Économie

Orange et l’Afrique : dix choses à savoir sur Stéphane Richard, futur ex-PDG du groupe français

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Mis à jour le 1 décembre 2021 à 18:24

Stéphane Richard, PDG du groupe Orange. © Vincent FOURNIER/JA

Condamné dans l’affaire Tapie en France, le patron de l’opérateur quittera ses fonctions au plus tard le 31 janvier. Sans en être un grand connaisseur, il a cru au potentiel du continent.

1. Expansion africaine

Si le polytechnicien Didier Lombard ne croyait pas au potentiel de l’Afrique, Stéphane Richard, diplômé d’HEC, s’est montré beaucoup plus ouvert. Après son arrivée à la tête de l’opérateur, en 2010, il achève la réunion des marchés de la zone dans une même division confiée à Marc Rennard. Il signe la paix des braves avec le bouillant Naguib Sawiris, son partenaire en Égypte, et apporte son soutien à Elie Girard dans ses projets d’acquisition, notamment en RDC et au Maroc.

Sous sa direction, le continent devient un moteur de croissance pour Orange. Fin 2020, l’Afrique – et le Moyen-Orient où l’opérateur n’est présent qu’en Jordanie – et ses 130 millions de clients, représentaient presque 14% de ses revenus (5,8 milliards d’euros), contre environ 8% lors de son arrivée, dix ans plus tôt. Ces dix-huit filiales ont une rentabilité moyenne supérieure à celles des autres géographies, puisqu’elles contribuent à 15,3% de la marge du groupe.

Le PDG peut aussi se vanter d’avoir soutenu Marc Rennard dans le développement des services financiers, connus sous la marque Orange Money, et d’avoir encore innové en lançant mi-2020 Orange Bank Africa.

2. Casablanca

Encouragé par Bruno Mettling, qui a pris le relais de Marc Rennard, Stéphane Richard va poursuivre l’africanisation des postes de direction. L’Ivoirien Mamadou Bamba, déjà patron de la filiale mobile en Côte d’Ivoire, ajoute à ses prérogatives les activités fixes, puis prend le contrôle des marchés du Burkina Faso et du Liberia.

Orange Côte d’Ivoire est désormais la troisième filiale africaine de l’opérateur, avec un chiffre d’affaires de plus de 1,3 milliard d’euros l’an dernier. Sonatel, dirigé par le Sénégalais Sekou Dramé, reste la première, avec 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2020.

Surtout, après le départ de Bruno Mettling en 2018, le dirigeant d’Orange va confier la responsabilité de l’ensemble de la zone Afrique et Moyen-Orient au Sénégalais Alioune Ndiaye, validant dans le même temps l’installation d’un siège régional à Casablanca.

3. Ratés

En 2014, puis en 2015, Orange a fait le constat de l’échec de sa stratégie en Ouganda et au Kenya en se retirant de ces pays. Mais ce ne sont pas les seuls ratés des mandats de Stéphane Richard sur le continent. Malgré ses efforts, il n’est pas parvenu à faire entrer son groupe sur les marchés africains les plus importants.

Les négociations pour une fusion avec le Sud-Africain MTN ont échoué, tout comme celles amorcées avec l’Indien Airtel et l’opérateur nigérian Glow, un temps approché. Quant au potentiel algérien, il reste toujours inaccessible au groupe français, qui pâtit des relations tendues qu’entretiennent Alger et Paris. Lorsqu’en 2015, Orange s’était associé à l’opérateur Mobilis, filiale d’Algérie Télécom, pour proposer des offres aux Algériens souhaitant appeler de France vers leur pays, le directeur général de cette dernière avait été limogé.

4. Huawei

Sur la question chinoise, Stéphane Richard a avancé sur une ligne de crête, comme beaucoup de ses homologues. En Europe, le dirigeant a dû se résoudre en 2020, sous la pression des Américains, à réduire les contrats accordés à l’équipementier Huawei, accusé d’entretenir des liens trop étroits avec l’armée et de faire peser des risques pour la sécurité des réseaux de communication.

À la tête du lobby industriel GSMA, qui réunit les intérêts des multinationales des télécoms, dont Huawei, il n’a en revanche pas souhaité écarter le groupe chinois des activités d’Orange en Afrique, où il est son principal fournisseur d’équipements télécoms.

5. Ben Ali

À Tunis, Stéphane Richard héritera d’un des dossiers africains médiatiquement les plus sensibles de sa présidence. En 2010, l’opérateur français, encore dirigé par Didier Lombard, s’implante dans le pays en partenariat avec Marouane Mabrouk, alors gendre de l’autocrate Zine el-Abidine Ben Ali.

