Politique

Bénin : semaine décisive pour Joël Aïvo et Reckya Madougou

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Par - à Cotonou
Mis à jour le 6 décembre 2021 à 10:12

Joël Aïvo et Reckya Madougou. © Joel Aivo et Reckya Madougou © Montage JA; César Gaba pour JA; Vincent Fournier/JA

Poursuivis dans deux procédures distinctes, les opposants Joël Aïvo et Reckya Madougou vont être respectivement entendus, les 6 et 10 décembre, par les juges de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet).

C’est une semaine décisive qui s’ouvre ce lundi à Cotonou pour Joël Aïvo et Reckya Madougou. Poursuivi pour « blanchiment de capitaux et atteinte à la sûreté de l’État », le premier fera face aux juges de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) le 6 décembre. L’audience du procès de la seconde, poursuivie pour « financement du terrorisme » a, pour sa part, été fixée au vendredi 10 décembre.

En détention depuis son arrestation, le 15 avril dernier, Joël Aïvo n’a cessé de nier les faits qui lui sont reprochés. Le constitutionnaliste béninois, dont la candidature à la présidentielle d’avril dernier avait été rejetée par la Commission électorale nationale autonome (Cena) a tenté à plusieurs reprises d’obtenir une remise en liberté provisoire. Sans succès. Après deux passages devant le juge d’instruction, les 15 juillet et 5 août derniers, il a été maintenu en détention. Ses avocats, qui ont également tenté d’obtenir le non-lieu dans ce dossier, n’ont pas été entendus.

Reckya Madougou avait été quant à elle incarcérée depuis le 5 mars dernier. L’opposante, dont la candidature à la présidentielle avait également été écartée par la Cena faute de parrainages, est accusée par le procureur d’avoir tenté de déstabiliser le processus électoral de la dernière présidentielle. Comme Aïvo, elle a essuyé deux rejets de demande de mise en liberté provisoire.

Dans une décision rendue publique le 1er décembre, la Cour constitutionnelle a rejeté la requête déposée par la défense de Reckya Madougou en mars dernier, qui réclamait sa remise en liberté. « L’arrestation et la garde à vue de Reckya Madougou sont conformes à la Constitution », ont statué les sages qui estiment « qu’il n’y a pas eu de traitements inhumains ».

L’intervention de Soglo

En dehors d’une relative amélioration de leurs conditions de détention, aucun des deux opposants n’a, pour l’heure, obtenu gain de cause sur les demandes que leurs avocats ont formulées devant la Criet. « Le dossier est vide. Nous sommes convaincus que toute cette affaire est politique. Nous demandons donc la libération pure et simple du professeur de Joël Aïvo », insiste un proche, dont la défense est coordonnée par Me Robert Dossou, ancien bâtonnier de Cotonou et ancien président de la Cour constitutionnelle.

Joël Aïvo et Reckya Madougou ont en outre reçu le soutien de nombreuses personnalités de l’opposition. L’une des interventions les plus récentes est venue de l’ancien président béninois Nicéphore Soglo qui a salué le « combat et l’engagement » de ceux qu’il qualifie de « détenus politiques ». Dans un courrier adressé le 2 décembre au Conseil des Nations unies pour les droits de l’homme, le collectif de défense des détenus politique du Bénin, qui a lancé une pétition en ligne pour réclamer la remise en liberté de Joël Aïvo, dénonce de son côté une « détention arbitraire ».

La demande de Yayi

Ces dernières semaines, les juges de la Criet semblent avoir lâché du lest sur les dossiers concernant les violences pré et postélectorales. Fin octobre, l’ancien ministre Alexandre Hountondji et l’ancien directeur général de la Sogema, ainsi que trois autres personnes arrêtées pendant la période électorale, ont été libérés. Mardi 30 novembre, six personnes, poursuivies pour des faits présumés de violence, ont été remises en liberté. Au total, une trentaine de personnes ont été relâchées, sur la centaine arrêtées pour des faits liés aux violences électorales.

Lors de sa rencontre avec le président Patrice Talon au palais de la Marina, en septembre dernier, Thomas Boni Yayi avait mis le sort des deux opposants au cœur des discussions. Mais, face à son prédécesseur qui réclamait la remise en liberté de son ancienne ministre de la Justice et du constitutionnaliste, le chef de l’État s’était gardé de prendre le moindre engagement formel. Au lendemain de la rencontre, les proches du chef de l’État et les cadres de sa majorité insistaient sur la nécessité de maintenir la séparation des pouvoirs.

« Il ne faut pas espérer une amnistie du président de la République, seul le Parlement peut le faire », soulignait Orden Alladatin, président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale et cadre au sein de l’Union progressiste (UP, majorité), ajoutant : « Aucun des deux n’a pour l’heure été jugé et la justice peut très bien les déclarer non coupable. » Et si l’amnistie doit passer par le Parlement, une éventuelle mesure de grâce présidentielle pourrait survenir.