Politique

Cameroun : sur qui s’appuie Samuel Eto’o pour prendre la tête de la fédération de football ?

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Mis à jour le 28 novembre 2021 à 15:49

La garde rapprochée de Samuel Eto’o. © Montage JA

Rival de Seidou Mbombo Njoya dans la course à la présidence de la Fecafoot, l’ex-capitaine des Lions indomptables capitalise sur son solide réseau à l’international, mais aussi au Cameroun, où il bénéficie d’accès au sein du sérail politique.

Prévue le 11 décembre prochain, l’élection à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) entre dans sa dernière ligne droite. Présidée par le magistrat Gilbert Schlick, la commission électorale a validé le 25 novembre les dossiers des deux principaux candidats : le président intérimaire sortant Seidou Mbombo Njoya et donc, l’ex-capitaine des Lions indomptables, Samuel Eto’o. Dans cette bataille qui a débordé sur la sphère politique, et implique également la FIFA et la Confédération africaine de football (CAF), l’ancien « goléador » a mis à contribution son réseau international, avec des personnalités telles que l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani. 

Ce dernier, qui a fait du Camerounais l’un des ambassadeurs de la Coupe du monde 2022, souhaite qu’à la fin de la compétition, celui-ci continue de perpétuer le soft power de Doha auprès des instances du football mondial. Par ailleurs, Samuel Eto’o rencontre régulièrement le président congolais Félix Tshisekedi, sous l’égide duquel une réunion de conciliation a réuni, à Kinshasa, mi-novembre, son concurrent Seidou Mbombo Njoya, le président de la FIFA Gianni Infantino, et celui de la CAF, Patrice Motsepe, ainsi que son secrétaire général, Veron Mosengo Omba. Au cours de ces discussions, Eto’o a rejeté un poste de vice-président de la Fecafoot, proposé par Mbombo Njoya.

Sur le plan national, la candidature de l’ancienne gloire du football est scrutée de près par le pouvoir politique camerounais, circonspect devant sa popularité. Alors que certains lui prêtent des ambitions politiques à l’instar de George Weah, il s’est plutôt reconverti dans les affaires à la fin de sa carrière. Il a même achevé récemment une formation en management au sein de l’École de commerce de Lyon, avant de briguer la tête de la Fecafoot. Après ce poste de dirigeant sportif, Samuel Eto’o vise-t-il la présidence du Cameroun ? « Pas du tout », assurent ses proches.

Pour rassurer les ténors du système, il fait la tournée des bureaux. Courant novembre, il a ainsi rendu visite au président du Conseil constitutionnel Clément Atangana, au Premier ministre Joseph Dion Ngute ou encore, à Samuel Mvondo Ayolo, le directeur du cabinet civil du chef de l’État Paul Biya. L’ancien footballeur a également effectué une tournée des sites de la Coupe d’Afrique des nations (la CAN qui aura lieu au Cameroun en 2022) en compagnie du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Lors d’un show télévisé, enregistré le 11 novembre, à Douala, il a présenté son projet de candidature devant une assistance constituée de banquiers, d’assureurs et de dirigeants d’entreprises, dont Emmanuel de Tailly, le patron de la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC, Groupe Castel).

Soigner ses rapports avec le pouvoir lui vaut les foudres de l’opposition radicale du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, dirigé par Maurice Kamto) qui laisse une partie de ses « influenceurs » l’attaquer. D’autres, parmi ses ennemis, tentent de lui aliéner le soutien des délégués. Ainsi, l’ancien président de la CAF, Issa Hayatou, ne lui a jamais pardonné d’avoir soutenu son concurrent – puis successeur – Ahmad Ahmad.

Suspendu pour un an par la commission d’éthique de la FIFA, et blessé par ce qu’il estime être un « harcèlement » visant à l’empêcher de prendre part à la CAN, Issa Hayatou est entré en campagne pour Seidou Mbombo Njoya dont il attend un retour d’ascenseur – un hommage et une réhabilitation lors de cette compétition, qu’il avait lui-même initiée. L’ex-président de la Fecafoot, Mohammed Iya, voue lui aussi une inimitié à Eto’o :  il se targue de contrôler les délégués du Nord, depuis la prison de Kondengui où il purge, depuis 2013, une peine de quinze ans de réclusion.

