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Mosaïque de boxeurs en hommage à la victoire de Mohamed Ali contre George Foreman le 30 octobre 1974 au stade Tata Raphael de Kinshasa. Photographie prise le 4 juin 2016, © JUNIOR KANNAH/AFP.

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RDC – Néhémie Mwilanya Wilondja : « On devrait être reconnaissants envers Joseph Kabila »

Il était un des hommes clés du pouvoir de Joseph Kabila. Alors que le Front commun pour le Congo (FCC) tente de se relever, son ancien coordonnateur défend l’alliance de circonstance avec Lamuka et, à deux ans de la présidentielle, entretient le doute quant aux intentions de l’ex-président.

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Mis à jour le 15 décembre 2021 à 10:44

Néhémie Mwilanya, député national du FCC © John Bompengo

Après plusieurs mois au cours desquels, relégué dans l’opposition, il a semblé sonné et apathique, le camp de Joseph Kabila tente aujourd’hui d’organiser la riposte. Sur le terrain, pour contester le processus électoral, il s’est allié à Lamuka, la coalition emmenée par Martin Fayulu et Adolphe Muzito, qui l’a pourtant combattu. Mais en interne la remise à plat des structures, l’éventuelle nomination de nouveaux animateurs et la clarification du futur rôle de Joseph Kabila traînent. Installé dans son bureau à Kinshasa, Néhémie Mwilanya Wilondja, ex-coordonnateur d’un Front commun pour le Congo (FCC) en quête de relance, s’est confié à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Pourquoi le FCC a-t-il fait le choix d’intégrer le « bloc patriotique » avec Lamuka ?

Néhémie Mwilanya : Le pays va mal, c’est une évidence. Si l’on prend la situation que Joseph Kabila a laissée le 24 janvier 2019, sur tous les plans, qu’il s’agisse de la politique, de l’économie ou du social, on constate qu’il y a une véritable fracture. Aujourd’hui, vous avez d’un côté le pouvoir et de l’autre, le peuple.

Que reprochez-vous concrètement au processus électoral en cours ?

Quand des équipes participent à une compétition, les règles du jeu doivent être connues à l’avance et acceptées de tous. La désignation de l’arbitre doit aussi faire l’objet d’un consensus. Là nous sommes dans une situation où l’un des compétiteurs est en train de choisir le stade et ses adversaires, en instrumentalisant la justice. Au final, cela donne un processus tronqué.

À Lire RDC : Kabila, Fayulu, Muzito, Katumbi… Un front « anti-Tshisekedi » est-il possible ?

Cette alliance n’est-elle pas « contre-nature », au regard des relations entre le FCC et Lamuka ?

Il s’agit d’un ralliement à un agenda commun. Lorsque le président Tshisekedi a investi Denis Kadima à la tête de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante], j’ai dit que le défi était lancé. Il faut tenter de faire entendre raison au pouvoir. Même l’organe de régulation qu’est la Cour constitutionnelle pose un problème. Comment convaincre la communauté internationale qu’il s’agit là d’un processus crédible ?

Cette entente a-t-elle vocation à perdurer jusqu’aux élections de 2023 ?

Nous partageons pour le moment les mêmes objectifs. Au regard de l’évolution de la situation, les mêmes acteurs décideront librement de poursuivre cette entente ou de retourner à leur combat singulier. En attendant, c’est un bloc qui reste ouvert à tous ceux qui veulent le rejoindre.

On parle simultanément de notre faiblesse supposée et du fait que l’on nous redoute. Peut-on redouter des faibles ?

L’absence de Martin Fayulu lors de la marche du 13 novembre dernier a pourtant donné l’impression que le bloc était divisé…

Chaque force a son organisation interne. Martin Fayulu n’y était pas, mais d’autres membres de son parti étaient là pour le représenter. Nous ne répondons pas aux impressions. N’étions-nous pas côte-à-côte, forces politiques et forces sociales avec les mouvements laïcs ? Parler des personnalités est trop réducteur. L’important, c’est cette photographie.

