
La faiblesse du taux de retour s’explique aussi par d’autres raisons. Le balnéaire, vecteur essentiel de fidélisation de la clientèle, a été trop négligé. Avec ses plages comme seule richesse, le minuscule archipel voisin des Canaries draine chaque année 12 millions de touristes, soit six fois plus que le Maroc, qui dispose pourtant d’un potentiel nettement plus important. Agadir, en matière balnéaire, constitue certes une destination phare (527 000 visiteurs en 2002), mais c’est la seule, et c’est bien le problème. Le plan Azur, décidé dans le cadre de la « vision 2010 », doit précisément permettre de rattraper le retard dans ce domaine. Six nouvelles stations seront construites. La réalisation de celle de Taghazout, à 15 km d’Agadir, qui comportera 20 000 lits, a été attribuée au groupe saoudien Palais des roses international. Cinq autres sites ont été retenus : Mogador, El Jadida, Saïdia, Khemis Sahel (Larache), et Plage blanche (Guelmim). Ils seront dotés chacun d’infrastructures hôtelières d’une capacité de 10 000 lits. Des appels d’offres ont été lancés pour leur aménagement, et onze prétendants ont été présélectionnés, parmi lesquels Bouygues Bâtiment, l’ONA ou le groupe sud-africain Kerzner International Limited, promoteur du projet « Sun City ».
À terme, la capacité d’hébergement, aujourd’hui de 100 000 lits, doit être doublée, voire portée à 280 000. Soixante pour cent des lits existants mériteraient d’être rénovés pour être aux normes internationales. Un fonds, Renov’Hôtel, a été créé à cet effet. Au total, la réalisation du plan de développement touristique suppose l’injection de 70 milliards de dirhams (6,5 milliards d’euros) d’investissement, et devrait engendrer la création de six cent mille emplois, qui feront vivre cinq millions de Marocains. Pour réaliser ces objectifs, l’accent doit être mis sur la promotion, en Europe, de la destination Maroc. Le budget de l’ONMT vient d’être doublé, passant de 120 millions de dirhams en 2001 à 250 millions en 2002. Mais il ne représente encore qu’environ 1 % des recettes totales du secteur (23,7 milliards de dirhams), loin du ratio idéal, selon les normes de l’Organisation mondiale du tourisme, de 3 %. Il faudra enfin adapter les méthodes marketing aux caractéristiques de chaque marché. En Allemagne, troisième pays en nombre de visiteurs (172 000) derrière la France (877 000) et l’Espagne (201 000), la conclusion de partenariats avec les grands tour-opérateurs est indispensable. Les investisseurs allemands construisant hôtels et clubs sont fortement incités à les remplir. Dernier axe : ne pas négliger le tourisme intérieur et proposer des formules et des prix satisfaisant aux goûts de la clientèle locale. Un vaste chantier donc, mais qui, selon Fathia Bennis, est réalisable : « En 1990, la Turquie recevait 4 millions de touristes. En 2000, elle a dépassé les 10 millions. »

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