Politique

Au Cameroun, un casse-tête nommé Olembe

Le grand stade de Yaoundé, dont la construction a démarré il y a près de quatre ans, pourra-t-il abriter le match d’ouverture de la CAN début janvier ? La CAF, dont le comité exécutif était réuni au Caire les 25 et 26 novembre, en doute, mais Yaoundé n’a pas dit son dernier mot.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 26 novembre 2021 à 16:36

Le stade Olembe à Yaoundé, au Cameroun, le 8 août 2021. © DANIEL BELOUMOU OLOMO/AFP

Yaoundé a une nouvelle fois sorti l’artillerie lourde, après que la Confédération africaine de foot (CAF) s’est inquiétée du retard pris dans l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui doit se dérouler du 9 janvier au 6 février 2022, et notamment dans la construction du stade d’Olembe.

Comme il est désormais de tradition en pareilles circonstances, il y a d’abord eu la réaction musclée du ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, qui s’est fendu d’un courrier de quatre pages, puis une série de reportages à la télévision nationale aux images soigneusement choisies et, enfin, un « service après-vente » assuré par les activistes proches du pouvoir sur les réseaux sociaux.

Si les autorités camerounaises sont repassées à l’offensive, c’est en raison d’un courrier de la CAF daté du 17 novembre. Le secrétaire général de l’organisation, Verone Mosengo-Omba, y exprime de « sérieuses inquiétudes concernant l’organisation du tournoi ». Celles-ci portent notamment sur la question des protocoles concernant le Covid, sur le processus de recrutement des bénévoles et sur la gestion des stades, mais surtout sur l’état d’avancement du stade d’Olembe, qui fait depuis des mois l’objet de sempiternels débats.

Ultimatum

La CAF a notamment fait parvenir aux autorités camerounaises des photos prises le 16 novembre. On y voit les entrées VIP, les parkings, les zones de supporters – des espaces bien souvent encore en chantier. « S’agissant du stade d’Olembe, sachez que si tout n’est pas réglé d’ici au 30 novembre 2021, le match d’ouverture aura lieu ailleurs, prévient la CAF. Ce serait malheureux pour le comité d’organisation, pour la CAF et pour le Cameroun. »

Le stade Olembe, c’est une histoire très camerounaise. Une histoire de lenteurs administratives et de guerre d’intérêts, le tout sur fond de soupçons de surfacturation, de rétrocommission et de détournements de fonds.

C’est pourtant en 2009 que les autorités camerounaises, sous l’égide du ministre des Sports de l’époque, Augustin Edjoa, ont procédé à la pose de la première pierre du chantier. Le complexe sportif d’Olembe faisait alors partie d’un vaste projet chinois de construction de dix stades à travers le pays. Mais l’affaire sera un flop retentissant et le projet d’Olembe ne sera remis au goût du jour qu’en 2014, quand l’organisation de la CAN 2019 sera officiellement confiée au Cameroun.

Les travaux ne démarreront véritablement qu’en 2016. Un délai de 30 mois sera ensuite accordé à l’entreprise italienne Piccini, adjudicataire des travaux, pour une livraison prévue en septembre 2018. Mais en 2017, il n’est plus possible d’ignorer les retards. En août, le président de la CAF d’alors, Ahmad Ahmad, donne du crédit à ce qui n’était encore qu’une rumeur : « Même [avec un tournoi] à quatre équipes, le Cameroun ne pourrait pas organiser la CAN. » Une déclaration choc qui a le mérite de mettre en lumière les retards enregistrés dans la construction de cette gigantesque infrastructure, destinée à accueillir 60 000 spectateurs. S’ensuivra un retrait de l’organisation de la CAN au Cameroun, puis un report de l’édition prévue en 2021 à 2022.

Il faut qu’ils nous disent si les matchs vont se jouer sur les parkings ou dans les stades

Aujourd’hui, des centaines d’ouvriers continuent de travailler nuit et jour sur le chantier. Si le gros œuvre est désormais achevé, les finitions sont à la traîne. Le Cameroun tiendra-t-il le délai du 30 novembre ? La mission d’officiels dirigée par le secrétaire général à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, qui s’est rendu au Caire dans la nuit du 24 novembre, y compte bien. Il n’envisage pas un instant de déplacer la cérémonie d’ouverture, à laquelle Paul Biya devrait, sauf changement, prendre part.

Dans les rues de Yaoundé, l’opinion est partagée face à cet énième rebondissement. Si certains saluent « ce coup de pression nécessaire » , d’autres y voient « des invectives contre-productives ». Et un riverain d’Olembe de conclure, en ironisant : « Il faut qu’ils nous disent si les matchs vont se jouer sur les parkings ou dans les stades. »