Politique

Afrique – États-Unis : Joe Biden veut (aussi) sa grand-messe

Mis à jour le 25 novembre 2021 à 12:19
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez © Damien Glez

Le président américain devrait programmer bientôt un sommet destiné à renforcer les liens entre son pays et l’Afrique. Technique dérisoire ? Ses homologues restent pourtant friands de ces rencontres…

Les néo-panafricanistes tiennent à le répéter dans leurs diatribes galvanisantes : que l’Afrique en quête de développement humaniste n’attende rien de décisif du bureau ovale de la Maison-Blanche qui hébergea, sans la moindre flamboyance afrophile, un fils de Kényan. Pourtant, après les camouflets du président Trump à l’égard du continent, l’arrivée au pouvoir de l’ancien bras droit de Barack Obama semblait annoncer un mandat présidentiel teinté de respect envers l’Afrique, tant dans les déclarations d’intention que dans le casting d’une administration chantre de la diversité.

Privilège de l’âge

De même, le frais émoulu Joe Biden avait esquissé un projet de sommet de chefs d’État africains comparable à celui organisé, en 2014, lorsqu’il était vice-président. En février dernier, au lendemain d’un discours sur la politique étrangère des États-Unis, le 46e président des États-Unis avait même adressé un message vidéo au 34e sommet de l’Union africaine, évoquant une possible visite en « présentiel » au prochain sommet de l’institution panafricaine.

Un an après l’élection de l’actuel président, les choses semblent se préciser, même sans chronogramme. Et si Biden ne vient pas aux Africains, peut-être Biden fera-t-il à nouveau venir les Africains à lui. Privilège de l’âge dans une culture africaine qui valorise les anciens ? Nombre de chefs d’État d’Afrique sont plus âgés que le commandant en chef ricain de 79 ans…

Washington a conscience de perdre du terrain en Afrique, notamment face à Pékin.

C’est à Abuja, ce vendredi, qu’Antony Blinken – réputé fin connaisseur de l’Afrique – a annoncé l’organisation prochaine d’une rencontre pour renforcer les liens des États-Unis avec le continent : « Le président Biden à l’intention d’accueillir un sommet avec les responsables américains et africains pour mener une politique diplomatique de haut-niveau (…) qui permettra de transformer les relations et de rendre une coopération efficace possible». Le chef de la diplomatie américaine effectuait sa première visite en Afrique subsaharienne en tant que secrétaire d’État.

Concurrence de Moscou et Pékin

Les États-Unis cèdent-ils aux concurrences russe, japonaise, britannique ou française qui prisent ces grand-messes récurrentes avec les dirigeants africains ? Dans quelques semaines, la Chine devrait tenir une rencontre au Sénégal. Et Washington a conscience de perdre du terrain en Afrique, notamment face à Pékin.

Dans 25 à 30 ans, une personne sur quatre dans le monde sera africaine

Blinken n’a pas précisé la date de cet éventuel sommet États-Unis – Afrique. Quant à son contenu prévisionnel, débordera-t-il de la gestion traditionnelle des crises conjoncturelles et des déclarations de bonnes intentions sur la « paix » et le « vivre-ensemble » ?

Lundi, dans l’entretien qu’il a accordé à Jeune Afrique, le secrétaire d’État américain dévoilait les sujets africains prioritaires pour son pays : le recul ressenti de la démocratie, l’insécurité persistante au Sahel, la gestion de la crise autour du Sahara occidental, les investissements dans les infrastructures, la croissance inclusive et, en filigrane, les questions climatiques et sanitaires… « Dans 25 à 30 ans, une personne sur quatre dans le monde sera africaine » psalmodie Antony Blinken.

Espérons que l’éventuel jamboree afro-américain qui s’annonce ne finira pas en chorale d’incantations…