Économie

États-Unis-Afrique : la « business team » de Joe Biden

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Mis à jour le 6 décembre 2021 à 14:43

La galaxie de Joe Biden. © Montage JA

Des cadres de la diplomatie économique de Washington aux responsables des institutions de développement, JA présente les acteurs clés de l’administration Biden en matière de business et de finance sur le continent, dont certains sont originaires.

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Les crises sécuritaires (Éthiopie, Soudan, Sahel) paraissent occuper le haut de l’agenda africain de l’administration de Joe Biden. Et le collaborateur le plus visible en Afrique du 46e président américain est son secrétaire d’État, Anthony Blinken, qui intervient tantôt dans le conflit au Tigré, tantôt au sujet des velléités russes au Mali.

Pour autant, dès le début de son mandat, Joe Biden a mis en place une solide équipe de diplomates expérimentés et d’experts du développement et de la finance dont plusieurs sont nés sur le continent en première ligne de ses efforts en direction de l’Afrique. Si, en 2020, le continent africain ne comptait que pour environ 1,2 % du commerce international de biens des États-Unis soit moins que l’Italie (1,8 %) –, cela représente plus de 50 milliards de dollars par an ces dernières années. Sur les neuf premiers mois de l’année, l’excédent commercial africain atteint 8,7 milliards de dollars.

Le stock d’investissements directs étrangers (IDE) américains en Afrique a atteint 43 milliards de dollars en 2019, soit presque autant que la Chine (44 milliards). Par ailleurs, Millenium Challenge Corporation (MCC) et Development Finance Corporation (US DFC) sont parmi les rares bailleurs capables de signer des chèques de 500 millions de dollars pour des projets africains. Enfin, les États-Unis occupent une voix prépondérante au sein d’institutions comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI).

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Ancienne banquière passée par J.P. Morgan et le capital-investisseur Carlyle, Alice P. Albright a été choisie par Joe Biden pour diriger Millenium Challenge Corporation. Cette agence de développement spécialiste de l’accompagnement des pays en développement fournit des dons sous la forme de « compacts » pluriannuels signés en fonction du respect de plusieurs critères de gouvernance et d’efficacité de l’action publique. Le Sénégal (550 millions de dollars), la Côte d’Ivoire (525 millions) et le Bénin (375 millions) en ont bénéficié.

Après son passage dans le secteur privé, celle dont la mère, Madeleine Albright, fut la première secrétaire d’État américaine, a rejoint Gavi, l’Alliance du vaccin, comme directrice des opérations pendant huit ans, puis le partenariat mondial pour l’éducation qu’elle dirigeait depuis 2013.

Sur les sujets africains, Alice Albright travaillera en étroite collaboration avec Samantha Power, administratrice de l’USAid, l’agence américaine d’aide au développement. Ancienne journaliste lauréate d’un prix Pulitzer pour un ouvrage consacré aux génocides, cette spécialiste des relations internationales a été ambassadrice aux Nations unies durant l’administration Obama. Son agence, qui emploie plus de 10 000 personnes, a investi plus de 22 milliards de dollars sur un an à la fin de septembre 2020, dont plus de 700 millions respectivement en RD Congo, au Nigeria et en Éthiopie, et près d’un demi-milliard au Soudan du Sud, ainsi qu’au Kenya et en Ouganda.

Depuis 2019, le gouvernement US a soutenu 800 accords de commerce et d’investissement dans 45 pays africains

Le président américain a choisi Enoh T. Ebong pour piloter Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA). Native du Nigeria, cette avocate d’affaires, spécialiste des introduction en Bourse et des fusions-acquisitions, a passé une quinzaine d’années au sein de l’agence américaine chargée de promouvoir « l’exportation de biens et de services américains pour des projets d’infrastructure prioritaires dans les économies émergentes ».

Cette dernière revendique avoir « facilité plus de 76 milliards de dollars d’exportations américaines depuis sa création en 1992 ». En Afrique, elle intervient dans les initiatives Power Africa (électricité), Access Africa (TIC) et Prosper Africa. Lancée sous la précédente administration, et remodelée pour booster de façon plus « durable » les investissements et le commerce entre les États-Unis et l’Afrique, Prosper Africa implique une quinzaine de ministères et d’agences américaines. « Depuis le lancement de Prosper Africa en juin 2019, le gouvernement américain a soutenu 800 accords de commerce et d’investissement dans 45 pays, pour une valeur estimée à 50 milliards de dollars », rappelle l’administration américaine.

