Économie

José Maria Neves : « Une annulation des dettes africaines est nécessaire »

Ancien Premier ministre (2001-2016), le nouveau président du Cap-Vert, élu à la mi-octobre, plaide pour un effacement des créances ou, à tout le moins, pour leur reconversion en investissements dans le capital humain et physique.

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Par - Envoyé spécial à Santa Maria (Sal, Cap-Vert)
Mis à jour le 2 décembre 2021 à 18:05

José Maria Neves, membre du Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV), est le président de la République depuis le 17 octobre 2021. © DR

« Soyez chez vous au Cap-Vert, pays de soleil et de liberté ». Lorsqu’il prend la parole ce 02 décembre devant la centaine de participants – physiques – à la Conférence économique africaine, coorganisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU, José Maria Neves ne peut éluder la campagne ininterrompue que mène le Covid-19 contre l’économie et la société cap-verdiennes.

Premier ministre de l’archipel pendant quinze ans – à quelques mois à peine du record détenu par son double prédécesseur (en chef du gouvernement et de l’État) Pedro Pires –, le nouveau président de la République élu en octobre dernier sait que l’émergence du variant Omicron a profondément bousculé l’agenda de cette rencontre, à laquelle la plupart des invités ont dû se résoudre à participer virtuellement.

Hausse extraordinaire de la dette publique

Le Covid-19 a eu des effets économiques et sociaux profonds au Cap-Vert. Le PIB a chuté de 15 % en 2020. « Avec le recul du tourisme, il y a eu un fort besoin d’utiliser les ressources pour contrecarrer les effets de la crise. Une hausse extraordinaire de la dette publique et une augmentation du déficit public se sont donc produites », a expliqué le président cap-verdien à Jeune Afrique, en marge de cette rencontre organisée à Santa Maria, sur l’île de Sal.

Les petits pays insulaires ont besoin d’une attention spéciale

Pour ne rien arranger, complète le dirigeant de 61 ans, cette crise est intervenue alors que le pays insulaire doit également « faire face à une transition démographique, économique, énergétique, nutritionnelle, épidémiologique et énergétique ».

Selon le FMI, la dette publique du pays a bondi de 125 % à 139 % du PIB entre 2018 et 2021. La dette extérieure est estimée à 97 % du PIB, et l’institution multilatérale estime que le Cap-Vert « reste exposé à un risque élevé de surendettement ».

Prolonger le moratoire

Aussi, José Maria Neves et le gouvernement du Premier ministre José Ulisses de Pina Correia e Silva plaident pour une renégociation de la dette du pays. « Cela est crucial pour créer l’espace fiscal nécessaire à court et moyen termes afin d’investir et de financer un développement soutenable », insiste José Maria Neves. « Il y a plusieurs propositions sur la table, cela va d’une renégociation de la dette à son annulation ou au rallongement de la maturité. Ou encore la reconversion de cette dette en investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures », poursuit le dirigeant cap-verdien.

Le programme de vaccination a été un succès au Cap-Vert

Le président du Cap-Vert, particulièrement exposé par ailleurs aux effets du changement climatique, demande à tout le moins le prolongement jusqu’à la fin de 2022 du moratoire sur le paiement des intérêts décidé par les bailleurs internationaux et qui arrive à expiration cette année.

« Les petits pays insulaires sont les plus vulnérables, avec une capacité réduite d’endettement et des problèmes d’infrastructures qui ne leur permettent pas de faire face aux coûts de la relance économique. Ils ont besoin d’une attention spéciale, d’un traitement spécifique qui tienne compte de la conditionnalité et des limitations auxquelles font face les petits pays insulaires. Et ce sans restrictions liées au PIB par habitant. La crise vient révéler la fragilité et la vulnérabilité préexistantes au changement climatique, aux catastrophes naturelles et aux autres challenges fondamentaux pour le développement », plaide le responsable cap-verdien.

José Maria Neves, président du Cap-vert, le 12 décembre à Santa-Maria, Sal, Cap-Vert. © Joël Té-Léssia Assoko

José Maria Neves, président du Cap-vert, le 12 décembre à Santa-Maria, Sal, Cap-Vert. © Joël Té-Léssia Assoko

« Je crois que la Banque mondiale, le FMI, la BAD, la BEI (Banque européenne d’investissement) sont tous sensibles à ces questions. Et certaines des propositions évoquées émanent de ces institutions. Il en va de même des Nations unies, qui sensibilisent les acteurs internationaux à ce sujet », complète José Maria Neves.

Pour autant, insiste ce dernier, « environ 86 % de la population adulte cible a déjà reçu au moins une première dose de vaccin. Nous avançons vers les deuxième et troisième doses. Nous créons également les conditions de vaccination des enfants de 12 à 18 ans. Le programme de vaccination a été un succès au Cap-Vert ».