Alors que sa brouille avec Joseph Antoine Bell, l’ancien gardien de but de la sélection nationale, n’a pas encore été résolue, Samuel Eto’o bénéficie du soutien de Thomas Nkono, l’éternel rival de Bell mais aussi de celui de Patrick Mboma, un autre buteur emblématique des Lions, reconverti en commentateur de match de football pour la chaîne Canal Horizons.

La nomination de ce journaliste de 44 ans, proche de l’opposition, comme directeur de campagne de Samuel Eto’o a suscité un tollé. Alors que le pouvoir perçoit cet ancien directeur général adjoint de la chaîne privée Canal 2 International et promoteur de NAJA TV hostile au palais d’Etoudi, une partie de l’opposition ne comprend pas qu’il ait accepté de diriger la campagne de l’ex-footballeur, qu’il a pourtant étrillé dans son livre Programmés pour échouer.

En se rapprochant de cet enquêteur qui l’a critiqué, Eto’o veut montrer son esprit d’ouverture, dans un contexte politique très polarisé, via sa capacité à faire travailler ensemble l’opposant Jean-Bruno Tagne et le pro-Biya Ernest Obama dans la même équipe.

Porte-parole du candidat, Ernest Obama, 41 ans, est un présentateur de télévision réputé pugnace. Spécialisé en politique, il est le seul journaliste de la presse privée camerounaise à avoir pu interviewer l’inaccessible président Paul Biya. D’ordinaire, c’est ce diplômé en philosophie, passé par l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (ESSTIC) de Yaoundé, qui pose les questions.

Appelé début novembre dans l’équipe de campagne de Samuel Eto’o, dont il est le biographe, c’est ce promoteur de la chaîne Bnews 1 qui défend le projet de son « ami. » Introduit au sein du pouvoir, il facilite également les relations de l’ancien footballeur avec le sérail politique.

Pour aller à la conquête des voix des délégués, Eto’o a fait de « Rigo », 45 ans, un atout. Cette figure emblématique de l’esprit de compétition, recordman des sélections avec les Lions du Cameroun (137), bénéficie du respect des acteurs et de la légitimité populaire.

Les deux hommes n’ont pas toujours été les meilleurs amis du monde, mais ils se retrouvent dans le projet de redonner son lustre d’antan au football camerounais. Entraîneur de la sélection U23 (Olympique), Rigobert Song dit avoir lui-même conscience de la nécessité d’une réforme.

Double Ballon d’or africain (1976, 1990) et double vainqueur de la CAN (1984, 1988), la légende des Lions indomptables est restée proche du milieu du football. Mais Roger Milla, 69 ans, entretient de mauvais rapports avec Seidou Mbombo Njoya, l’actuel patron de la fédération, à qui il reproche notamment son interminable conflit avec la Ligue de football professionnel du Cameroun. Cette querelle a empêché l’organisation du championnat lors de la saison en cours.

En représailles, Mbombo Njoya a toujours « oublié » d’inviter Milla, pourtant ambassadeur itinérant du pays, parmi les accompagnateurs de la sélection – tel que le veut l’usage. Samuel Eto’o a, lui, appris à apprivoiser l’atrabilaire « vieux lion » à qui il a proposé, s’il était élu, la présidence d’une fondation Lions indomptables qu’il envisagerait de lancer au cours de son mandat.

Cet agent de joueur de 44 ans agréé à la FIFA, originaire du Nord-Ouest, anglophone et parlant anglais, français, allemand et russe, s’était porté candidat à la présidence de l’instance, avant de se désister au profit de Samuel Eto’o. Courant octobre, Ivo Chi a ensuite rallié l’équipe de campagne de ce dernier.

Cet ancien président du club Grassland FC Bamenda, également promoteur d’entreprises, a récemment acquis 50 % des parts au sein du club FC Kufstein, évoluant en troisième division autrichienne. Il apporte à Samuel Eto’o ses entrées dans la partie anglophone, mais aussi au sein des corps de métiers, tels que les agents et les présidents de clubs.