Politique

Tunisie : OM, Moïse Katumbi et ambitions politiques… L’improbable parcours d’Ajroudi

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Par - à Tunis
Mis à jour le 26 novembre 2021 à 14:50

Mohamed Ayachi Ajroudi au Stade de Radès, le 9 mai 2019. © HICHEM

Le grand public a découvert son nom en juin 2020, lorsqu’il a été lié au projet de rachat de l’Olympique de Marseille. Mais l’homme d’affaires nourrit aussi depuis longtemps des ambitions politiques.

Depuis sa tentative avortée de racheter, avec le soutien d’investisseurs du Golfe, l’Olympique de Marseille (OM) durant l’été 2020, Mohamed Ayachi Ajroudi, 69 ans, s’était fait discret dans les médias. Mais il n’en continue pas moins de s’exprimer sur les réseaux sociaux, où il a tout loisir de mettre en avant ses relations et sa vision pour la Tunisie. Avec plus de 200 000 abonnés, sa page Facebook est sa tribune préférée. Le réseau social lui sert également à lancer des ballons d’essais.

Le 11 novembre, l’homme, qui ne quitte jamais son Stetson, a mis en ligne un ambitieux programme pour « venir au secours de la nation », avant de le retirer, malgré l’enthousiasme de ses abonnés.

A-t-il jugé que le moment n’était pas opportun pour dévoiler la réflexion qui sous-tend ses ambitions politiques ? Pourtant, cet homme d’affaires ne se prive pas de donner des conseils pour, notamment, résoudre la crise des déchets qui paralyse la région de Sfax, deuxième ville du pays après la capitale, Tunis.

Citoyen ordinaire et père comblé

Originaire de Gabès (Sud), Ajroudi se prévaut de son statut d’ingénieur pour crédibiliser ses méthodes de pointe et devenir le chantre du recyclage et de la production d’énergie propre. Un point crucial pour l’économie tunisienne, dont les finances publiques sont plombées par les dépenses énergétiques.

Ses activités le conduisent au Moyen-Orient, où il devient proche de plusieurs membres de la famille royale saoudienne

Celui qui prend la pose sur la terrasse de son fief, perché au sommet du jebel de Hammamet – et qui empiète sur le domaine public, ce qui avait fait scandale lors de sa construction en 2010 – se présente comme un citoyen ordinaire et un père comblé.

Après une formation aux États-Unis, son fils, Mehdi, vient de présenter aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC, du 30 octobre au 6 novembre) son premier court métrage « Cendres », qui raconte la quête de rédemption d’un ancien soldat.

Le prochain opus du jeune cinéaste pourrait être une saga sur la vie tumultueuse de son célèbre père. Tout à fait conscient que les diplômes sont un excellent viatique, Mohamed Ayachi Ajroudi, issu d’une famille de militaires, intègre la marine marchande avant de devenir ingénieur spécialisé en hydraulique. Il crée sa première entreprise en 1980, trois ans après avoir débuté sa carrière.

Ses activités le conduisent au Moyen-Orient, où il se taille une telle réputation qu’il devient proche de plusieurs membres de la famille royale saoudienne.

Entre achats et créations d’entreprises, le businessman, qui ne se dépare jamais de son sourire éclatant, multiplie les investissements et se constitue un solide carnet d’adresses.

Il diffuse abondamment ses photos aux côtés de John Kerry ou des présidents français Macron et Hollande

Il en fera aussi les frais en négociant pour Riyad l’implantation du groupe Veolia. Il se retrouve en effet au cœur d’un contentieux qui l’oppose au tout aussi sulfureux homme d’affaires Alexandre Djouhri et que la justice française tranchera en sa faveur.

Le Franco-Tunisien, qui affiche ses amitiés politiques, valorise chacune de ses relations et diffuse abondamment ses photos aux côtés de l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry ou des présidents français Macron et Hollande.

Liens avec Katumbi

Il tisse aussi des liens avec l’Afrique. Il affiche son admiration pour le président ghanéen Nana Akufo-Addo et sa politique en matière d’éducation, et apporte son soutien inconditionnel à Moïse Katumbi, probable candidat à la présidentielle en République démocratique du Congo (RDC).

Le succès du club sportif de Katumbi, le Tout-Puissant Mazembe, aurait donné l’idée à Ajroudi d’ajouter une équipe de football à son portefeuille, après avoir dirigé l’Association sportive de Hammamet et le petit club du Stade de Gabès.

Le sport n’est pas l’unique tremplin que Ajroudi met à profit pour servir sa notoriété. Celui qui a beaucoup promis sans mener à bien ses projets d’investissement dans le tourisme et le cinéma et qui s’était engagé à créer 5 000 emplois à Hammamet s’est essayé aussi aux médias en 2013, quand il commençait à lorgner la politique. Mais Hechmi Hamdi avec Al Mustaquilla et Nabil Karoui avec Nessma TV occupaient déjà le créneau avec des ambitions beaucoup plus dévorantes.

« On ne sait pas qui il est »

Faute d’autorisation, sa chaîne de télévision, Al Janoubia, sera contrainte de suspendre son signal avant d’émettre de nouveau depuis Paris. Elle ne percera pas suffisamment pour donner de la visibilité à celui qui se préparait à être candidat à la présidence de la République et qui avait fondé en 2013 le Mouvement du Tunisien pour la liberté et la dignité.

Il assure que « la patrie ne peut plus supporter plus de ruines et de destruction »

Après avoir soutenu le gouvernement d’Ali Larayedh et opéré un rapprochement notable avec les islamistes d’Ennahdha, il fera une critique amère de la période dite de la troïka pendant laquelle le parti islamiste détenait le pouvoir, avant de s’éclipser de la vie politique.

« Au bout du compte, on ne sait pas qui il est, il y a eu tellement de leurres que la raison nous commande d’être prudents. Peut-être n’est-il qu’un populiste de plus », remarque un membre du réseau électoral Mourakiboune à Sousse (Est). Reste que la politique semble être une tentation permanente pour Ajroudi.

Sans perdre de vue l’évolution de la situation économique et politique, il assure que « la patrie ne peut plus supporter plus de ruines et de destruction », mais il semble attendre que le contexte politique se décante pour s’engager. En attendant un calendrier clair, il peaufine son projet de réforme et de reconstruction de la Tunisie.