Politique

Trafic de cocaïne : les avocats d’Hubert Goutay montent au créneau

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Mis à jour le 2 décembre 2021 à 18:03

Vue du port autonome de Cotonou, en 2017 © Jacques Torregano pour JA

Détenu au Maroc, cet homme d’affaires français est accusé par la justice béninoise de trafic de stupéfiants. Retour sur un imbroglio qui devrait prendre des allures d’affaire d’État.

Arrêté le 12 octobre au Maroc, en application d’un mandat d’arrêt international émis par le Bénin qui l’accuse de trafic de drogue et d’association de malfaiteurs, l’homme d’affaires français Hubert Goutay, spécialisé dans le négoce de matières premières et patron de la société Goodness SAS (société de négoce française de denrées alimentaires), est toujours incarcéré dans une prison de Rabat. Son sort est l’objet de tractations entre les autorités marocaines, béninoises et françaises, comme nous l’avions révélé le 19 novembre.

Ses avocats, le Béninois Robert Dossou, le Marocain Brahim Rachidi et le Français Pierre-Olivier Sur tentent par tous les moyens d’empêcher son extradition, arguant que « le dossier fourni par le Bénin n’établit aucune preuve de son implication personnelle ».

Plus de 145 kilos de produit

Le 2 juin 2021, Hubert Goutay se rend à Cotonou depuis Lomé, pour superviser une livraison de riz. Le 5 juin, il est interpellé par la police puis interrogé au sujet de 145,5 kilogrammes de cocaïne qui auraient été découverts dans un des conteneurs qu’il a vendus à la société Sonimex. Après l’interrogatoire conduit par le commissaire Constant Badet, alors chef de l’Office central de répression du trafic illicite des drogues et précurseurs (Ocertid), il est autorisé à rejoindre son hôtel. Le 10 juin, le commissaire lui remet son passeport – décision qui fait dire à ses avocats qu’il n’est pas lié au trafic de stupéfiants, objet de l’enquête. Le 12, Hubert Goutay quitte donc Cotonou par l’aéroport international, sans aucune difficulté.

Demande d’extradition de Hubert Goutay adressée par le Bénin au Maroc by Matthieu Millecamps on Scribd

Coup de théâtre, le 12 octobre : il est interpellé à l’aéroport de Casablanca. On lui explique qu’il est poursuivi par la justice béninoise dans une affaire de trafic international de drogue. Les faits qui ont provoqué son inculpation ? Le 3 mars, Goodness SAS a acheté à la société Sucden Middle East 120 conteneurs de 27 tonnes de sucre chacun sur la base d’un contrat « coût, assurance et fret », afin de les acheminer aux ports de Cotonou, Téma et Lomé. Juridiquement, c’est le seul fournisseur qui avait la responsabilité de l’achat du sucre, du chargement par conteneurs sur un navire, de leur transport et de l’assurance.

Les conteneurs en question, à destination de Cotonou et de Téma ont été chargés par Sucden Middle East sur le même navire, le MSC Kim, sans que Goodness SAS n’intervienne, selon ses dirigeants. Le 11 mai, soit deux jours avant l’arrivée au port de Cotonou du navire, Goodness SAS vendait à la société Sonimex, dirigée par Yéto Séraphin, 60 conteneurs issus de la cargaison. Le 18 mai, 145,5 kilogrammes de produit susceptible d’être de la cocaïne sont découverts.

« Vide de toute preuve » ?

Depuis l’arrestation de Goutay, qui est par ailleurs le frère du vice-amiral Guillaume Goutay, directeur du personnel de la marine française – ce qui explique l’attention toute particulière que Paris porte à cette affaire -, ses avocats s’emploient à démontrer son innocence. D’abord en arguant que « la société Goodness SAS n’était pas propriétaire des conteneurs litigieux au moment de la prétendue découverte de drogue et n’a pas pris part à leur chargement/transport/déchargement ».

Ensuite en démontrant que « le procès-verbal d’audition de Monsieur Hubert Goutay conduit le 5 juin 2021 par le commissaire Constant Badet à la suite de son arrestation n’a pas été communiqué par les autorités béninoises aux autorités marocaines ». Non sans prétexter que le dossier lui-même est « vide de toute infraction pouvant être reprochée » à leur client, a fortiori « de toute preuve susceptible de justifier son extradition vers le Bénin ».

Investigations

Contacté par Jeune Afrique, Séverin Quenum, le ministre béninois de la Justice, s’est refusé à tout commentaire sur le fond de l’affaire. « Le Bénin s’est conformé à toutes les règles internationales dans ce dossier. Dans cette procédure, notre interlocuteur, c’est l’État du Maroc, pas les avocats de l’une ou l’autre des parties », a-t-il affirmé.

Chargé du dossier, le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), Mario Mètonou nous a, pour sa part, confirmé l’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre d’Hubert Goutay. Si celui-ci n’a pas été interpellé le 12 juin, « c’est que les éléments en notre possession ne justifiaient pas encore son placement en détention ». Mais l’arrestation de l’acquéreur du conteneur dans lequel la drogue a été découverte, Séraphin Yeto, aurait changé la donne. Ce dernier affirme en effet n’avoir jamais été en contact direct avec le conteneur et assure que Goutay l’a été. « Dans cette affaire, il est important qu’il soit entendu pour faire la lumière sur son rôle, afin que les investigations puissent progresser », souligne Mario Mètonou.

 

Mandat d’arrêt international émis par le Bénin à l’encontre d’Hubert Goutay by Matthieu Millecamps on Scribd