Économie

Afrique-France : une autre AFD est-elle possible ?

Alors que l’Agence française de développement fête son 80e anniversaire, le fer de lance de l’aide hexagonale sur le continent doit mettre en œuvre la nouvelle relation Afrique-France esquissée par Emmanuel Macron. Plus facile à dire qu’à faire.

Mis à jour le 3 décembre 2021 à 18:00
Alain Faujas

Par Alain Faujas

Alain Faujas est spécialisé en macro-économie.

Née Caisse centrale de la France Libre (CCFL) le 2 décembre 1941, l’Agence française de développement (AFD) fête cette année son 80e anniversaire. Ici, son siège, à Paris. © VINCENT LOISON/SIPA

C’est un festival d’interventions de jeunes talents économiques, sportifs et culturels venus du monde en développement qui doit rythmer les festivités du 80e anniversaire de l’Agence française de développement (AFD) organisées ce 2 décembre après-midi au Muséum d’histoire naturelle à Paris.

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Cet événement doit donner la parole notamment aux passionnés africains qui se sont lancés avec le soutien de l’Agence dans la réhabilitation de quartiers, dans l’invitation faite aux femmes de jouer au football, dans la culture écologique de semences ou dans l’éclairage renouvelable en brousse. Il a pour objectif de démontrer que l’aide au développement peut être modernisée et ne plus se limiter à la construction de routes ou de barrages hydroélectriques.

Moderniser l’aide

Le Premier ministre français, Jean Castex, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, la prix Nobel d’économie Esther Duflo doivent apporter leur contribution à cette tentative qui n’est pas qu’une vulgaire entreprise de communication.

Aucun bailleur ne détient la recette qui réalisera la fameuse émergence économique à laquelle tout le monde aspire

Cette stratégie a été ébauchée à Ouagadougou en 2017 lorsque le président français, Emmanuel Macron, a proposé à la jeunesse africaine d’en finir avec les relations tendues de l’ère post-coloniale et d’établir de nouveaux liens d’égalité et de coopération. Pour surmonter les méfiances compréhensibles des Africains, il a organisé en octobre, à Montpellier, un sommet afin de leur donner la parole et de leur démontrer sa volonté de réconciliation avec le continent.

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Pour gommer l’aspect charitable et déplaisant de « l’aide au développement » proposée par  l’ancien colonisateur, il a proposé que l’on parle désormais « d’investissement solidaire », sans que l’on sache exactement ce que cette appellation recouvre, et que l’AFD change de nom. Il a confié à celle-ci la mission d’illustrer cette révolution sémantique et de convaincre les Africains de sa bonne volonté.

Changement de valeurs

L’Agence s’est attelée à la tâche, mais elle affronte deux difficultés. La première est que des voix s’élèvent pour critiquer l’efficacité de l’aide. Déverser des milliards d’euros ou de dollars dans « les pays les moins avancés » ne fait pas automatiquement reculer la pauvreté sur leur sol. Aucun bailleur de fonds ne détient la recette parfaite qui réalisera la fameuse émergence économique à laquelle tout le monde aspire.

Il faut donner à cet argent un visage et une dimension émotionnelle

La deuxième difficulté tient au fait que les populations aidées ne comprennent ni l’origine de cette aide ni son utilité. Entre le moment où la construction d’une école est annoncée à grand renfort de tam-tams et celui où elle accueille ses premiers élèves, de longues années peuvent s’écouler et les gouvernements locaux sont tentés de s’attribuer le mérite de cette réalisation.

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Rémy Rioux, le directeur général de l’AFD, est conscient qu’on ne peut plus se contenter de couler du béton et de verser de l’argent dans les budgets publics, même si on contribue ainsi à des lendemains meilleurs. Il faut donner à cet argent un visage et une dimension émotionnelle.

Greffe inédite

Achille Mbembe, l’universitaire et politologue camerounais qui a préparé le contenu et les débats du sommet de Montpellier, estime, lui, qu’« il nous faut trouver comment faire pour que les valeurs économiques ne soient plus les valeurs centrales » du développement.

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Plus facile à dire qu’à faire et Rémy Rioux reconnaît que l’AFD vit « un moment un peu trouble » qui oblige son équipe à chercher comment concilier l’aide, la technicité financière et les ratios prudentiels exigés par un investissement de 14 milliards d’euros par an (l’argent du contribuable français) avec l’aspiration à une autre relation entre l’Afrique et l’Hexagone.

L’AFD est une banque. Elle voudrait avoir du cœur. Il ne lui sera pas aisé de réussir cette greffe inédite.