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Mosaïque de boxeurs en hommage à la victoire de Mohamed Ali contre George Foreman le 30 octobre 1974 au stade Tata Raphael de Kinshasa. Photographie prise le 4 juin 2016, © JUNIOR KANNAH/AFP.

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RDC, un géant convalescent

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Économie

Café-cacao : la RDC sur la piste de la Côte d’Ivoire ?

Nouveaux vergers, certification internationale, transformation… Les filières cacao et café congolaises sont en plein redéploiement, misant sur la qualité pour augmenter la valeur ajoutée. Une stratégie proche du modèle ivoirien.

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Par - Envoyée spéciale
Mis à jour le 28 février 2022 à 14:26

Tisya Mukuna, caféicultrice à Mont-Ngafula (commune de Kinshasa) et fondatrice de la société La Boîte, qui commercialise ses variétés de café bio sous la marque La Kinoise. © Arsene Mpiana pour JA

Après une longue période de déclin, les filières café et cacao congolaises redressent progressivement la tête depuis le début des années 2010. Une renaissance liée en grande partie aux appuis fournis par des ONG et des actions de coopération bilatérale avec les producteurs, et accompagnée, au-delà de l’augmentation des volumes, par une nouvelle vision de la culture. Une attention particulière est portée à la certification (biologique et équitable) et à la mise sur le marché de cafés et de cacaos dits « de spécialité », c’est-à-dire de produits gourmets aux saveurs plus subtiles, cultivés et récoltés dans des conditions idéales et venant de terroirs précis.

À nouveau contexte, nouveaux acteurs. Pendant l’époque coloniale et les premières années de l’indépendance, les plantations étaient exploitées surtout par des agro-industriels. Aujourd’hui, la production est en grande partie réalisée par des milliers de petits planteurs regroupés en coopératives, dont la plus importante, Solidarité paysanne pour la promotion des actions café et développement intégral (Sopacdi, dans le Sud-Kivu), compte 12 000 membres.

Nouvelles pratiques culturales

Le regroupement a été encouragé par le Catholic Relief Services, pionnier de la relance, puis par des ONG, comme Rikolto ou Agriterra, et par l’Office national des produits agricoles du Congo (Onapac). Des sociétés privées, comme Théo Broma Congo et Miluna (cacao) ainsi que La Boîte (café), se sont également engagées dans ces filières.

La relance passe par de nouvelles pratiques culturales. Outre la reconstitution des vergers, à travers des programmes de replantation ou de plantation de nouvelles variétés, l’accent est mis sur le respect des normes environnementales.

Non seulement les deux cultures sont menées en agriculture biologique – selon John Katambu, directeur commercial à l’Onapac, la plupart des producteurs utilisent des engrais organiques –, mais tout ce qui permet de réduire les effets négatifs de l’exploitation sur les écosystèmes est privilégié. Et pas question de couper la forêt pour emblaver de nouvelles cultures, en particulier de cacaoyers.

Nous devons opter pour des produits de qualité et sélectionner des grands crus

Le traitement, gage de qualité, commence aux champs : les producteurs de cacao sont formés à l’amélioration du tri, du nettoyage, du séchage et de la fermentation des fèves, et ceux de café aux opérations de dépulpage, de tri, de lavage et de séchage du café cerise. Pour faciliter cette étape, dans l’est du pays, des microstations de lavage sont installées près des caféiers.

Certification biologiques et équitables

Ces protocoles, respectés, permettent d’obtenir des certifications biologiques et équitables – Fairtrade, Symbole des producteurs paysans (SPP) ou Coffee and Farmer Equity (Cafe) Practices. Ce sont des agences de certification étrangères, dont certaines ont des représentants sur place, qui viennent inspecter les méthodes de culture et de traitement des produits, et s’assurer que la dimension sociale est prise en compte. La certification s’accompagne d’une volonté de développer des cafés et des cacaos de spécialité.

« Nous devons opter pour des produits de qualité et sélectionner des grands crus, c’est le seul moyen pour les producteurs d’être correctement rémunérés », insiste Sandrine Vasselin Kabonga, dont l’entreprise Misao est actionnaire de Théo Broma Congo. Pour promouvoir leur arabica à l’international, « les producteurs du Kivu misent sur le haut de gamme et veulent développer le label Café Kivu », explique Jim Liseki, représentant d’Agriterra en RDC.

Robusta ou arabica, le café congolais est exporté vert. Par deux catégories d’acteurs : des acheteurs-exportateurs (Virunga Coffee Company, Tsongo Kasereka ou Coffee Lake) et des producteurs-exportateurs (dont la Coopérative des produits agricoles du Congo et la Société des coopératives des planteurs du café et innovateurs du Kivu). De plus en plus souhaitent obtenir l’agrément d’exportateurs pour ne plus passer par des intermédiaires.

Miser sur la consommation locale

La transformation n’est pas en reste. Dans la filière café, l’Onapac a ainsi acquis une usine de torréfaction d’une capacité de traitement de 600 kilos/heure, dont l’exploitation se fera dans le cadre d’un partenariat public-privé avec la Congolaise de commerce et d’investissement (Cocoi), qui devra torréfier le maximum de robusta pour doper la production et la consommation de café congolais. Sur les rayonnages des supermarchés fleurissent des marques locales de café arabica et robusta, en grain, moulu, soluble ou en capsules.

Dans la filière cacao, la fabrication de chocolat, encore timide, commence à se développer avec quelques sociétés, qui, elles aussi, visent le marché local : Théo Broma (Kinshasa), Chocolaterie Lowa et Luna Chocolate (Goma), Virunga Chocolate (Beni) et Cacao Okapi (Ituri). Bravant les difficultés de toutes sortes, ces chocolateries proposent une gamme variée de produits : beurre de cacao, chocolat en tablette, à tartiner ou en poudre… et bien d’autres gourmandises.

Selon les statistiques de la Banque centrale du Congo, la RDC a produit près de 37 000 tonnes de cacao en 2020, contre 26 400 tonnes en 2019 et 11 080 tonnes en 2015, soit un essor de 234 % en cinq ans. Le pays a par ailleurs produit 14 220 tonnes de café en 2020, contre 12 400 tonnes en 2019, après un pic à plus de 18 115 tonnes en 2015.

Cacao : + 234 % de production en cinq ans

Selon les statistiques de la Banque centrale du Congo, la RDC a produit près de 37 000 tonnes de cacao en 2020, contre 26 400 tonnes en 2019 et 11 080 tonnes en 2015, soit un essor de 234 % en cinq ans. Le pays a par ailleurs produit 14 220 tonnes de café en 2020, contre 12 400 tonnes en 2019, après un pic à plus de 18 115 tonnes en 2015.