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Le tourisme sous le choc

Par - Ridha Kéfi, correspondant à Tunis
Mis à jour le 8 avril 2003 à 11:54

Les Européens désertent les plages d’Hammamet, de Sousse et de Djerba. À cause de la guerre en Irak, bien sûr…

Les opérateurs touristiques tunisiens suivent les péripéties de la guerre en Irak avec une inquiétude non dissimulée. Il est vrai que l’onde de choc de ce conflit a déjà provoqué une baisse générale des réservations sur toutes les destinations du sud de la Méditerranée.
Secteur clé de l’économie (il fait vivre, directement ou indirectement, un Tunisien sur huit), le tourisme ne s’est pas encore remis de la crise provoquée par les attentats du 11 septembre 2001, à New York, mais aussi celui du 11 avril 2002 contre la synagogue de Djerba (21 morts, dont 14 touristes allemands). Au cours de l’année écoulée, le nombre des touristes étrangers, principalement allemands, français et italiens, a baissé de 7 %. Les recettes en devises dégagées par le secteur ont quant à elles baissé de 13,5 %, passant de 2,4 millions de dollars en 2001 à 2 millions de dollars l’année suivante.
Bien sûr, le marché allemand est le plus affecté. Selon une enquête réalisée pour le compte de Rewe Touristik, le troisième groupe touristique du pays, les départs en voyage à partir de l’Allemagne ont enregistré une baisse générale de 8,6 % au cours de l’exercice écoulé. Avec une baisse estimée à 33,4 %, la Tunisie a été la destination la plus fortement touchée, après le Maroc (- 34,2 %).
Anticipant l’impact de la guerre en Irak sur le moral des candidats au voyage, le tour-opérateur allemand Neckermann a annulé les 75 000 sièges retenus dans le cadre de son programme Tunisie pour l’année en cours. Chez TUI, autre voyagiste allemand, on affiche la même morosité : les réservations pour la période estivale enregistrent un recul de 20 % par rapport à l’an dernier, à la même époque. « Il y a une pause dans toute l’Europe, les gens pensent à la guerre », explique Michael Frenzel, président du directoire du premier groupe touristique allemand. Du côté des voyagistes français, italiens, espagnols et britanniques, qui assurent les deux tiers des entrées et des recettes touristiques du pays (plus de trois millions de visiteurs chaque année), on observe le même attentisme prudent.
Conséquence : les établissements hôteliers d’Hammamet, de Sousse, de Djerba, de Tozeur et de Tabarka enregistrent des taux d’occupation parmi les plus bas depuis la précédente guerre du Golfe (1990-1991). Beaucoup ont été contraints de réduire le nombre de leurs employés, et certains ont carrément fermé leurs portes. Selon les spécialistes, la guerre pourrait provoquer une baisse des entrées et des recettes comprise entre 30 % et 50 %, ce qui, bien entendu, aurait de sensibles répercussions sur la croissance. Dans l’hypothèse où les hostilités se poursuivraient jusqu’au moins de juin, qui marque le début de la « haute saison », les pertes risquent d’être encore plus importantes.
Les professionnels se montrent pourtant circonspects. « On ne peut présumer de la suite des événements, estime un hôtelier. Tout est encore possible, même une reprise des activités au cours de l’été. Les candidats au voyage préfèrent attendre d’y voir plus clair avant de planifier leurs prochaines vacances. Beaucoup se détermineront à la dernière minute. » « De nombreux touristes évitent aujourd’hui de prendre l’avion et préfèrent l’automobile ou le bateau, jugés plus sûrs. Nous devons nous adapter à cette nouvelle donne et revoir nos méthodes de commercialisation », explique quant à lui un agent de voyage. Il n’en reste pas moins que l’augmentation des tarifs décidée par la majorité des tour-opérateurs européens ne plaide pas pour une relance rapide de l’activité.
Que faire donc pour compenser les pertes à venir ? Trois pistes sont expérimentées, avec un certain succès : le développement du tourisme intérieur, la promotion des marchés maghrébins, notamment libyen et algérien, et l’exploration de nouveaux marchés arabes, notamment dans le Golfe.