U.S. International Development Finance Corporation (US DFC), la méga-institution de développement née de la fusion en 2019 d’Opic (prêts aux structures enregistrées aux États-Unis pour des projets internationaux) et de Development Credit Authority (entité de prêts de l’USAid) a vu le plafond de son stock d’investissements doubler à 60 milliards de dollars. La direction de cette structure revient à Scott Nathan, désigné en août par Joe Biden. Vétéran de la finance, passé par le fonds d’investissement The Baupost Group, ce titulaire d’un MBA de Harvard Business School avait exercé en tant que représentant spécial pour les Affaires commerciales au département d’État durant les mandats d’Obama.

Dans le dispositif africain de l’administration Biden, il faut également mentionner Oren E. Whyche-Shaw. L’ancienne cadre du département du Trésor et de l’USAid, où elle a passé huit ans, revendique avoir fourni « une aide de 8,1 milliards de dollars à 42 pays africains ». La présidence US l’a choisie en septembre pour être « administratrice des États-Unis auprès de la Banque africaine de développement pour un mandat de cinq ans ».

Son prédécesseur J. Steven Dowd s’était retrouvé au cœur des polémiques qui ont marqué la fin du premier mandat de l’actuel président de la BAD, d’aucuns lui reprochant un appui aux dissidents et « lanceurs d’alerte » qui contestaient la gouvernance d’Akinwumi Adesina. Un rapport d’audit indépendant l’a lavé de tous soupçons. Oren E. Whyche-Shaw connaît l’institution panafricaine, dont elle a dirigé la division « Opérations d’investissement dans le secteur privé » entre 1998 et 2000.

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En vertu de ses vastes pouvoirs de sanctions financières pouvant affecter toute personnalité, entreprises ou banques ayant recours au « billet vert », la diplomatie américaine n’est jamais entièrement séparée d’un surmoi économique. Résultat : une très forte coopération entre le secrétaire au Trésor, Anthony Blinken, premier diplomate du pays, et la puissante secrétaire au Trésor, Janet Yellen, dont le département établit et fait appliquer les listes de sanctions.

Le Gabon est un leader mondial en matière de climat

Cette dernière est secondée dans la plupart de ses fonctions par le secrétaire adjoint au Trésor, Adewale « Wally » Adeyemo, né au Nigeria en 1981, diplômé de Berkeley et de Yale, ancien conseiller adjoint à la Sécurité nationale durant l’administration de Barack Obama, dont il a été le premier président de la fondation éponyme (2019-2021). Diplomate de carrière, passée par le Nigeria, le Kenya, la Gambie et le Liberia, Linda Thomas-Greenfield est depuis février 2021 l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, où elle a multiplié les interventions sur les sujets liés aux changements climatiques et à leurs effets dans les pays du Sud, saluant notamment « le rôle du Gabon en tant que leader mondial en matière de climat ».

Toujours au sein du Département d’État, la plus haute responsable sur les sujets continentaux est Mary Catherine Phee, ancienne ambassadrice au Soudan du Sud, secrétaire d’État adjointe chargée des affaires africaines depuis septembre et administratrice de l’United States African Development Foundation (USADF), qui approuve chaque année plus de 30 millions de dollars de dons en faveur de projets africains.

Interrogée par les sénateurs américains en juillet, la diplomate s’est engagée à ce que « les ambassades américaines en Afrique subsaharienne agissent pour faire face au défi chinois à l’ordre international basé sur des règles », ainsi qu’à « développer le commerce et les investissements bilatéraux et à faire progresser les objectifs régionaux de la zone de libre-échange continentale africaine ». Depuis les rangs sécuritaires, Dana Banks, ancienne diplomate en Afrique du Sud et au Togo, aujourd’hui directrice senior pour l’Afrique au Conseil pour la sécurité nationale, occupe une place prépondérante dans les initiatives liées au continent, notamment dans le cadre de Prosper Africa.