Économie

Celestair bat de l’aile

Le Fonds Aga Khan pour le développement a rassemblé trois compagnies, Air Mali, Air Burkina et Air Uganda, au sein d’une même alliance. Pour un résultat mitigé.

Mis à jour le 13 février 2014 à 11:20

Air Burkina ne dispose que de trois avions. © Renaud VAN DER MEEREN/Éditons du Jaguar

« La durée de vie moyenne d’une compagnie ouest-africaine est de quatre ou cinq ans. » Le constat d’Abderrahmane Berthé, récemment nommé à la tête d’Air Burkina, est sans appel. Ancien directeur général d’Air Mali, il pointe des coûts d’exploitation exorbitants (carburant, assistance en escale, etc.), mais aussi la concurrence des compagnies étrangères qui viennent chercher du trafic dans la sous-région. Au Burkina Faso, c’est le cas de Tunisair et de Turkish Airlines qui, depuis peu, couvrent plusieurs lignes locales au départ de Ouagadougou. « Le modèle actuel, avec plusieurs compagnies nationales isolées, ne fonctionne pas », admet l’ingénieur en aéronautique, qui préconise le regroupement de compagnies afin d’atteindre une flotte d’au moins dix avions.

À Bamako, c’est pire : Air Mali a totalement suspendu ses activités.

Une seule réussite… sur trois

C’est justement ce qu’a fait le Fonds Aga Khan pour le développement (Akfed) avec Celestair, une alliance qui rassemble Air Mali, Air Burkina et Air Uganda. Las, des trois compagnies, seule la dernière s’en sort. « Nous avons eu d’intéressants développements en 2013, assure un cadre du groupe ougandais. Une entente sur le partage de code a été signée avec Rwandair et Air Tanzania, nous avons fait l’acquisition d’un nouvel appareil [un Bombardier CRJ200] et avons lancé des routes vers Mogadiscio et l’aéroport du Kilimandjaro, en Tanzanie. Air Uganda n’ayant pas connu les mêmes contextes sociopolitiques qu’Air Mali et Air Burkina, notre situation n’a rien de comparable. »

L’état des deux transporteurs ouest-africains n’est en effet guère reluisant. Air Burkina, qui a transporté 126 135 passagers en 2013 pour un chiffre d’affaires de 27,4 millions d’euros, est loin d’avoir trouvé l’équilibre. Avec seulement trois avions disponibles et un potentiel de trafic très bas, la compagnie doit faire l’objet d’une forte recapitalisation et d’un renouvellement de sa flotte.

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À Bamako, c’est pire : Air Mali a totalement suspendu ses activités. Pour Abderrahmane Berthé, la compagnie malienne pourrait redémarrer dans un avenir proche. Mais Cheikh Tidiane Camara, patron du cabinet spécialisé Ectar, est plus dubitatif : « Les problèmes d’Air Mali ne datent pas de la crise », relève-t-il.

Chiffre d’affaires

Le manque à gagner pour Akfed est énorme. En juin 2013, le fonds d’investissement a ainsi vu son chiffre d’affaires fondre de 45 %. Par ailleurs, en Côte d’Ivoire, où Akfed avait pris des parts (15 %) dans la compagnie nationale et tenté de mettre en place une synergie avec Air Burkina, l’aventure a là aussi tourné court. Et le fonds a quitté le capital d’Air Côte d’Ivoire en novembre 2013 pour se concentrer sur Air Mali et Air Burkina, qu’il doit à tout prix relancer pour éviter le crash.