Politique

Mali : de Karim Keïta à Soumeylou Boubèye Maïga, ces anciens proches d’IBK dans le viseur de la justice

Puissants et influents sous le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, ils sont aujourd’hui derrière les barreaux ou recherchés, « victimes » de la lutte contre la corruption lancée par le gouvernement de transition.

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Mis à jour le 22 décembre 2021 à 11:23

Ibrahim Boubacar Keita, en juin 2019 à Bamako. © Vincent FOURNIER/JA

À peine arrivé au pouvoir, le gouvernement de transition qui a succédé au régime d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a fait de la lutte contre la corruption et l’impunité son fer de lance. Le premier à en subir les conséquences est Boubou Cissé, dernier Premier ministre d’IBK, qui se trouvait à Sébénikoro au moment du coup d’État du 18 août 2020.

Accusé d’avoir joué un rôle central dans une affaire de tentative « d’atteinte à la sûreté intérieur de l’État », dans laquelle étaient mentionnées cinq autres personnalités, Boubou Cissé a, contrairement aux autres, pu échapper à son arrestation. Retranché durant plusieurs semaines dans un lieu tenu secret, l’ancien Premier ministre s’était exprimé par voie de presse pour dénoncer un complot politique monté contre lui.

Si la procédure contre Boubou Cissé et ses comparses est aujourd’hui annulée, l’intéressé – qui veut porter haut les couleurs de l’Union pour la République et la démocratie (URD) à la prochaine élection présidentielle – a pris ses distances. Il passe aujourd’hui le plus clair de son temps entre Abidjan et Niamey où étudient ses enfants.

À Lire Mali : les grandes manœuvres de Boubou Cissé à l’URD

Et pour cause : depuis la mise en place du deuxième gouvernement de transition, dirigé par Choguel Kokalla Maïga, la lutte contre la corruption s’étend à tous les niveaux à Bamako, renversant même ceux qui étaient autrefois considérés comme des intouchables.

Qu’ils soient placés sous mandat de dépôt dans l’affaire « Air IBK », présentés devant les juges ou recherchés dans l’affaire Birama Touré, du nom de ce journaliste porté disparu en janvier 2016… Tous ont en commun leur proximité passée IBK. Retour sur ces arrestations qui ont fait trembler la capitale malienne.

Le hors-piste de « Air IBK »

• Soumeylou Boubèye Maïga

Soumeylou Boubèye Maïga, le 22 juin 2018 à Bamako. © Nicolas Réméné / Le Pictorium

Soumeylou Boubèye Maïga, le 22 juin 2018 à Bamako. © Nicolas Réméné / Le Pictorium

Ministre de la Défense en 2014, au moment de l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires surfacturés, celui que l’on surnomme « le Tigre » est en détention provisoire depuis le 26 août, à la Maison d’arrêt centrale de Bamako. Poursuivi pour « faux en écriture, usage de faux et falsification de documents », pour « atteinte aux biens publics par détournements », il est également accusé « d’avoir cédé à des sollicitations qui tendent à la corruption », « d’abus d’influence réelle ou supposée en vue d’obtenir des avantages », et d’avoir réalisé des « montages pour percevoir des avantages indus » dans l’exercice de ses fonctions.

À Lire Mali : Soumeylou Boubeye Maïga, la chute du « Tigre »

Ses avocats se battent pour obtenir sa libération. Le 15 décembre, il a été transféré dans une clinique de Bamako pour raisons médicales. Depuis plusieurs semaines déjà, ses proches évoquaient une dégradation de son état de santé derrière les barreaux.

• Bouaré Fily Sissoko

Bouaré Fily Sissoko, lors d’une rencontre des ministres des Finance, en octobre 2013 à Paris. © ERIC PIERMONT/AFP

Bouaré Fily Sissoko, lors d’une rencontre des ministres des Finance, en octobre 2013 à Paris. © ERIC PIERMONT/AFP

Elle aussi proche de l’ancien président, elle a été placée sous mandat de dépôt quelques heures seulement après Soumeylou Boubèye Maïga. Ministre de l’Économie et des Finances en 2014, elle passe ses nuits à la prison pour femmes de Bamako depuis le 26 août dernier. Il a fallu attendre trois mois pour qu’elle puisse être auditionnée par la chambre d’accusation de la Cour suprême.

