Économie

Schwan Badirou Gafari, jeune visage de la dette des pays fragiles

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Mis à jour le 8 décembre 2021 à 17:51

Schwan Badirou Gafari, Français d’origine béninoise de 38 ans, figure dans le dernier classement Choiseul des 200 leaders économiques de demain. © DR

Secrétaire général du Club de Paris, le haut fonctionnaire d’origine béninoise s’illustre depuis le début de la crise du Covid-19 sur la cruciale question de la dette.

Dire que la destinée des pays les plus fragiles économiquement se joue bien souvent dans les salons moquettés de gris des instances internationales en Europe ou en Amérique du Nord ne surprend guère. Surtout lorsque l’on parle de dette, de suspension de créances, de programme de soutien… Et la résurgence du Club de Paris, ces dix-huit derniers mois, dans le contexte de la pandémie de Covid-19 – qui a entraîné, pour la première fois en trente ans, une récession en Afrique subsaharienne –, entre dans ce cadre. Avec elle, un risque de voir basculer 100 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté.

Schwan Badirou Gafari, actuel secrétaire général du Club de Paris qui réunit vingt-deux membres, parmi lesquels les principaux créanciers des pays africains, en est une figure de l’ombre. Installé dans un café à quelques encablures de son bureau à la Direction générale du Trésor, logé au sein du ministère français de l’Économie, il décrit l’intensité folle de ces derniers mois.

Expérience inédite

« Il a fallu chercher du soutien de toutes parts, y compris tenter de convaincre les créanciers privés », raconte-t-il à propos de l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD) des pays les plus pauvres. Ce mécanisme, amorcé par la Banque mondiale et le FMI, et actionné par les pays du G20, a en effet permis d’alléger la dette de plus de 40 pays depuis son entrée en vigueur en mai 2020, pour un montant total de 5 milliards de dollars. Ces derniers ont alors pu concentrer sur leurs ressources pour la lutte contre la pandémie.

Le Club de Paris est une très bonne école car vous négociez tout le temps

« La réflexion était déjà chez nous », poursuit celui qui dirige une équipe d’une dizaine de personnes au sein de la direction générale du Trésor français pour négocier la dette des pays en développement. Ménager les intérêts des États créanciers, tout en desserrant l’étau pour les pays fortement endettés.

Car il faut savoir que le coprésident du Club de Paris – William Roos – est également coprésident du groupe de travail IFA (International Financial Architecture) du G20. À ce titre, l’idée de proposer un moratoire tel qu’annoncé par la directrice générale du FMI et le président de la Banque mondiale avait déjà fait son chemin en amont au sein du Trésor français.

« Des discussions au sein du G20 et du Club de Paris ont commencé après l’appel des institutions de financement internationales », précise Schwan Badirou Gafari, soudain exalté à l’évocation du souvenir qui a marqué sa carrière de technicien des finances publiques.

École de la négociation

Un sentiment que comprend, bienveillant, son supérieur hiérarchique, Emmanuel Moulin. Le directeur général du Trésor, par ailleurs président du Club de Paris, a lui aussi été secrétaire général du groupe de créanciers publics au début des années 2000. À cette époque, celui-ci participe à la restructuration de la dette du Nigeria, ainsi qu’à celle de l’Irak.

J’ai été recommandé par une personne qui figure déjà dans le classement

« Une période intense de ma vie professionnelle et une fonction qui m’est chère », résume-t-il. Avant de commenter : « Le Club de Paris est une très bonne école car vous négociez tout le temps ». Et cette « école » contribue notamment à enrichir les acquis de l’énarque (promotion Émile Zola) de 38 ans, qui a commencé sa carrière au Trésor en 2010, y est revenu en 2019 après – entre autres – une parenthèse de trois ans au FMI à Washington.

Ce « gros bosseur », tombé très tôt dans les thématiques multilatérales et le financement des économies, fils d’un ingénieur informatique et d’une assistante sociale originaires du Bénin, prétend n’avoir élaboré aucun plan de carrière. Et ne se dit pas attiré par la politique, même s’il ne faut jamais dire jamais… Pourtant, sur le papier, le curriculum vitae (et la personnalité) laissent augurer un avenir encore plus riche.

Discrétion

Non content d’œuvrer dans l’un des secteurs les plus en vue en cette période de crise, Schwan Badirou Gafari vient de faire son entrée dans le prestigieux classement 2021 des 200 leaders économiques de demain.

« J’ai été recommandé par une personne qui figure déjà dans le classement », justifie-t-il simplement. Ne dévoilant rien de l’étendue, potentielle, de son réseau. Tout juste cite-t-il l’ancien Premier ministre du Bénin Lionel Zinsou en tant que référence quand on l’interroge sur son parcours. Mais, sorti de cela, le haut fonctionnaire parisien, digne représentant de la jeune génération aux commandes – l’entregent en prime –, préfère qu’on le définisse par son travail.

Alors que le programme d’urgence de suspension du service de la dette touche à sa fin, et que démarrent les négociations de la suite : le « cadre commun », avec le Tchad notamment, le « moment » de Badirou Gafari n’est pas près de s’éteindre. D’ailleurs, ce dernier est régulièrement invité à partager son expérience dans les cercles d’affaires avertis. Et nul besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’il y sera bientôt incontournable.