Culture

Au Maroc, la biennale de la danse en Afrique renaît

Mis à jour le 22 novembre 2021 à 14:43

Biennale de la danse en Afrique, à Marrakech en 2021. © DR

Marrakech s’apprête à danser. Le festival « On marche » fête sa 15ème édition et accueille à l’occasion la Biennale de la danse en Afrique du 22 au 27 novembre.

Depuis 1997, on l’a vue passer par Luanda, Antananarivo, Paris, Tunis, Bamako, Johannesburg et Ouagadougou. Cette année, la biennale de la danse en Afrique revient à Marrakech, avec un nouveau regard, celui du chorégraphe marocain Taoufiq Izeddiou. « En 2016, lors de la dernière édition, la nouvelle génération de chorégraphes s’est retrouvée et s’est dit qu’il fallait repenser la biennale » se souvient-il.

L’objectif est alors d’en faire un projet organisé par des Africains. Car jusque-là, l’Institut Français de Paris est à la tête du projet. Cinq ans plus tard, la biennale a tenu son pari et est gérée par un comité artistique panafricain. Treize pays du continent y sont représentés, pour 42 spectacles joués, et l’Institut Français en est désormais le partenaire. L’événement fait peau neuve et raconte, en direct, « la vie d’un danseur ».

D’abord initié à la pratique, le danseur est ensuite formé, avant d’oser poser son premier pas sur scène, et devient finalement un artiste confirmé, reconnu. Ces trois temps sont représentés chaque jour de la manifestation. Le soir, sur scène, on découvre donc des performances de chorégraphes renommés, comme la danseuse sénégalaise Fatou Cissé, Taoufiq Izeddiou lui-même, ou encore Souleymane Ladji Koné, venu du Burkina Faso.

« On doit voir la danse »

En début de journée, initiation et formation à la danse pour le grand public sont au programme. S’expose aussi le projet de la « génération 2020 », une équipe de très jeunes chorégraphes du continent, formés depuis deux ans, désormais prêts à faire leur entrée sur scène au fil de 20 créations originales. « Pourquoi génération 2020, alors qu’on est fin 2021 ? Parce que normalement, l’événement aurait dû avoir lieu plus tôt », explique Taoufiq Izeddiou.

On doit sentir la transpiration de l’artiste, son énergie, sa fatigue

Sans surprise, la biennale a souffert de la pandémie. Par trois fois, elle a été décalée. L’ampleur de la manifestation a depuis été revue, tant à l’échelle de Marrakech où les autorisations ont été réduites, qu’à l’échelle mondiale, parce qu’il a fallu la penser en prenant en compte le déplacement (compliqué) des artistes. « On est un véritable commando ici à Marrakech », sourit son directeur, qui, malgré les coupures budgétaires et les reports, a « tenu bon ». Taoufiq Izeddiou raconte comment le projet a « occupé le terrain » en attendant de pouvoir accueillir le public et de faire monter les danseurs sur l’estrade. « On a créé un programme avec des capsules vidéo diffusées tous les mois, on a utilisé le digital, même si je suis contre », précise-t-il.

Contre le digital, il n’en démord pas : « Il tue le vivant, on doit voir la danse, la vivre en direct, on doit sentir la transpiration de l’artiste, son énergie, sa fatigue, voir le spectaculaire et vivre l’intime avec lui. À l’écran, on n’a pas tout ça » rétorque-t-il aux étonnés. Cela dit, il a accepté d’utiliser cet outil essentiel en ces temps de crise sanitaire. Lui qui est plus souvent enseignant qu’étudiant se définit aujourd’hui comme l’« apprenti d’un phénomène ». Acceptant la nécessité du virtuel, il a permis à ce rendez-vous hybride de naître : certains spectacles sont uniquement diffusés en ligne, et tout ce qui se joue en direct est retransmis sur la plateforme nigériane Afropolis. Loin du soleil de Marrakech, où que l’on soit dans le monde, on pourra goûter du bout des lèvres à ce rendez-vous dansé de 2021.