Économie

Comment Akinwumi Adesina a pris la décision de reporter le forum de la BAD

Le variant Omicron a eu raison du forum pour l’investissement en Afrique, qui devait se tenir à Abidjan du 1er au 3 décembre. Le patron de la BAD l’a annoncé ce lundi après des discussions avec la présidence ivoirienne notamment.

Mis à jour le 2 décembre 2021 à 15:07

Akinwumi Adesina, le président de la BAD, lors d’une conférence de presse à Abidjan, le 29 novembre 2021. © DR / Banque africaine de développement

Ce devait être l’un des événements majeurs de cette fin d’année pour les investisseurs du continent. Délocalisé pour la première fois dans la capitale économique ivoirienne, le troisième Forum pour l’investissement en Afrique – qui se tenait pour ses deux éditions précédentes à Johannesburg en Afrique du Sud – a finalement été reporté sine die. La décision a été annoncée ce lundi 29 novembre par le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina.

Lors de la conférence de presse, à laquelle participait également Nialé Kaba, la ministre ivoirienne du Plan et du Développement, Adesina a pointé le responsable : Omicron, le nouveau variant de Covid-19, qui inquiète la communauté internationale. « Au regard de la primauté de la santé de la population sur tout et de la qualité des personnalités attendues, le conseil d’administration de la BAD a le regret de vous annoncer le report de la tenue du Forum africain de l’investissement à une date ultérieure », a-t-il déclaré.

Un week-end de discussions

Le coup est d’autant plus dur pour la BAD que des discussions portant sur « plusieurs milliards de dollars de projets d’investissement » étaient prévues et que nombre de porteurs de projets et d’investisseurs avaient annoncé leur venue. Des acteurs économiques étaient invités, mais aussi des chefs d’État et de gouvernements, notamment Nana Akufo-Ado (Ghana), Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud), Denis Sassou Nguesso (Congo), Samia Suluhu Hassan (Tanzanie), Filipe Nyusi (Mozambique), Félix Tshisekedi (RDC), Paul Kagame (Rwanda), Faure Gnassingbé (Togo), Mohammed VI (Maroc), Recep Tayyip Erdogan (Turquie), Boris Johnson (Royaume Uni) ou encore Justin Trudeau (Canada). Autre VIP dont la venue était annoncée, le Prince Charles (Royaume Uni).

La Côte d’Ivoire ne pouvait pas se permettre de devenir une zone rouge après le forum

Une conférence de presse avait été programmée dès le vendredi 26 novembre pour lancer l’événement. Mais cette rencontre avec la presse – à laquelle devaient notamment participer Adesina, Kaba Nialé, Bajabulile « Swazi » Tshabalala, première vice-présidente de la BAD, et Chinelo Anohu, directrice principale du forum – a finalement été repoussée à lundi.

Alerte de la présidence ivoirienne

En fin de semaine dernière, la première alerte vient des services de la présidence ivoirienne, qui ont exprimé leurs inquiétudes après que plusieurs pays – dont le Royaume Uni, l’Italie et l’Allemagne – ont fermé leurs frontières aux voyageurs en provenance d’Afrique australe. Le professeur Serge Éholié, chef de service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Treichville, à Abidjan, qui est l’une des personnes ressources dans la lutte contre le Covid-19 en Côte d’Ivoire, est sollicité pour donner son avis. Dans le même temps, les services d’Alassane Ouattara  restent en contact permanent avec ceux d’Akinwumi Adesina au sujet des conditions d’accueil des personnalités étrangères lors de l’événement.

Selon nos informations, le président ivoirien laisse alors au patron de la BAD le soin de prendre la décision finale, tout en l’alertant sur les risques potentiels. « Il fallait tenir compte de la préservation de la santé des populations et de tous les participants. La Côte d’Ivoire ne pouvait pas se permettre de devenir une zone rouge après le forum, avec en ligne de mire des interdictions de vols. La sagesse et la prudence ont été de mise », explique à Jeune Afrique un proche d’Alassane Ouattara qui a requis l’anonymat.

Quand Adesina se prononce en faveur du report, il est soutenu par Kaba Nialé, par ailleurs gouverneure de la BAD, dans les discussions avec les différents partenaires. La ministre ivoirienne est une proche d’Adesina, qui la surnomme « la force tranquille » pour son rôle au sein de la banque et son soutien au moment de sa réélection.

Il a cependant fallu attendre la réunion du Conseil d’administration de la BAD, le lundi, pour que l’annulation soit officiellement entérinée et annoncée à lors de la conférence de presse qui s’est tenue le même jour. Dès lors, la logistique déployée pour l’organisation du forum a commencé à être démantelée. Les différents hôtels réquisitionnés pour l’hébergement des participants et des délégations ont reçu les premières notifications d’annulation.