Économie

Maroc : TGCC – Ce qu’il faut retenir d’une IPO en béton à la Bourse de Casa

La société marocaine de construction va rejoindre la Bourse de Casablanca. L’occasion pour le capital-investisseur Mediterrania Capital Partners de récupérer du cash, et pour TGCC de poursuivre son expansion au sud du Sahara. Le décryptage de Jeune Afrique.

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Mis à jour le 25 novembre 2021 à 12:36

À la fin de 2021, trente ans après sa création, TGCC a fait une entrée fracassante à la Bourse de Casablanca avec l’ambition de lever 600 millions de dirhams. © Naoufal Sbaoui pour JA.

Il s’agit de la première et fort probablement de la dernière opération de 2021 d’introduction à la Bourse de la capitale économique du Maroc. Le 20 novembre,  le groupe de construction et de BTP Travaux généraux de construction de Casablanca (TGCC) a annoncé avoir reçu l’aval du régulateur pour une offre publique initiale (IPO) à la Bourse de Casablanca.

Le groupe fondé en 1991 et détenu majoritairement par l’entrepreneur Mohamed Bouzoubaâ est le numéro deux du secteur du BTP dans le royaume chérifien derrière la Société générale des travaux du Maroc (SGTM), fondée par feu Ahmed Kabbaj, décédé en janvier 2021. En 2018, SGTM revendiquait un chiffre d’affaires de 380 millions d’euros, contre 218 millions pour TGCC, selon les données compilées par Jeune Afrique. Le groupe de Mohamed Bouzoubaâ indique 2,28 milliards de dirhams de revenus (206 millions d’euros) en 2020, en recul de 25 % par rapport aux 3 milliards enregistrés en 2019. Il est à noter qu’un projet d’introduction en bourse de SGTM, évoqué en 2016, n’a pas abouti.

La période de souscription à l’IPO de TGCC est prévue du 29 novembre 2021 au 3 décembre 2021 inclus. Le prix de l’action est quant à lui fixé à 136 dirhams. Ce qui équivaut à 10 dirhams de valeur nominal et à 126 dirhams de prime d’émission.

Visa de l’AMMC sur le prospectus relatif à l’introduction en bourse de TGCC SA.

Visa de l’AMMC sur le prospectus relatif à l’introduction en bourse de TGCC SA.

Vers la création d’un hub à Abidjan

Le montant de l’IPO de TGCC est de 600 millions de dirhams (environ 57 millions d’euros). La moitié de cette somme correspond à une augmentation de capital dans le but de financer les projets de développement dans le royaume ainsi qu’en Afrique subsaharienne que le groupe présente comme « au cœur de ses ambitions ». TGCC aspire également à se diversifier dans le secteur du BTP, notamment en termes de construction de barrages, ouvrages maritimes et d’arts (ponts et viaducs).

Pour se donner les moyens de ses ambitions, l’entreprise considère l’acquisition de sociétés de réalisations de lots techniques. Au total, 33 % du montant de cette augmentation du capital servira uniquement à l’internationalisation de TGCC, qui souhaite redéployer ses activités en Afrique de l’Ouest via la création d’un hub à Abidjan.

TGCC a également pour objectifs d’offrir à ses actionnaires « de la liquidité » et d’accroître sa notoriété aussi bien auprès de ses partenaires que du grand public afin de pouvoir optimiser à terme le recours à des financements externes grâce à un accès direct aux marchés financiers.

Bourse de Casablanca, Maroc, le 20 avril 2015. © Alexandre Dupeyron pour Jeune Afrique

Bourse de Casablanca, Maroc, le 20 avril 2015. © Alexandre Dupeyron pour Jeune Afrique

Une plus-value pour l’investisseur

De fait, l’autre moitié des sommes récoltées grâce à l’entrée en Bourse ira à la reprise d’environ un tiers des parts détenues dans TGCC par le véhicule d’investissement MC II Concrete (MC II C). Ce dernier est géré par le capital-investisseur Mediterrania Capital Partners. Entre 2018 et 2021, MC II C a investi environ 550 millions de dirhams dans le groupe marocain, en fonds propres et en dette convertible, pour environ 20 % du capital pré-IPO, contre 80 % pour Mohammed Bouzoubaâ. À l’issue de l’IPO, ce dernier conservera 74 % du capital, contre 12 % pour MC II Concrete et 14 % de flottant.

La cession d’actions prévue dans le cadre de cette IPO devrait rapporter 300 millions de dirhams à MC II Concrete, valorisant l’ensemble de ses parts à près de 820 millions de dirhams, soit une plus-value de 49 % sur le montant investi, au cours anticipé de l’action à date d’émission. Il est à noter que TGCC a également distribué 218 millions de dirhams de dividendes à ses actionnaires au titre des exercices 2018 et 2019 cumulés. Il prévoit le versement de 232 millions pour les exercices 2020 et 2021 cumulés.

« Sous réserve de la validation de l’assemblée générale », TGCC compte « proposer chaque année la distribution de 50% à 100% de son résultat distribuable. Il est à rappeler que la société a distribué 100 % de ses résultats 2019 et 2020 », assure l’entreprise dans un document destiné aux investisseurs, consulté par Jeune Afrique.

Reprise du secteur du BTP

Cette introduction en bourse intervient dans un climat de reprise économique au Maroc, notamment dans le secteur du BTP dont les revenus ont reculé de 40 % à 60 % selon les chiffres de la Fédération nationale du BTP (FNBTP) cités par TGCC. Ce dernier note une progression de 11 % de ses revenus au premier semestre 2021 à 1,17 milliard de dirhams, grâce à « la reprise des activités du groupe et l’avancement de nombreux chantiers au Maroc (Tour Mohammed-VI, Hôtel Ksar El Bahr, Cité universitaire Mohammedia, etc.), et en Côte d’Ivoire (Groupe scolaire GSMD, un projet résidentiel pour le groupe Addoha, l’usine LMSI, les Moulins de côte d’Ivoire, etc.) ».

Selon les estimations de la société marocaine, environ 70 % des commandes sont issues du secteur privé, et 29 % du public. Ces dernières ont augmenté de neuf points en l’espace d’un an. Mohammed Bouzoubaâ prévoit d’excellents résultats pour 2022, notamment grâce à un investissement public autrement plus important que lors des années précédentes.