Politique

Cameroun : pour Samuel Eto’o, un coup d’épée dans l’eau ?

Candidat à la présidence de la Fédération camerounaise de football, Samuel Eto’o accuse son principal adversaire, le sortant Seidou Mbombo Njoya, de corruption – documents à l’appui ! La commission d’éthique l’a débouté, mais l’ancien international n’a pas dit son dernier mot.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 2 décembre 2021 à 09:30

Samuel Eto’o, le 24 octobre 2021, en Turquie. © ESRA BILGIN/Anadolu Agency via AFP

La bataille entre Samuel Eto’o et Seidou Mbombo Njoya dans la course pour la présidence de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) vient de monter en intensité. Mardi 30 novembre, l’ancien international camerounais a décidé de ne plus retenir ses coups et a porté des accusations fracassantes contre son principal adversaire.

C’est dans un courrier adressé à la commission d’éthique de la Fecafoot, qu’il a lui-même rendu public, que Samuel Eto’o a demandé la suspension du président sortant, Seidou Mbombo Njoya, et de son adjoint, Aboubakar Alim Konate, de toute activité relative au football. Documents à l’appui, il les accuse de « corruption, manipulation de matchs et détournement de fonds ». Rien de moins.

Selon Eto’o, Seidou Mbombo Njoya aurait soudoyé un président de club, en l’occurrence celui des Astres FC de Douala, Kamdem Dieudonné, afin « qu’il ne fasse pas valoir son droit de réintégrer sa division », comme la Chambre de conciliation et d’arbitrage (CCA) du Comité national olympique et sportif du Cameroun (CNOSC) l’y autorisait, à la suite d’un litige avec la ligue professionnelle.

Longue bataille judiciaire

L’affaire remonte au 6 juin 2019, lors de la 5e journée des play-off, un tournoi de six équipes s’affrontant pour le maintien en championnat d’élite. La rencontre opposant le club des Astres FC de Douala à celui de New Stars de Douala avait tourné à l’avantage du premier avec le score de 2 buts à 0, les Astres assurant ainsi leur maintien en première division. Sauf qu’une plainte des New Stars contre le joueur Tangi Eric Atoh, accusé de disposer de deux contrats avec deux clubs différents au moment des faits, viendra modifier le résultat obtenu sur le terrain.

S’ouvrira alors une longue bataille judiciaire qui ne prendra fin qu’en novembre 2019, quand la CCA rétablira les Astres FC dans leurs droits et leur maintien en première division. Problème : à cette date, le championnat avait déjà repris et les Astres FC évoluaient en deuxième division. C’est à ce moment-là qu’un protocole d’accord sera signé entre Seidou Mbombo Njoya, son adjoint, Alim Konaté, un représentant du syndicat des clubs d’élite, Franck Happi, et Dieudonné Kamdem, des Astres FC, afin que ce dernier renonce à sa remontée immédiate en première division.

En contrepartie, selon les documents avancés par Samuel Eto’o, la Fecafoot s’est engagée à « réintégrer sans conditions les Astres FC de Douala en championnat d’élite dès la saison suivante, quel que soit son classement sportif, puis à verser au club une indemnité financière compensatrice au titre des frais de procédure engagés et de réparation du préjudice subi de 89 millions de F CFA (136 000 euros) ».

« Cancer mondial »

Si l’entourage de Seidou Mbombo Njoya explique avoir agi ainsi en raison de l’état d’avancement des championnats et du bouleversement qui résulterait d’une réintégration immédiate, Samuel Eto’o insiste sur le fait qu’il s’agit selon lui de « l’illustration parfaite d’un cancer mondial du football », qui « corrompt les signataires, incite aux trucages des résultats des matchs et enfin ouvre la porte à des détournements de fonds de l’association sportive ». À l’en croire, la divulgation de ces documents vise à mettre en lumière des pratiques bien ancrées au sein des milieux du foot camerounais – pratiques auxquelles il promet de mettre fin sitôt élu.

Il n’a toutefois pas été entendu. Le jour-même, la commission d’éthique de la Fecafoot lui a opposé une fin de non-recevoir au motif que son recours a été déposé après le délai imparti, qui était fixé – selon les textes de la fédération – au 28 novembre dernier. L’équipe d’Eto’o pourrait néanmoins se retourner vers la CCA, seule entité habilitée à radier des individus de l’exercice du sport au Cameroun.