Politique

RDC : les premiers éléments de l’audit de la Gécamines

L’Inspection générale des finances, qui a lancé une vaste enquête sur la société minière, doit prochainement rendre son rapport. « Jeune Afrique » dévoile les premières pistes de ce dossier prioritaire pour Félix Tshisekedi.

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Mis à jour le 22 novembre 2021 à 17:52

Albert Yuma Mulimbi, le président du conseil d’administration de la Gécamines. © Vincent Fournier/JA

Initiée en septembre, la mission de contrôle de la gestion de la Gécamines conduite par l’Inspection générale des finances (IGF) touche à sa fin. Pendant les trois derniers mois, l’agence anticorruption que dirige Jules Alingete Key s’est intéressée à la gestion de cette société, sur la période allant de 2012 à nos jours.

Sur la piste de 766 millions de dollars

Présidée par Albert Yuma Mulimbi, un proche de Joseph Kabila, et entièrement détenue par l’État congolais, la Gécamines est l’un des piliers de l’économie congolaise. Elle fait l’objet d’accusations de mauvaise gestion depuis de nombreuses années. Selon nos informations, au cours de son audit, l’IGF s’est tout particulièrement intéressée aux avances financières faites par la compagnie minière à l’État congolais.

Dans un courrier adressé le 14 septembre 2021 à la gouverneure de la Banque centrale congolaise (BCC), Malangu Kabedi Mbuyi, et que Jeune Afrique s’est procuré, l’IGF dénonce l’octroi de 530 621 863 dollars d’avances fiscales et 61 000 000 de dollars de prêts à l’État. Des avances effectuées par le biais des comptes en monnaie étrangère de la BCC dans différentes banques commerciales entre 2012 et 2020.

Dans cette même lettre, Alingete évoque l’existence de deux autres preuves, deux correspondances plus précisément. La première, datée du 11 mai 2009, est signée par le directeur de cabinet de Joseph Kabila de l’époque, Adolphe Lumanu. L’autre, signée le 10 février 2015, est adressée au cabinet PricewaterhouseCoopers RDC par la Sicomines – compagnie sino-congolaise créée suite à la signature du « contrat du siècle » entre Kinshasa et Pékin.

Ces deux courriers confirment, selon l’IGF, le paiement, en juin 2009, de 175 000 000 de dollars à l’État congolais par le biais du compte de la BCC en Chine. Au total, l’agence souhaite s’assurer que 766 621 863 de dollars ont bien été comptabilisés dans le compte général du Trésor public.

Rationalisation du secteur

L’IGF n’a visiblement pas obtenu toutes les réponses à ses questions puisque le 28 octobre dernier, Jules Alingete Key s’est cette fois tourné vers le ministre des Finances, Nicolas Kazadi. Dans une autre lettre, que JA a également pu consulter, le patron de l’agence anticorruption affirme que la BCC n’a, à ce stade, pas pu retracer dans le compte général du Trésor « la quasi totalité desdits avances et prêts », soit plus de 591 millions de dollars. En conséquence, il était demandé au ministre de surseoir à l’opération de titrisation des créances de la Gécamines jusqu’à ce que la situation soit clarifiée.

La sortie prochaine de ce rapport intervient dans un contexte particulier pour le secteur minier. Félix Tshisekedi a annoncé en mai dernier son intention de renégocier les contrats miniers passés par l’administration de Joseph Kabila. Soutenu en coulisses par les États-Unis, cette initiative a, pour l’instant, débouché sur un état des lieux du contrat signé en 2008 avec la Chine.

Lors du dernier conseil des ministres, le 19 novembre, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de rationaliser la gestion du secteur minier. Le chef de l’État a notamment instruit sa ministre des Mines, Antoinette N’Samba Kalambayi, de suspendre des permis de recherches des droits miniers et de carrières, jusqu’à l’assainissement du cadastre minier. Il a aussi demandé à l’IGF de lancer une mission de contrôle du secteur minier dans sa globalité.