Politique

RDC – Ouganda : premières opérations militaires conjointes contre les ADF

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 30 novembre 2021 à 22:35

Opération des ADF dans l’est de la RDC en avril 2021 © BRENT STIRTON/Getty Images via AFP

Alors que plusieurs sources confirment l’autorisation accordée à l’armée ougandaise d’intervenir sur le territoire congolais pour lutter contre les ADF, des frappes aériennes ont été menées ce mardi.

L’armée ougandaise a annoncé avoir mené mardi matin « des frappes aériennes et d’artillerie conjointes contre les camps des ADF [Allied Democratic Forces] avec ses alliés congolais ». Selon une source gouvernementale congolaise, « les frappes sont parties de l’Ouganda » pour cibler les positions des ADF notamment en territoire de Beni, dans le Nord-Kivu.

Aucun bilan précis n’a pour le moment été communiqué. « Il y’a eu des frappes exécutées à partir de l’Ouganda sur les bastions des terroristes, explique le lieutenant Anthony Mualushayi, porte-parole de l’opération Sukola à Beni. Nos troupes ont lancé l’assaut sur terrain. » Le détail des endroits visés est encore incertain. Des sources concordantes évoquent notamment des cibles du côté de Nobili, dans le Nord-Kivu, ce que le lieutenant Mualushayi n’a pas souhaité confirmer, précisant néanmoins que des sites sur « l’ensemble du territoire de Beni » étaient concernés.

Ces premières opérations « ciblées et concertées » interviennent au lendemain d’une conférence de presse convoquée par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Accompagné du porte-parole de la police nationale, Pierrot Mwanamputu, et de celui de l’armée congolaise, le général Léon-Richard Kasonga, le ministre congolais de la Communication avait réuni les journalistes pour clarifier la situation.

« Actions ciblées et concertées »

Lors de son intervention, Patrick Muyaya a répété qu’aucune troupe ougandaise n’était présente à l’heure actuelle sur le sol congolais, affirmant qu’il n’existait à ce stade qu’un mécanisme conjoint d’échange de renseignements, mais que les opérations pourraient « monter d’un cran par rapport à la nature de la menace ». « Pas de scoop » donc, ni de présence militaire ougandaise en RDC, mais de possibles « actions ciblées et concertées » dans le futur.

Après les frappes aériennes de ce matin, nous allons intervenir sur le terrain

Il semble que cette étape ait été franchie quelques heures seulement après cette prise de parole, avec l’annonce des frappes aériennes de ce mardi. Une source gouvernementale affirme toutefois qu’il n’y a « pas encore d’actions sur le terrain », même si elle n’exclut pas de futures opérations. Contactée par Jeune Afrique, la brigadière Flavia Byekwaso, porte-parole de l’armée ougandaise, se montre plus directe et confirme qu’il s’agit de la prochaine étape. « Après les frappes aériennes de ce matin, nous allons intervenir sur le terrain », affirme-t-elle, tout en précisant qu’elle « ne peut pas confirmer si [notre] armée a déjà franchi la frontière ».

« Feu vert »

Ces manœuvres aériennes vont-elles prochainement déboucher sur des opérations de terrain ? Le 27 novembre, plusieurs sources officielles et diplomatiques ont confirmé à Jeune Afrique que Félix Tshisekedi avait donné son accord à Yoweri Museveni pour que les troupes de ce dernier interviennent prochainement en RDC.

Ce « feu vert » fait suite à plusieurs semaines de discussion et à une rencontre début novembre entre les deux chefs d’état-major, le général congolais Célestin Mbala et son homologue ougandais Wilson Mbadi. Les échanges se sont intensifiées après les attentats survenus en Ouganda et attribués aux ADF. Le plus récent date du 16 novembre et a eu lieu à Kampala.

Yoweri Museveni a manifesté à plusieurs reprises son intention d’intervenir en RDC. Félix Tshisekedi a d’ailleurs évoqué le sujet lors de sa rencontre avec le caucus des députés de l’Ituri et du Nord-Kivu, le 17 novembre dernier.

Une décision « inacceptable »

Du côté de la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, on assure néanmoins que toute opération conjointe avec l’armée ougandaise doit au préalable être discutée au Parlement. De son côté, la Monusco rappelle que son mandat ne prévoit pas d’apporter une assistance opérationnelle à une armée étrangère, mais des discussions pourraient être engagées sur le type de coopération qui pourrait être mis en place dans l’hypothèse d’opérations conjointes.

Le sujet reste délicat, compte tenu des épisodes tragiques qui ont marqué l’intervention d’armées voisines en RDC

Ce n’est pas la première fois que des frappes sont menées sur ce format. En décembre 2017, huit camps ADF dans le Nord-Kivu avaient ainsi été ciblés par des frappes ougandaises. Kampala avait à l’époque évoqué un bilan de « plus de cent terroristes morts ».

Le sujet de l’éventuelle arrivée de l’armée ougandaise reste délicat, compte tenu des nombreux épisodes tragiques qui ont marqué l’intervention d’armées voisines en RDC. Le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, a notamment dénoncé une décision « inacceptable ».