Quelques mois plus tard, la révolution tunisienne fait voler en éclat les promesses de cette alliance. Les parts portées par l’associé d’Orange sont confisquées, et celui-ci est mis sur une liste noire, qui permet à l’Union européenne de geler ses avoirs. L’opérateur français doit gérer des accusations de connivence avec l’ancien président tunisien et n’ose plus investir dans une filiale dont il ne détient que 49%, bridant du coup son développement. Si l’Europe a depuis levé ses sanctions à l’encontre de Marouane Mabrouk, Orange n’a toujours pas réussi à racheter les parts de son associé.

6. Bourse

À la bourse d’Abidjan, Sonatel, filiale d’orange au Sénégal, est la star de la cote. Le cours de son action n’a cessé d’augmenter depuis son introduction en 1998. En 2012, il était devenu si élevé que l’entreprise avait décidé de le fractionner pour rendre le titre plus accessible. Un rêve, pour Stéphane Richard qui, en France, n’aura jamais réussi à faire décoller le cours d’Orange, plombé à son arrivée par une dette abyssale.

En 2020, la crise du Covid a fait chuter l’action encore plus bas. Elle vivote maintenant dans une zone comprise entre 9 et 10 euros. Début novembre, Stéphane Richard avouait sa lassitude : « Si je le pouvais, oui, je sortirais Orange de la Bourse ». Il n’en aura pas l’occasion, tout comme il ne verra pas la cotation du groupe Orange Middle East and Africa (Omea), qui réunit les filiales africaines, et dont l’entrée sur le marché financier serait justifiée par la réalisation d’une grosse opération sur le continent.

7. Fortune

Lorsqu’en mars 2000, Jean-Marie Messier, alors à la tête de Vivendi, cède son pôle immobilier, qui sera rebaptisé Nexity, à un consortium de fonds d’investissement, une douzaine de cadres participe à l’opération et acquiert 5 % du capital. Pour Stéphane Richard, c’est l’affaire du siècle.

Quatre ans plus tard, les 810 000 euros injectés par l’ex-inspecteur des finances vont lui rapporter 20 millions d’euros. Interrogé à la fin des années 2000, Stéphane Richard admettait une fortune personnelle représentant plusieurs dizaines de millions d’euros.

8. VIP

Sans être un africaniste, le patron d’Orange a, au fil des années et de ses voyages, noué des liens avec un certain nombre de décideurs influents sur le continent. Il apprécie le banquier Lionel Zinsou, avec qui il a coprésidé l’éphémère fondation AfricaFrance créée par François Hollande.

Il entretient aussi de bonnes relations avec son ancien partenaire égyptien Naguib Sawiris, aujourd’hui plus actif dans les mines, que dans les télécoms, et apprécie d’échanger avec le patron de la banque marocaine Bank of Africa, Othman Benjelloun.

Dans son carnet d’adresses, l’ancien conseiller ministériel de Dominique Strauss-Kahn a aussi conservé l’ex-PDG de Sonatel, Cheikh Tidiane Mbaye, nommé en 2017 au Conseil d’administration d’Omea.

9. Tapie

Condamné en appel à un an de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende le 24 novembre, le PDG a annoncé sa démission quelques heures après sa sortie du tribunal. Il quittera ses fonctions le 31 janvier au plus tard.

La justice française l’a reconnu coupable de complicité de détournement de fonds publics dans l’affaire Bernard Tapie. En 2008, ce dernier avait obtenu un arbitrage lui octroyant 403 millions d’euros, que la Cour a finalement jugé biaisé.

À l’époque directeur de cabinet de la ministre française de l’Économie, Christine Lagarde, Stéphane Richard avait exécuté la décision prise par sa patronne d’aller à l’arbitrage. Son mandat à la tête de l’opérateur devait prendre fin mi-2022. Celui-ci avait émis le souhait de rester, après cette date, président de l’opérateur, dont l’État français détient 23%.

10. Succession

Qui pour remplacer Stéphane Richard d’ici au 31 janvier ? Un certain nombre de candidats sont pressentis pour prendre sa suite, mais aucun ne pourra a priori cumuler les fonctions de président et directeur général comme le faisait Stéphane Richard.

Parmi les possibles candidatures extérieures : Alexandre Bompard, PDG de Carrefour et administrateur de l’opérateur, Nicolas Dufourcq, ancien du groupe, actuellement directeur de Bpifrance. En interne, on évoque aussi Ramon Fernandez, le directeur financier et de la stratégie. L’Afrique y gagnerait-elle ? « Ramon Fernandez s’est toujours montré extrêmement prudent au moment d’étudier des investissements sur le continent », fait remarquer une source au sein d’Orange.