Économie

Ghana, Côte d’Ivoire, Gabon : comment Rahul Dhir a sauvé Tullow Oil

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Mis à jour le 22 décembre 2021 à 14:21

Rahul Dhir, le nouveau CEO de Tullow Oil. © Andrew Caballero-Reynolds/Bloomberg via Getty Images

Nommé au début de 2020 à la tête du groupe britannique, alors en perte de vitesse, ce discret CEO a fortement réduit les coûts et recentré les activités sur quatre grandes filiales africaines : au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Gabon et au Kenya.

Au début de 2020, à l’annonce de l’arrivée de Rahul Dhir à la tête de Tullow Oil, beaucoup ne donnaient pas cher de sa peau tant la compagnie pétrolière n’était alors plus que l’ombre d’elle-même. Fondée en 1985 par le charismatique Aidan Heavey, un Irlandais haut en couleur qui avait jeté très tôt son dévolu sur l’Afrique subsaharienne, le groupe britannique s’était taillé une réputation de découvreur de gisements sur le continent.

Pendant trois décennies, il avait affiché fièrement ses ambitions du Kenya jusqu’au Gabon. Familier des colonnes de Jeune Afrique, Tim O’Hanlon, beau-frère d’Aidan Heavey et patron Afrique de la création du groupe jusqu’en février 2020, se vantait ainsi d’avoir visité pour Tullow Oil la quasi-totalité des pays d’Afrique subsaharienne à la recherche des opportunités d’extraction d’hydrocarbures. La compagnie s’était notamment fait un nom au Ghana, en devenant opérateur du fameux gisement de Jubilee, première découverte majeure en dehors du Nigeria en Afrique de l’Ouest.

Résultats désastreux en 2019

Seulement voilà, la junior devenue grande avait fini par vivre largement au-dessus de ses moyens, notamment sous la houlette de Paul McDade, CEO de 2017 à fin 2019, bon ingénieur opérationnel mais piètre gestionnaire. Péchant par optimisme opérationnel et financier devant son conseil d’administration, celui-ci l’avait limogé après la présentation de résultats désastreux pour l’année 2019, avec des pertes faramineuses de 1,7 milliard de dollars durement sanctionnées par le marché, avec un cours en chute libre de 70 % à Londres à la fin de la même année.

La revente de nos parts du projet ougandais de Tilenga à Total a pris du temps, mais s’est finalisée dans de bonnes conditions

La pandémie de Covid-19 et ses conséquences sur les cours du baril de Brent – à moins de 20 dollars en avril 2020 – avaient achevé de noircir le tableau, certains observateurs craignant même que le rôle du nouveau CEO Rahul Dhir ne se limite à une vente à la découpe du groupe.

Il n’en a finalement pas été ainsi, et la remontée des cours – au-dessus de 80 dollars le baril actuellement – n’explique pas à elle toute seule l’assainissement de la situation opérationnelle et financière de Tullow. Le discret Britannique d’origine indienne au pedigree financier, auparavant CEO de la junior d’exploration Delonex Energy (active au Tchad, en Éthiopie et au Kenya), s’est attelé à la restructuration du groupe sans s’exprimer dans les médias pendant près d’un an et demi.

Revente de permis pétroliers

Au début de novembre 2021, il était à l’Africa Oil Week pour présenter le nouveau visage de son groupe, et sa stratégie, qu’il a détaillée à Jeune Afrique. « La méthode de restructuration, présentée au conseil d’administration à mon arrivée en tant que CEO, était simple et claire : diminuer drastiquement nos coûts, concentrer nos efforts opérationnels sur un nombre de projets limités géographiquement, et financer nous-même nos développements grâce aux flux de trésorerie dégagés », explique-t-il.

Nous espérons de nouvelles découvertes, notamment gazières

Peu après l’arrivée de Rahul Dhir aux manettes, Tullow Oil a revendu pas moins de quatorze permis pétroliers et fermé quatre filiales sur le continent (celles de l’Ouganda, de la Guinée équatoriale, de la Namibie et des Comores). Rahul Dhir se défend d’avoir réalisé des cessions à prix cassé.

« La revente de nos parts du projet ougandais de Tilenga, pour près de 700 millions de dollars, à notre partenaire Total a pris du temps, mais s’est finalisée dans de bonnes conditions pour les deux parties, fait-il valoir à titre d’illustration. De 2017 à 2019, Tullow Oil ne dépensait que la moitié de son budget sur ses sites de production. Désormais, nous sommes montés à 90 % de dépenses opérationnelles, grâce à ce recentrement géographique sur nos deux filiales ouest-africaines d’Accra et d’Abidjan, ainsi que celles de Libreville et Nairobi », explique-t-il encore.

De ce fait, le groupe ne compte plus que 380 salariés, contre quelque 1 000 en 2019. Quant aux activités d’exploration, elles ont été fortement réduites, et circonscrites aux régions où le groupe produit déjà des hydrocarbures : le Ghana, où il extrait autour de 40 000 barils par jour (b/j) ; le Gabon, d’où il tire 17 000 b/j ; et la Côte d’Ivoire, où ses volumes sont modestes (2 000 b/j).

Optimisation au Gabon

L’avenir de Tullow Oil, Rahul Dhir le voit surtout en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire, où il détient un permis jouxtant ses projets ghanéens TEN et Jubilee, ce qui permettra d’en optimiser l’exploitation à une échelle régionale. Une synergie possible grâce à la résolution du conflit juridique qui opposait Accra et Abidjan sur le tracé de leur frontière maritime, tranché en septembre 2017.

« Nous connaissons bien la géologie des gisements ghanéens, qui est la même que celle de la Côte d’Ivoire. Nous espérons de nouvelles découvertes, notamment gazières », indique Rahul Dhir. Le CEO de Tullow Oil croit aussi aux opportunités au Gabon où il est notamment associé au franco-britannique Perenco, en dépit de la maturité pétrolière du pays. « Oui, les gisements gabonais sont de taille modeste, mais il est possible d’en optimiser l’exploitation pour qu’elle soit rentable », fait encore valoir Rahul Dhir.

Enfin, au Kenya, dans le bassin de South Lokichar, seul projet est-africain encore dans le portefeuille de Tullow Oil, Rahul Dhir a réussi une redéfinition complète du projet avec le gouvernement et ses co-actionnaires, avec pour ambition d’entrer en production à l’horizon 2025. Reste à savoir si le groupe restera sur le long terme dans ce pays éloigné de ses autres sites africains ou choisira de transmettre le flambeau à un repreneur  pour continuer son resserrement stratégique en l’Afrique de l’Ouest.