Économie

Cameroun : Jean Perrial Nyodog se relance à Gulfcam

Après avoir restructuré le groupe en difficulté, l’ancien dirigeant de Tradex vient d’être nommé à sa tête. Sa mission : en faire un géant du cabotage dans le golfe de Guinée et l’un des leaders de la distribution des produits pétroliers au Cameroun.

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Mis à jour le 22 novembre 2021 à 10:57

Jean Perrial Nyodog, l’ancien directeur général de Tradex. © Eric LARRAYADIEU pour JA

On le croyait à la retraite depuis son départ de Tradex, la filiale de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun qu’il a portée en 2000 sur les fonts baptismaux pour en faire la multinationale du trading qu’elle est devenue. Il n’en est rien.

Le 18 novembre, le conseil de surveillance du groupe Gulfin, présidé par René Mbayen, a nommé Jean Perrial Nyodog à la présidence de Gulfin-Camship (Gulfcam), la nouvelle entité spécialisée dans le transport des produits pétroliers et le transport maritime.

C’est un homme de challenges qui n’était pas encore prêt pour la retraite

« C’est un nouveau défi. Je me relance », souffle le patron camerounais de 64 ans qui affirme se sentir capable de travailler encore pendant une décennie. « C’est une nouvelle fenêtre d’opportunité qui lui permet de rester présent dans une activité qui le passionne, tout en s’ouvrant à une autre qu’il découvre. C’est un homme de challenges qui n’était pas encore prêt pour la retraite », glisse un de ses proches.

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Task force

Après son limogeage surprise de Tradex malgré un bon bilan à la fin de 2019, ce militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) a un temps été pressenti pour présider la région du Littoral, dont Douala est la capitale, au sortir des régionales de l’année dernière, avant de vite déchanter.

Dans le même temps, il a tout de suite répondu à l’appel de René Mbayen, le discret et néanmoins charismatique patron de Gulfin, entrant à son conseil d’administration en qualité d’administrateur indépendant pour restructurer un groupe dont les comptes étaient dans le rouge depuis trois ans. « Mbayen a toujours respecté ce que Perrial a fait de Tradex, et il apprécie surtout ses qualités de vendeur », confie un connaisseur du secteur.

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Dès son arrivée, Nyodog, ancien cadre de la SNH, met une task force en place, regroupant les patrons des filiales. Cette dernière réexamine les activités, en élimine certaines, à l’instar du transport terrestre. La réduction des charges passe par des plans sociaux. En septembre, Gulfin (distribution des produits pétroliers) absorbe Camship-CLGG (transport maritime, consignation et logistique), avant la fusion du 18 novembre des deux activités dans la nouvelle société, Gulfcam.

Augmentation de capital

Pour lui donner de la marge de manœuvre, celle-ci passe du statut de société anonyme – très encadré par l’Ohada – à celui de société par actions simplifiées (SAS), ce qui permet à Jean Perrial Nyodog de présider le nouveau directoire de la société.

Il nous faut nous atteler au segment industriel

Sa priorité, souligne-t-il, est de mener à bien une augmentation du capital de 2 milliards de F CFA pour porter le capital de la société à 4,67 milliards de F CFA avec l’arrivée de nouveaux investisseurs au tour de table. Cet apport d’argent frais doit renforcer les fonds propres de l’entreprise et financer la reprise des activités, évaluée à plus de 7 milliards de F CFA, notamment dans la distribution des produits pétroliers.

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Sur ce segment, les 19 stations-service Gulfin sont pour le moment à l’arrêt, de même que les chantiers de trois autres en cours de construction. Outre le redémarrage, qui vise à positionner Gulfcam dans le peloton de tête des traders actifs sur le marché local (aujourd’hui TotalÉnergies, Tradex et Ola Énergie) au bout de cinq ans, Jean Perrial Nyodog entend élargir la gamme des produits et services.

Cabotage

« En dehors du réseau, il nous faut nous atteler au segment industriel, qui compte des clients importants ayant besoin d’installations privées, et étendre l’activité des lubrifiants. Nous développerons notre propre marque de gaz domestique, ainsi que les outils permettant de diversifier l’offre de services à la clientèle, tels que les coupons de carburant, les cartes d’initiés et les moyens de paiement mobile », détaille l’ancien patron de Tradex. Sur cette activité, il est secondé par Albert Roger Boum, le nouveau DG de Gulfcam qui a fait une partie de sa carrière chez TotalÉnergies.

Adjoint de Boum et ancien dirigeant de Camship, Bernard André Ndengué sera d’une aide précieuse pour Nyodog.

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Outre celui des produits pétroliers, la nouvelle entité veut surtout, à travers la marque Camship, mettre l’accent sur le cabotage des conteneurs dans le golfe de Guinée, en récupérant les capacités que les géants mondiaux de l’armement acheminent vers les ports en eau profonde de Pointe-Noire et de Kribi pour les réexpédier vers les sites portuaires de Douala, Malabo et Port-Gentil.

« Cette offre, qui aurait dû être assurée par des pavillons nationaux, manque cruellement. Nous positionnons Camship sur cette niche, en établissant des partenariats avec ces grandes lignes », précise Nyodog, ingénieur électromécanicien de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé et ingénieur géophysicien de l’Institut français du pétrole. Ce dernier, passionné de tennis et de sports mécaniques, n’exclut pas, à l’avenir, de créer une ligne internationale.