Politique

Maroc : pourquoi l’éditeur Abdelkader Retnani porte plainte contre Éric Zemmour

Mis à jour le 22 novembre 2021 à 13:52

Abdelkader Retnani, directeur des éditions La Croisée des chemins au Salon du livre de Paris, en mars 2017 © Jean-Marc ZAORSKI/Gamma-Rapho via Getty Images

Le patron de la maison d’édition marocaine La Croisée des chemins accuse Éric Zemmour d’ « utilisation frauduleuse d’une marque » et assure avoir porté plainte contre le polémiste français.

« J’étais malade et révolté, parce que tout ce que [Éric Zemmour] fait est contre mes principes et ma ligne éditoriale : le vivre-ensemble. » Assis dans un coin de sa librairie, Le Carrefour des livres, en plein Casablanca, Abdelkader Retnani n’en démord pas. Il continue sa bataille contre le polémiste qui ne fait plus mystère de ses ambitions présidentielles en France. Quarante ans après avoir créé la maison d’édition La Croisée des chemins, il assure avoir porté plainte début octobre contre Zemmour pour « contrefaçon » après que celui-ci a lancé un site du même nom.

« Pas d’amalgame »

En septembre dernier, lâché par son éditeur Albin Michel, Éric Zemmour s’est rabattu sur l’autoédition, à travers sa société Rubempré, pour publier son dernier essai La France n’a pas dit son dernier mot. La création de la plateforme Croisée des chemins a suivi pour le promouvoir. Véritable succès commercial, l’ouvrage s’est vendu à plus de 170 000 exemplaires. Mais pour Abdelkader Retnani, « il ne faut pas qu’il y ait un amalgame ».

L’éditeur marocain ne souhaite qu’une chose : que Zemmour change le nom de sa plateforme. Fin septembre, il lui a adressé un courriel par le truchement de son avocat Hubert Seillan, qui a dénoncé au Figaro « l’utilisation frauduleuse d’une marque ». Comme il fallait s’y attendre, le polémiste n’a pas daigné répondre. « Il y a une période d’attente, qui a expiré. J’ai confiance dans la justice française. Quarante ans d’espoir, il est en train de les détruire », ajoute Abdelkader Retnani, à qui des internautes reprochent de vouloir « se faire de la pub gratuite ».

Zemmour agite le chiffon rouge du grand remplacement, et est contre tout ce qui est musulman

Si on peut lui opposer que plusieurs entreprises portent déjà le nom de « Croisée des chemins » en France, Me Hubert Seillan objecte dans son courrier que « l’ancienneté de la maison d’édition, la qualité de milliers d’ouvrages diffusés en Europe, en Afrique et dans la francophonie lui confèrent une notoriété suffisante pour que des confusions s’établissent dans l’esprit du public ».

« Zemmourisation d’un pays ami »

Au-delà de la bataille judiciaire qu’il compte mener, Abdelkader Retnani entend se dresser surtout contre ce qu’il appelle une « zemmourisation du domaine politique en France ». « Il agite le chiffon rouge du grand remplacement et est contre tout ce qui est musulman. Il veut que les gens soient obligés de changer leur prénom », dénonce-t-il.

Celui qui est également officier de la Légion d’honneur adresse un rappel aux Français : « Ils ont oublié qu’en 1943, le régime de Vichy a demandé à Mohammed V de mettre une étoile jaune à tous les juifs. Le roi lui a répondu qu’il avait des citoyens marocains et non des juifs. Il ne faut pas oublier non plus la bataille de Monte Cassino [en 1944], où des tirailleurs marocains sont allés au casse-pipe pour hisser le drapeau français. »

En janvier 2021, paraitra aux éditions La Croisée des chemins un livre sur Zemmour pour, insiste Retnani – qui a déjà publié plus de 2000 titres dont 1 800 en français –, rappeler qu’il « attise la haine, divise et [représente] un danger ». Intitulé provisoirement La Zemmourisation d’un pays ami, le livre est signé par le journaliste et sociologue spécialiste de l’immigration Driss Ajbali, qui vit à Strasbourg.

« La France de 2021 est horrible. Il faut qu’il y ait un pilote dans l’avion après Macron », estime Retnani, qui déplore la situation des artistes marocains victimes de la récente décision prise par les autorités françaises de réduire le nombre de visas accordés au Maroc, à l’Algérie et à la Tunisie.

Le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, avait expliqué sur les ondes d’Europe 1 fin septembre que c’était « une décision rendue nécessaire par le fait que ces pays n’acceptent pas de reprendre des ressortissants que nous ne souhaitons pas et ne pouvons pas garder en France ». « Des artistes de renommée internationale qui ont reçu leur contrat pour faire leur tournée ont tous reçu un refus catégorique. C’est inadmissible », déplore l’éditeur.