• Mahamadou Camara

Mahamadou Camara, en mars 2014 au palais présidentiel. © Emmanuel DAOU Bakary

Mahamadou Camara, en mars 2014 au palais présidentiel. © Emmanuel DAOU Bakary

Retour à la case départ pour l’ancien ministre de la Communication d’IBK et directeur de cabinet avec rang de ministre, lors de l’achat de l’avion présidentiel. Le 23 septembre dernier, il a été inculpé pour « favoritisme, faux en écriture, usage de faux et complicité d’atteinte aux biens publics par usage de faux » par la Cour suprême et incarcéré.

En 2020, il avait déjà passé près d’un mois en prison à cause de cette affaire mais, en avril 2021, la cour d’appel de Bamako avait notifié l’annulation de la procédure le concernant dans ce dossier.

L’affaire Birama Touré 

• Moussa Diawara 

Moussa Diawara. © DR

Moussa Diawara. © DR

Puissant sécurocrate d’IBK, Moussa Diawara était les yeux et les oreilles de l’ancien président, le fils qu’il aurait aimé avoir. Jeudi 29 juillet 2021, ce général de division, ancien chef d’état-major de la garde nationale, qui a également dirigé la Sécurité d’État (SE, les services de renseignements maliens), a été arrêté à son domicile et inculpé pour « complicité de séquestration et d’enlèvement », de « tortures » et « d’association de malfaiteurs » par le tribunal de la commune IV de Bamako.

Selon Reporters sans frontières (RSF), le journaliste Birama Touré, enlevé en 2016 et dont le corps n’a jamais été retrouvé, aurait été détenu et torturé dans une « prison secrète » de la SE. Les juges estiment aujourd’hui que Moussa Diawara, directeur de la SE au moment des faits, ne pouvait pas ne pas être au courant. Détenu dans les locaux du camp 1 à Bamako, il a depuis été entendu.

À Lire Mali – Mandat d’arrêt contre Karim Keïta : que risque vraiment le fils d’IBK ?

Coïncidence ? Le retour de cet homme puissant à Bamako, en mai dernier, inquiétait les autorités de la transition. Selon nos informations, Moussa Diawara avait même commencé à conseiller Bah N’Daw, le premier président de la transition. Le deuxième coup d’État du 24 mai dernier a stoppé net l’aventure.

• Karim Keïta

Karim Keïta, dans son bureau de la Cité du Niger, à Bamako, en mai 2014. © Emmanuel DAOU Bakary pour JA

Karim Keïta, dans son bureau de la Cité du Niger, à Bamako, en mai 2014. © Emmanuel DAOU Bakary pour JA

« À défaut de le coincer sur une affaire de corruption, c’est par l’affaire Birama Touré que les autorités de la transition veulent mettre la main sur Karim », nous confiait récemment un diplomate en poste à Bamako.

Le 5 juillet dernier, la justice malienne a saisi Interpol pour demander l’émission d’un mandat d’arrêt international à l’encontre du fils de l’ancien président, exilé à Abidjan depuis le coup d’État qui a fait chuter son père. Les juges souhaitent qu’il rentre au Mali pour y être auditionné sur les circonstances qui ont conduit à la disparition de Birama Touré.

Depuis 2016, le nom de Karim Keïta revient régulièrement dans cette affaire. Des témoins l’accusent d’avoir commandité l’enlèvement du jeune journaliste. Toutefois, la demande auprès du bureau d’Interpol à Lyon ne semble pas avoir abouti puisqu’aucun mandat d’arrêt international n’a effectivement été délivré contre Karim Keïta.

Corruption à l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API)

• Moussa Ismaël Touré

Moussa Ismaila Touré. © Emmanuel DAOU Bakary pour JA

Moussa Ismaila Touré. © Emmanuel DAOU Bakary pour JA

En tant que directeur général de l’API, il était presque de tous les voyages d’IBK. Il est toutefois difficile de qualifier la nature des relations qui l’unissaient à l’ancien président. Il était surtout réputé proche de Karim, le fils de ce dernier.

Le 5 octobre dernier, il a été arrêté et placé sous mandat de dépôt par le pôle économique et financier. Celui-ci l’accuse de « malversations » et met en cause sa gestion à la tête de l’API.