Où en est la restructuration du FCC ?

Cela relève de l’organisation interne. On ne peut pas avoir un horizon électoral sans penser à une réorganisation de la famille politique. Des comités y travaillent en ce moment même. Vous serez bientôt fixés sur l’avenir du FCC et de ses structures.

Depuis la perte de sa majorité, le FCC paraît affaibli et divisé…

Je suis un peu déconcerté car on parle simultanément de notre faiblesse supposée et du fait que l’on nous redoute. Peut-on redouter des faibles ? Lorsque nous avons échoué à la présidentielle, on a d’abord dit que Kabila et les siens étaient perdus. Nous sommes « entrés en coalition » avec le président Tshisekedi et, dès cet instant, tout le monde a dit que Kabila était toujours fort et qu’il fallait réduire son influence. Depuis, on a assisté à un quasi coup d’État institutionnel et on a dépouillé le président Kabila de tous ses atouts légitimes. Malgré cela, on a le sentiment que la même hantise persiste.

On vous a surtout reproché d’avoir bloqué l’action du pouvoir quand vous étiez « en coalition »…

Peut-on toujours dire que c’est le cas ? Une année a passé depuis que « le coup » a été fait. Est-ce toujours Kabila qui bloque le pouvoir ? Nous ne sommes plus associés de près ou de loin à la gestion du pouvoir. Est-ce que le pays va mieux ?

Il y a tout de même l’état de siège, un budget à plus de 10 milliards de dollars, etc., qui sont des mesures concrètes…

Nous avions déjà eu un budget de 11 milliards sous le gouvernement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Le pouvoir actuel ne bénéficie que des réformes du camp Kabila, comme celle du code minier. Lorsque vous enlevez l’apport du financement extérieur, le gros des recettes est issu de l’industrie minière. Si on veut encore accroître les recettes il faut poursuivre ces réformes. L’enjeu n’est pas le chiffre, mais la mobilisation des recettes.

Les choses n’auraient pas dû se passer comme ça, mais le plus trahi dans tout cela, c’est le peuple congolais

Avez-vous le sentiment que l’on a fait un mauvais procès à Joseph Kabila ?

Je crois que le débat doit d’abord tourner autour de ce qu’il a apporté pour ce pays. Il a organisé la première passation pacifique du pouvoir, n’a pas tripatouillé la Constitution, a respecté le nombre de mandats, etc. Aucun coup de feu en rapport avec cette passation n’a été tiré et, trois ans après, celle-ci tient. Je constate que, alors qu’on lui devrait reconnaissance, il est devenu une cible.

Il semble aujourd’hui très en retrait. A-t-il digéré la perte de sa majorité ?

On peut parler de regrets car les choses n’auraient pas dû se passer comme ça. Mais le plus trahi dans tout cela, c’est le peuple congolais. S’il faut reconnaître quelque chose à Kabila, c’est cette retenue dont il a fait preuve par rapport à cette séquence. Au-delà de ça, avec le reste des membres de son parti, il a su organiser l’opposition qui est aujourd’hui sur le terrain. Je crois que c’est l’essentiel.

Joseph Kabila a-t-il l’intention de revenir en politique ?

Quelqu’un qui a réalisé des travaux d’Hercule dans un pays qui n’existait plus avait bien le droit, à la fin de ses deux mandats, de prendre un moment pour souffler. C’est de bonne foi qu’il a joué la carte de cette coalition [avec le président Tshisekedi]. Son premier réflexe était de donner sa chance à cette alternance pour que cela devienne une coutume dans notre pays. Aujourd’hui, il mène les consultations au sein de sa famille politique et c’est le seul à pouvoir décider de ceux qui pourront la représenter aux prochaines échéances. Quant à son rôle à l’avenir, je rappelle que Joseph Kabila n’a que 50 ans…