Économie

Côte d’Ivoire : pourquoi la découverte d’ENI est un « game changer » pour l’Afrique de l’Ouest

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Mis à jour le 29 novembre 2021 à 15:02

Claudio Descalzi, DG d’ENI, et Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire, le 1er octobre 2021, à Abidjan. © www.eni.it

La major italienne souhaite démarrer dès 2023 l’exploitation du gisement offshore Baleine, qu’elle a identifié il y a seulement trois mois. Elle entend s’appuyer sur son expérience ghanéenne et les bonnes infrastructures ivoiriennes déjà existantes.

La mise au jour au début de septembre 2021 par le géant italien des hydrocarbures ENI du gisement offshore Baleine, au large d’Assinie, qui recèlerait 1,5 à 2 milliards de barils de brut ainsi que près de 2 Tcf (2 milliers de milliards de pieds cubes) de gaz, a propulsé la Côte d’Ivoire dans la cour des grands.

À l’Africa Oil Week, qui rassemblait à Dubaï, au début de novembre, les professionnels du secteur, il suffisait de voir l’affluence à la présentation de la délégation ivoirienne, emmenée par le ministre Thomas Camara, pour se rendre compte de ce net regain d’intérêt pour les blocs offshore du pays, dont seulement 15 ont été attribués et 32 encore disponibles (3 sont en cours de négociation). Lors des éditions précédentes, l’assistance au showcase ivoirien était plus clairsemée. Le pays, considéré comme une zone « frontière », c’est-à-dire peu explorée par les pétroliers, intéressait les géologues pour sa proximité avec le Ghana, où les grandes découvertes ouest-africaines hors Nigeria ont été faites, notamment celle du gisement Jubilee en 2007.

À l’Africa Oil Week, la présentation de Sergio Laura – le représentant d’ENI à Abidjan, explorateur chevronné, actif dans le pays depuis cinq ans et fin connaisseur de la géologie du Ghana – était le point d’orgue des diverses interventions mettant en avant les perspectives en Côte d’Ivoire. Ce Génois d’origine n’a foré qu’un seul puits en Côte d’Ivoire, sur le bloc CI-101 (d’une superficie de 360 km²) attribué à ENI, pour découvrir le gisement Baleine. Il a expliqué la stratégie de développement fast-track, qui vise à faire entrer en production le nouveau gisement dès le milieu de l’année 2023.

Collaboration fluide

« Deux autres forages complémentaires sont prévus, l’un en 2022, l’autre en 2023, qui pourraient révéler des réserves encore plus importantes », a-t-il prévenu. Il précise que le succès rapide du programme d’exploration d’ENI en Côte d’Ivoire a été possible grâce à une collaboration fluide avec la Direction générale des hydrocarbures, émanation du ministère qui régule le secteur, ainsi qu’avec la compagnie nationale Petroci, qui gère la data room géologique. Le géant italien des hydrocarbures prévoit de s’appuyer sur le bon niveau des ingénieurs et techniciens ivoiriens pour accroître rapidement les responsabilité des cadres locaux, à l’image de ce qu’il a fait au Ghana. Dans ce pays, en cinq ans, la proportion des responsables locaux est passée de 50 à 80 %, grâce à des programmes de formation accélérée – en Italie et ailleurs en Afrique – ainsi qu’à des tutorats.

Le groupe pétrolier, qui produit quelque 70 000 barils par jour (b/j) au Ghana, estime être en capacité de mieux déceler les gisements de cette région ouest-africaine que ses concurrents, grâce à ses systèmes de modélisation géologique éprouvés. « Baleine nous intéresse car le cycle de projet peut être très court, avec un retour sur investissement rapide pour des volumes annuels importants », indique un autre cadre du groupe. ENI compte ainsi produire 15 000 b/j à son démarrage, en 2023, puis atteindre une phase plateau autour de 110 000 b/j entre 2025 et 2026. La présence d’infrastructures gazières et électriques dans le pays permet également à la major d’escompter revendre localement, et dès son entrée en exploitation, les volumes gaz – relativement modestes – issus de Baleine, en plus du pétrole.